Les étonnements de la réaction

Publié le 2022-09-22 | lenouvelliste.com

« Qu’y a-t-il d’étonnant dans ce qui vous étonne ? » demandaient les vieilles grands-mères aux jeunettes et aux petits gars dont la naïveté s’était laissée piéger par un escroc au mariage ou une offre trop mirobolante pour être vraie.

On a envie de sortir cette phrase aux derniers bastions de la réaction qui semblent s’étonner de l’évolution des luttes sociales en Haïti et de la révolte des classes populaires.

Qu’y a-t-il d’étonnant dans le fait que les revendications socio-économiques éclatent et troublent l’ordre de l’injustice dans un pays où une infime partie de la population possède le gros des richesses ? Certains esclavagistes disaient que l’esclave était dans un tel état d’abrutissement qu’il ne pouvait concevoir la liberté. Auraient-ils laissé quelques descendants ici ?

Qu’y a-t-il d’étonnant dans le fait que les manifestants bénéficient parfois d’une organisation matérielle minimale ? Ils devraient être démunis jusque dans leur lutte ? Quand on manifeste on ne devrait pas essayer de s’assurer d’un repas et de quoi attendre le lendemain ? Ignorance totale de l’histoire des luttes syndicales et des luttes sociales portées par des foules. Quand les américains luttaient contre la guerre du Vietnam, personne ne finançait les banderoles ? Le pire, c’est que les gens qui s’étonnent que les manifestants essayent de se donner les moyens de survivre ont les moyens d’assurer leur sécurité avec des portails électroniques, un service de sécurité et des chiens qui aboient en allemand.

Qu’y a-t-il d’étonnant dans l’expression actuelle du mouvement revendicatif ? Les canaux institutionnels sont sous séquestre. Donc, que doivent faire les masses ? Se taire ? Attendre et espérer ?

Qu’y a-t-il d’étonnant dans le fait que les gens se précipitent pour acheter des produits dont ils ont besoin dans des moments d’accalmie ? Le plus étrange, c’est que les gens qui prennent ce banal fait de vie comme la preuve d’une insincérité du mouvement revendicatif sont ceux-là même qui se précipitent les premiers dès qu’il est dit qu’une banque ou un supermarché a ouvert ses portes. Quoi de plus normal que les gens s’engouffrent dans les trous qui sont les moments de répit lors des mouvements de longue durée !

Le néo-duvaliérisme du  PHTK a fait la fortune de l’extrême-droite politique. Mais il existe aussi une extrême-droite sociale, support silencieux de l’extrême-droite politique. Quand elle prend la parole, c’est pour trouver à redire sur les mouvements populaires, le faciès de leurs leaders, la brusquerie de leur parler, le désordre qu’ils provoquent…

A ces gens-là, une petite question. Comment va faire la bonne qui travaille chez vous, qui doit prendre un tap-tap plus un taxi-moto pour venir à son travail, laquelle bonne a deux enfants scolarisés qui utilisent le transport public pour se rendre à l’école ? Une deuxième question peut-être : pourquoi est-ce que cela ne vous étonne pas qu’on lui propose cette équation impossible ? A moins que vous soyez prêts à doubler son salaire…



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