Folie meurtrière

Publié le 2022-09-21 | lenouvelliste.com

Quand cela n’a pas d’effet sur la vie des autres, libre aux gens de se tromper sur eux-mêmes, de prendre la nuit pour le jour, de conter fleurette à leur ombre, de vivre de promesses qu’ils ne sauraient tenir. Ce sont des erreurs sans conséquence qui font des fêlés sympathiques qu’on appelle le fou du village.

Mais quand on est Premier ministre de facto, qu’on ne rend compte à personne, qu’on donne des ordres aux forces militaires et aux forces de police, qu’on utilize comme on veut les ressources financières d’un pays, lorsqu’on se trompe sur la réalité, cela devient très vite une folie meurtrière.

L’augmentation des prix des produits pétroliers, qui fait jouir des économistes de droite, quand bien même on l’aurait jugée inévitable, était-ce le moment de l’imposer à une population aux abois, à des gens qui vivent dans la misère et qui contestant un pouvoir qu’ils n’ont pas choisi, un pouvoir qu’ils exècrent et qui a l’habitude de leur signifier que leur avis ne compte pas! 

“Vle pa vle”, n’est-ce pas, monsieur le Premier ministre de facto?

“Vle pa vle”, vous allez aussi organiser des élections?

Monsieur le Premier ministre de facto, votre gouvernement n’est même pas capable d’organiser une rentrée scolaire. Il n’est pas capable de faire le moindre geste susceptible de produire de l’apaisement. Il est l’agent et la preuve du délabrement des institutions publiques. Il n’a pour amis et soutien que des mercenaires et des affairistes. Et vous prétendez que vous voulez organiser des élections!

De plus, comme vous avez le pouvoir de dire ce que vous voulez, vous nous insultez. Vous dites que nous ne voulons pas d’élections. Mais, monsieur le Premier ministre de facto, nous voulons des élections. Je veux des élections pour choisir parmi les éventuelles offres politiques celle qui me semblera conduire vers plus de justice sociale et de bien-être collectif pour ma circonscription, ma ville, mon département, mon pays.

Je veux, nous voulons des élections. Nous disons qu’elles ne sont pas possible avec votre gouvernement de facto à la tête du pays. Nous disons que votre gouvernement de facto est l’obstacle majeur à la tenue des élections. Voilà un cas étrange où le kidnappeur reproche au kidnappé de ne pas aimer la liberté.

Votre intervention malheureuse, le pays l’a reçue comme une déclaration de guerre. Quand les chefs, en général illégitimes, déclarent la guerre à la majorité, que voulez-vous qu’elle fasse sinon résister! Ses moyens sont misérables comparés aux vôtres. Les pierres, la rue, les barricades. Vous n’aurez de choix que de partir ou de réprimer.

J’entends dans votre discours que vous êtes résolu à tuer pour rester au pouvoir. Peut-être vous trompez-vous sincèrement sur vous-même et la conjoncture. On a vu récemment des noirs se prendre pour la reine d’Angleterre ou pleurer la dernière comme s’ils pleuraient leur mère. On a écouté des dictateurs se vanter d’être des démocrates avec l’audace du crapaud qui veut jouer au chanteur de charme.

Mais le chemin que vous avez pris, résolument, sur le ton du mépris, vous plonge, sauf marche arrière, dans le mauvais côté de l’Histoire. Plus vous persisterez dans votre volontarisme, plus les gens seront nombreux à vous dire que votre pouvoir est illégitime. (N’avez-vous pas vraiment idée de l’ampleur de la constatation?) Plus vous serez isolé et forcé de réprimer. Jusqu’ici on pouvait encore, avec une bonne dose d’indulgence, vous considérer comme un homme qui se trompe de bonne foi. Vous avez franchi un cap. Vous êtes appelé à tuer pour rester au pouvoir.



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