Solidarité, engagement, dignité

Publié le 2021-10-21 | lenouvelliste.com

La réimpression de chansons patriotiques circulant dans la diaspora haïtienne aux Etats-Unis dans les années soixante-dix, quatre-vingt par un collectif célébrant la mémoire du groupe « Atis endepandan » ressuscite une époque où la parole était digne, le ton à la révolte, l’humeur à l’engagement, le pari sur l’avenir.

La présentation est médiocre, les crédits mal distribués. La qualité des chansons et des interprétations est inégale. Dans ce vaste mouvement dit de « l’Action Patriotique » en Amérique du Nord, en ces années Duvalier, il y avait, sur le plan de la production artistique, le pire et le meilleur. Le stalinisme des groupuscules, la réduction d’un « réalisme socialiste » déjà réducteur à quelques dogmes liberticides faisait qu’on chantait parfois faux et favorisait la facilité se nourrissant de slogans. Mais il y avait aussi des merveilles, des chants de révolte et d’espérance n’ayant rien à envier aux plus belles réussites des « protest songs » ou de « la nueva cancion ».

Il reviendra aux historiens de la poésie, de la musique et de la chanson de rétablir cette époque dans ses droits, de lui donner la pleine place dans l’inventaire de nos pratiques artistiques.

Mais en écoutant  aujourd’hui « si m louvri bouch mwen » ou « kanmarad, souke kò n », ou encore ce chef-d’œuvre de simplicité humaniste (zanmi yo, jodi a m ap ekri nou. Kè m pa menm jan an, li vin laj tankou lanmè. Se bèl bagay lè tout fanmi yo reyini pou vin met men nan konbit la…  Mèsi, zanmi yo, mèsi..), c’est cette quête de solidarité et d’engagement qui me revient comme quelque chose qu’il convient de ranimer en toute urgence. De dignité aussi. De dignité surtout.

Ce ton, pour ce qui est de la dignité, je l’ai trouvé dans l’intervention de Magalie Comeau-Denis auprès de telle instance internationale résolument sourde aux causes de nos malheurs et à nos revendications légitimes. Ce ton, pour ce qui est de la solidarité et de l’engagement, je le trouve dans les discours de certains jeune et, plus rarement, chez quelques « leaders » politiques.

Je suis fatigué d’avoir honte. Honte de leaders politiques adoptant le ton du subalterne quand ils parlent au « Blanc ». Honte des acteurs de la vie politique et civile qui ne jurent que par leurs intérêts personnels. Honte de la vulgarité qui ne fait plus de différence entre le public et le privé en matière de langage. Honte de ceux incapables de comprendre le moindre geste solidaire. Honte de ceux qui veulent tout, pour lesquels toutes choses peuvent aller ensemble, il n’y a rien d’incompatible, il suffit que les choses leur conviennent et au diable tout principe.

Je suis fatigué d’avoir honte. De la crainte qui me saisit de la honte à venir quand tel représentant de tel groupe ou secteur prendra la parole dans une apologie qui ne convainc personne, quand tel « artiste » ne laisse entendre dans ses propos qu’indifférence sociale et appât du gain. Honte de toute cette vanité installée dans l’indignité.

Solidarité, engagement, dignité, il serait bien que les médias diffusent ces « chansons patriotiques ». Pour nous rappeler qu’on peut parler et faire autrement.



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