Nouvelle formule du rien ne change

Publié le 2021-11-29 | lenouvelliste.com

On savait que certains partis issus du délabrement de la gauche historique haïtienne avaient depuis longtemps trahi tout idéal de transformation sociale et n’avaient gardé de la gauche que le pire : procédés staliniens, tous les coups sont bons, magouilles, réflexes anti-démocratiques. On voit jusqu’où ils peuvent aller en se faisant représenter dans un « gouvernement » encore plus illégitime que les trois derniers avant lui. Pire, que des chefs ou presque chefs de parti occupent directement des postes… augmentation des revenus et du pouvoir personnels…

On ne s’étonne pas de la présence dans ce « gouvernement » de tel  obsédé par le titre de ministre qui n'a rien à penser du reste, pourvu qu’il occupe le poste. C’est un Mackbeth de l’administration publique, on ne sait quelles sorcières lui avaient annoncé son destin. Gen nèg ki konprann li te ne pou l minis.

À quelle légitimité ce « gouvernement » peut-il prétendre ? Et le discours d’un Premier ministre incapable de gérer la moindre des affaires courantes, voire de faire face aux problèmes majeurs de l’heure, l’insécurité et les conditions matérielles d’existence de la majorité de la population, se fait programmatique comme s’il installait son équipe pour une longue durée.

Monsieur fait des annonces : nouvelle constitution, arrêt prochain de la subvention des produits pétroliers.

Voilà donc où la vanité et l’appétit de pouvoir peuvent conduire des gens qu’un temps on a pu croire honnêtes et intelligents. Participer sans honte à ce qui promet d’être un moment fort d’une mascarade dont on rirait si elle ne nous coûtait du temps, du sang et de l’argent.

Et quels arguments ! Participer pour chasser les « jovenélistes ». Au profit de qui ? Du peuple peut-être. Ou de celui qui fut l’initiateur du banditisme aujourd’hui pas que l’égal qui est la nature même du PHTK. Et quand une telle division existerait dans les hordes, on ne peut pas dire les rangs, du PHTK, en quoi un mickiste ou un je ne sais pas quoi serait-il mieux qu’un jovenéliste !

Avec la complicité peut-être de telle puissance et de tel organisme international. Georges Anglade l’avait écrit depuis longtemps : « Le rapport du pays à la présence étrangère est malsain et vicié en tant que cette terre a fait les frais de toutes les errances expérimentales des donateurs… » Encore une errance expérimentale ?

Ce « gouvernement » n’est pas le fruit d’un consensus large et n’en produira pas. Querelle de famille entre « bandits légaux ». Distribution de parcelles à d’anciens opposants fatigués de rester dehors. Continuité plutôt que rupture. Et pendant qu’ils se pavanent, ça continue de tuer, de kidnapper. Oui, la corruption et le crime en continu. La pauvreté. Pour le peuple l’indignité est une condition contre laquelle il se révolte, pour de prétendus dirigeants l’indignité est un choix.

Nous sommes sans doute à l’heure d’une grande décantation. Des preuves s’accumulent que nous n’avons pas toujours su évaluer qui est vraiment dans quel camp. Il faut revoir avec lucidité qui fait quoi, qui propose quoi. On peut jouer au (faux) pragmatisme pour faire tout et n’importe quoi. Mais ce pouvoir n’est jamais qu’un partage de postes et de zones d’influence entre tricheurs annoncés.



Réagir à cet article