Le pire et le meilleur

Publié le 2021-10-08 | lenouvelliste.com

Violence, pauvreté, injustice sociale, peur. On ne sort plus que pour des raisons médicales ou affronter la lenteur de telle administration. Ou parce qu’il n’y a rien dans la maison qui n’est pas tout à fait une maison où règne la promiscuité.

On compte les vies emportées par la violence, on écoute les tergiversations et manigances des politiques. On s’inquiète de l’opportunisme de tel, du manque de conviction de tel autre. On s’étonne, ou on ne s’étonne même plus du vide qu’il y a dans beaucoup de propos. On sait depuis longtemps que le bruit et le vide peuvent faire la paix, l’un cachant l’autre.

On fatigue les téléphones et les réseaux sociaux à courir après les dernières rumeurs. On tue le temps à enrichir les vrais complots d’intrigues folles, rocambolesques. On regarde un citoyen se faire tabasser pour avoir dit « arete Martine ». On entend un homme se présentant comme le frère du défunt président de facto porter des accusations contre son épouse impliquée selon lui dans son assassinat. Les noms de Michel Martelly et Laurent Lamothe reviennent comme acteurs voulant tirer on ne sait plus quelles ficelles. Le passé s’agite et veut contrôler l’avenir. On surprend tel homme politique en flagrant délit de mensonge dans son compte-rendu d’une rencontre avec des émissaires étrangers. Pour sa défense, ses amis disent qu’il comprend mal l’anglais.

On zappe. Imprécations, prophéties…  Sur les ondes de certaines stations de radio, c’est la foire aux Nostradamus. C’est un commerce qui rapporte…

On évite les miroirs de peur de ne trouver qu’un étranger à notre place. Un visage qu’on a connu moins blasé. Vaillant presque, optimiste. On se demande combien nous sommes à ne plus vivre que comme si nous étions morts…

Mais il y a une chronique hebdomadaire à rédiger et le devoir d’essayer de dire quelque chose d’utile.

Il y a ce groupe d’amis qu’on a croisé la veille et qui essaie, interrompu quelquefois par le bruit des balles, de discuter pays et littérature. D’écrire pour s’exprimer, tenter la parole comme outil vers un vivre plus humain. Se rappeler les mots du poète : « L’homme n’est jamais seul alors que je vous parle et que vous m’écoutez. »

Il y a ces jeunes gens, extrémistes peut-être – l’extrême produit de l’extrême -, mais qui ne sont pas des salauds. Qui ne briguent pas de postes pour lesquels ils ne sont pas compétents. Qui ne vendent pas leur conscience et sont prêts à marcher avec un projet politique digne de ce nom.

Il y a, dans la culture populaire, un fond de sagesse paysanne, qui, malgré la misère des producteurs agricoles, permet encore de distinguer bien et mal, dignité et indignité. Pas assez connu de la ville qui fait des monstres. Une sagesse à faire connaître et à entendre.

Il y a ce jeune chercheur que j’ai reçu à une émission, qui a fait un travail éclairant sur la pensée sociale en Haïti, ses influences, ses trouvailles. Un beau savoir, une arme qui lie l’académique à une pensée active.

Et d’autres choses en bien…

Et cette chronique s’achève moins triste qu’à son début. Combattre le pire et faire appel contre lui au meilleur de nous-mêmes.



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