Morts, accords et la vie qui va

Publié le 2021-09-24 | lenouvelliste.com

En Haïti, il suffit d’être d’extraction populaire et non armé pour se faire tirer dessus par… la police. Comment le tournage d’un clip peut-il tourner au carnage ? Pourquoi des policiers ont-ils ouvert le feu sur des jeunes alors que, selon des témoins, il était évident que c’était du cinéma ? Auraient-ils fait pareil dans n’importe quel quartier ? Et  y aura-t-il enquête et sanctions ? Et comment la société haïtienne peut-elle vivre avec cela comme si de rien n’était ? Et tel penseur pour club de riches perdu dans ses hauteurs dira qu’il ne faut pas parler de lutte des classes. Et les partis politiques ayant signé un accord avec le pouvoir en place auquel ils appartiennent désormais ne peuvent plus protester contre des exactions dont ils deviennent les coauteurs.

Non, toutes les indignités ne suscitent pas la même indignation. On fait peu de cas des fusillés de Ravine-Pintade.  Il y a aussi dans le monde et ici même des gens qui sont moins horrifiés par le spectacle d’Haïtiens chassés au lasso que par des scènes moins affligeantes. Pour être indigné, outre la condamnation de l’acte en soi, il faut, si cela ne va pas forcément jusqu’à s’identifier à la victime, au moins lui supposer l’humanité qu’on se suppose. Pour un grand nombre de personnes ici et dans le monde, un migrant haïtien n’est pas le plus humain des humains.

Une question pour ceux qui ont signé l’accord avec Ariel Henry. La plupart des éléments contenus dans cet accord auraient pu être mis en œuvre par Ariel Henry sans accord. Libération des prisonniers politiques. Pourquoi ne l’ordonne-t-il pas ? Lutte contre la corruption ? Pourquoi son gouvernement de facto n’en donne-t-il pas les premiers signes ? Lutte contre criminalité et insécurité. Pourquoi ne pas en faire une priorité de son gouvernement de facto ? En quoi la signature d’un accord est-elle nécessaire pour réaliser ce qu’il pourrait au moins initier ? Ce sont là des choses contre lesquelles il n’existe pas d’obstacle institutionnel. Il faut un accord pour renvoyer un CEP que tous jugent illégal et inconstitutionnel ? Cet accord ne semble garantir qu’une chose : le nombre de personnes au pouvoir va augmenter. D’ailleurs, au diable les revendications sociales, certains signataires ne revendiquent plus qu’une seule chose, les places à eux promises.

La démission de l’envoyé spécial des États-Unis ou l’impuissance d’un honnête homme. Au-delà des détails, saluons la prise de position de quelqu’un qui ne veut pas décider à notre place et qui a eu le courage de dire que les politiques menées en Haïti ont conduit à la catastrophe et que ces mêmes politiques ne feront que la perpétuer.

La routine des crimes et des cas de kidnapping, de la rareté du carburant, des dégâts causés par la pluie… Et l’une de vraies questions : dans ce merdier, apparaitra-t-il une formation politique qui, par ses actes et discours, donnera l’impression d’être capable et surtout digne de diriger ?



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