Un pas dans la bonne direction

Publié le 2022-01-12 | lenouvelliste.com

On peut s’étonner des sarcasmes et du scepticisme par lesquels certains ont accueilli le consensus politique signé entre les représentants de l’accord dit du Montana et ceux du regroupement dit de l’Entente nationale. On ne peut se plaindre de l’absence d’un consensus large pour sortir le pays du marasme dans lequel la parodie démocratique cautionnée par la communauté internationale et le néo-jean-claudisme du PHTK l’ont plongé, et, dans le même temps, se moquer des efforts qui sont faits pour aller vers ce consensus.

Ceux qui rient ne sont pas ceux sur lesquels on tire à Martissant, qui reçoivent des balles à l’intérieur des véhicules de transport public. Ceux qui rient ne sont pas ceux dont les conditions de vie, on a presque envie de dire : de mort, ne font qu’empirer au jour le jour. Ceux qui rient ne sont peut-être pas de ceux qui veulent créer les conditions pour la tenue de véritables élections.

Si l’on est de bonne foi, combien faudra-t-il encore de temps pour reconnaître que le pouvoir de facto actuel, quand bien même on lui concéderait une bonne foi dont il ne fait pas la preuve, ne peut pas créer ces conditions, comme il ne peut pas s’attaquer aux problèmes immédiats ?

Tout ce qu’il peut, et fou qui s’y perd, c’est faire comme si de rien n’était et continuer sur la route folle d’un référendum qui ne sera pas reconnu par la population, d’élections qui ne seront pas reconnues par la population. Continuer sur cette route ne signifie pas qu’il arrivera au bout, même en renforçant sa propagande et en cooptant des chercheurs de poste. Le pouvoir de facto actuel ne peut pas produire du légitime. Il faut donc chercher ailleurs, sans forcément refuser de discuter avec lui. Si Ariel Henry veut servir ce pays, il est obligé de se trahir, de reconnaître la nécessité de quelque chose de plus large.

Le consensus politique, signé, il y a quelques jours, va dans le sens d’une démarche nationale. Ce peut être la seule vraie nouvelle dans le domaine politique depuis quelques semaines. Nouvelles nominations ? Quel est l’événement  qui va changer quelque chose ? Rechanter la rengaine d’un combat entre jovenélistes et non jovenélistes ? Qu’est-ce que cela change ? Pacification et lutte contre l’insécurité ? Non. Un pas vers l’amélioration des conditions d’existence de la majorité ? Non.

Il faut repartir. Le pouvoir de facto actuel de part son origine et sa composition ne peut pas amorcer un nouveau départ. Il n’est pas un pouvoir de transition. Il ne pourra que faire durer le surplace dans l’impasse. Ce n’est même pas un jugement moral, juste une constatation. Chaque jour que nous vivons nous enfonce dans le même. La réalité, pour ne donner qu’un exemple, c’est que la présence des gangs est plus forte aujourd’hui qu’il y a quelques mois. Et l’opacité est totale sur la gestion des fonds publics. Le pouvoir de facto actuel n’a qu’un recours : utiliser les fonds publics pour essayer de se faire accepter et asseoir son « autorité ».

Quand un régime sociopolitique s’effondre, et c’est à cet effondrement que nous ont conduit la communauté internationale et le PHTK, seule la douloureuse expérience d’un consensus large peut réunir la nation et lui donner un peu d’espoir. La difficulté qu’éprouvent certains citoyens à croire en la possibilité et la sincérité d’un consensus national est la preuve par l’absurde de sa nécessité. Il faut du consensuel. L’actuel pouvoir de facto ne l’est pas.



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