En effet il y a de quoi se révolter

Publié le 2022-08-23 | lenouvelliste.com

Sans blague! Le Premier ministre de facto est « révolté » par la mort d’une mère et de ses deux filles. Pourquoi a-t-il attendu ce crime pour être révolté ? Le crime est certes odieux, impardonnable. Mais il n’est qu’une séquence d’une série dont les épisodes se sont multipliés depuis l’imposition d’Ariel Henry comme chef d’un exécutif qui ne rend compte qu’à lui-même.

Monsieur le Premier ministre, c’est à nous d’être révoltés contre un pouvoir de facto qu’aucune réussite ne caractérise. Depuis un an et quelques mois que vous vous maintenez au pouvoir, on tue plus qu’avant, les problèmes économiques, les conditions de vie, tout a empiré. Dites-nous donc à quoi vous nous êtes utiles, vous et vos ministres ? Votre pouvoir restera dans l’histoire comme la plus douloureuse des usurpations, une agence de production et de reconduction du pire payée par notre argent.

Dites-nous donc, monsieur le Premier ministre de facto, qui veut de vous à part ceux que vous payez ? On manifeste contre vous, on rit de votre « gouvernement ». Partis politiques, organisations de la société civile, écoliers, étudiants, une masse de citoyens vous demandent de partir, ou au moins de participer honnêtement à la mise en place d’un pouvoir de transition. Vous vous comportez comme si vous aviez été élu et disposiez d’un mandat à vie. C’est à nous d’être révoltés contre cette indifférence à notre revendication de base : départ ou compromis. Et ne sortez pas l’argument fallacieux de l’absence de cadre institutionnel à cette revendication. Votre pouvoir, vos alliances n’ont eux non plus aucun cadre institutionnel. Les cadres institutionnels, le PHTK dont vous ne dirigez qu’une énième version a passé une décennie à les détruire.

Il est grossier en politique d’attaquer les gens dans leur personne et vous avez la réputation d’être un professionnel sérieux et compétent. Quel est donc ce vice du pouvoir qui vous fait vous accrocher à un titre et une fonction qui virent à la caricature ? Vous voulez rester au pouvoir pour faire quoi ? Reconstruire une économie qui se dégrade sous votre gouvernement ? Sauver la vie des mères et des filles, des enfants et des adultes qu’on assassine ? Revigorer les liens sociaux qui se délitent comme jamais avant sous votre gouvernement ? Conduire le pays vers des élections crédibles alors que le principal obstacle à l’enclenchement du processus pouvant y mener est votre gouvernement ?

Monsieur le Premier ministre, quelques mercenaires ont peut-être trouvé dans votre pouvoir une réussite personnelle. Vous leur avez accordé postes et statut. Mais pour le pays, il est le plus cuisant des échecs. Et vous voulez nous l’imposer comme une permanence. Nommez une chose positive réussie par votre gouvernement. À moins de considérer la recrudescence des boat people et autres départs clandestins, l’extension territoriale des gangs, la déliquescence généralisée des services publics comme acquis à mettre à votre palmarès !

Il y a cependant une chose positive. La rue, les partis politiques et les organisations de la société civile s’étaient éloignés. Certains de vos amis sont passés par là, leur trahison a eu pour effet de décourager. Mais le lien se refait. Sans eux. Des gens sont morts en voulant faire entendre leurs revendications : halte au crime et vivement votre départ. Quand les voix seront plus fortes, vous ordonnerez à la police de tuer ?

Monsieur le Premier ministre de facto, votre pouvoir n’est pas une issue mais une impasse. Ayez l’intelligence d’en sortir et de nous en sortir.  Au nom de cette mère et de ses filles dont la mort vous a « révolté » dans votre impuissance.



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