Retour sur les silences coupables

Publié le 2021-11-12 | lenouvelliste.com

C’est la vie qui meurt ici. Les commerces fermés, les entreprises qui ferment ou ne travaillent plus à plein temps. Les citoyens qui ne peuvent plus circuler. La culture, l’économie, la santé, tout ce qui allait déjà très mal ne va quasiment plus.

Les responsabilités qu’on peut dire criminelles, qui ne commencent pas avec les gangs, on les a déjà établies : le PHTK ayant érigé l’utilisation politique de la criminalité et la destruction des institutions étatiques en mode de gouvernement et les secteurs de la « communauté internationale » qui l’ont soutenu et légitimé dans leur politique du faire semblant. Il fallait faire comme si la « démocratie formelle »  fonctionnait ici. Peu importaient les massacres, la corruption, l’incompétence, toutes les horreurs couvertes par le mensonge.

Aujourd’hui, celle des politiques et des secteurs dits « engagés » de la société civile qui tardent trop à trouver un compromis. Les porteurs des accords du Montana et du PEN se doivent, nous doivent de le trouver. Quitte à ramener à plus de bon sens certains signataires de l’accord avec Ariel Henry. Quelle tristesse et quelle honte d’avoir signé un accord et de n’avoir d’autre ressource que de se plaindre (auprès de qui ?) de sa non-application!

Mais, dans le lot des responsabilités, ne pas oublier les crypto-intellectuels, professeurs des universités, maîtres en ci ou en ça, spécialistes de la resquille courant après des postes dans la fonction publique qu’ils payent de leur lâcheté, de leur silence, les hauts fonctionnaires qui n’ont pas eu le courage de démissionner, se contentant de dire « je fais mon travail, le reste ne me regarde pas ».

Il a manqué de dignité chez les clercs et dans les milieux universitaires. À quoi servent diplômes et séminaires, prétendues expertises payées par les producteus et travailleurs qui donnent ses ressources à l’Etat si l’on n’a pas le courage de dire non ? Nous n’avons pas été assez nombreux à dire non dans les milieux intellectuels.

Le simple citoyen n’ayant pas dépassé le certificat d'études primaires pouvait dire que le PHTK et la communauté internationale nous enfonçaient dans un merdier duquel il fallait sortir au plus vite, et pour cela créer un large front du refus. De jeunes journalistes pouvaient le dire, certains l’ont payé de leur vie. Mais parmi les crétins (le déficit de production et d’idées nouvelles justifie le qualificatif) qui jouent aux doctes, certains étaient trop occupés à faire l’antichambre auprès de tel ministre ou patron influent pour obtenir un poste, quitte à pousser dans le dos d’un collègue. D’autres trop occupés à préserver leur poste pour faire montre d’un eprit critique.

Oui, dans les milieux dits « intellectuels » ou « universitaires », comme dans la haute fonction publique, nous n’avons pas été assez nombreux à prendre le risque de dénoncer publiquement la dérive PHTK ni assez nombreux à s'engager dans des actions collectives pour aider le pays à s'en sortir.

Dans une entrevue qu’il m’a accordée récemment, le professeur Hérold Toussaint, un vrai celui-là, parlait du « refus de souffrir » chez des personnes ayant bénéficié, ce qui est un privilège, d’une formation universitaire. Ils veulent tout, la gloriole du statut, un poste assuré et n’ont pas suffisamment de conviction pour défendre autre chose que leur reproduction. On n’a pas assez fait le compte des bassesses, lâchetés, compromissions au sein des élites intellectuelles face à la dérive PHTK. Oui, un jour il faudra faire la sociologie des universitaires et « intellectuels » face à la dérive PHTK. Ce monde intellectuel qui « ment monumentalement » comme l’écrivait Prévert. Mais il y en a qui doivent être trop occupés à courir après les postes pour lire les poètes.



Réagir à cet article