Remboursez

Publié le 2022-06-23 | lenouvelliste.com

Une ministre qui parle, félicite, se félicite. Un autre qui semble se tromper de pays, de contexte, propose des folies, en impose qui félicite. D’autres qui voyagent, se pavanent. Leurs cortèges qui déboulent, poussent, bousculent, menacent. Ils imitent en cela leur chef qui pleure les morts d’ailleurs, envoie des messages de sympathie et de condoléances aux victimes d’ailleurs, mais ne montre que mépris et indifférence envers les morts d’ici.

Les morts d’ici. Ceux tués par les balles des gangs. Ceux tués par la misère et le manque de soins.

Les morts-vivants d’ici qui n’osent ni sortir ni rester chez eux. Parce qu’on les tue ou les kidnappe aussi chez eux. Ceux qui travaillent et ne gagnent presque rien. Pas assez pour satisfaire leurs besoins primaires. Ceux qui craignent la prochaine pluie qui va tout emporter du peu qu’il leur reste. Ces écoliers qui se rendent dans une école qui n’a pas les moyens d’enseigner, qui n’ont pas le ventre assez rempli pour apprendre.

La mort. La pauvreté. La débâcle. Tribunaux, connais pas. Services publics, connais pas. Un peuple condamné à faire tout tout seul. À faire face tout seul. À survivre et crever tout seul. Alors qu’un pouvoir autoproclamé et choisi par de prétendus amis d’Haïti prétend parler en son nom, agir en son nom, le diriger.

Mais c’est vrai que le « gouvernement » de facto ne prétend pas diriger, gouverner. En fait, il ne prétend rien. À part que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pour lui, sans doute. Salaires et per diem, prestige de basse-cour et discours inutiles. Verbiage, caricatures. Il joue une comédie macabre dont il est le seul spectateur heureux. Quand ils passent à la télé, ils ont l’air fiers d’eux, comme s’ils avaient accompli quelque chose. Oui, ils ont accompli quelque chose : ils ont acquis, on préfère ne pas savoir comment, titres et moyens. Cela leur suffit. Il en est qui ne parlent pas, ils susurrent. Il en est qui haranguent les foules absentes, leurs voix sont résolues, déterminées, ils semblent croire à leurs mensonges. Il en est qui parlent comme s’ils avaient la tête ailleurs, ils se soumettent à la routine, ennuyés par le protocole. Zuzus, va-t-en-guerre contre des fantômes.

Le protocole. Tout ce qu’il en reste, ce sont ces prises de parole auxquelles de pauvres fonctionnaires témoins du désastre, quelques thuriféraires et affairistes, sont forcés d’applaudir.

Un an de misère, de violence, de dégradation absolue de ce qui était déjà dégradé. Un an de blocage de tout vrai processus démocratique. Un an « d’impéritie avérée ».

Que payons-nous ? Pourquoi payons-nous ? Pour qu’on parade en nous regardant souffrir, mourir ? Indéfiniment… Combien ce pouvoir nous a-t-il coûté en un an ? Qui nous remboursera l’argent que nous payons pour notre mise à mort ?



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