Démocratique et populaire…

Publié le 2021-09-13 | lenouvelliste.com

Je suis peut-être bête, mais dans ma bêtise je ne vois pas comment un accord politique avec le Premier ministre de facto Ariel Henry pourrait contribuer à une sortie de crise. A moins de considérer la normalisation du pouvoir monocéphale de facto comme une forme de stabilisation. Le pouvoir d’Ariel Henry s’inscrit dans une tradition PHTK qui n’est ni démocratique ni populaire et ne montre aucun signe de vouloir en sortir. Un accord avec Ariel Henry pour aboutir aux procès contre les crimes de sang et les crimes financiers ? Un accord avec Ariel Henry pour créer les conditions de la tenue de véritables élections ? Un accord avec Ariel Henry pour installer une politique en faveur des masses qui vivent dans des conditions économiques inacceptables ? Je reste bête et je me dis que peut-être certains de ses nouveaux amis ne sont ni aussi démocrates ni aussi « populaires » qu’ils le prétendent.

Je reste bête, mais pour citer une amie chère, la question de la construction d’une « offre politique » reste l’un des problèmes majeurs non seulement de cette conjoncture mais plus encore du processus de transformation de la société haïtienne. C’est ce déficit d’une offre claire (certains travaillent à la construire et c’est tout à leur honneur) qui pousse des politiques (pas tous, heureusement) à négocier « anba chal », à contrarier toute démarche démocratique qui ne leur assure pas visibilité et possibilité de cooptation.

Si démocrate on est, la priorité est de travailler à établir les conditions pour la tenue de véritables élections. Cela implique la rupture avec cet art de la magouille qui a fait la fortune du PHTK. Cela implique de rétablir un minimum de confiance dans les institutions. Cela implique un pouvoir de transition jouissant d’un minimum de crédibilité et né d’un large consensus démocratique. Sans vouloir en faire un document fétiche, l’accord de Montana est sur cette voie.

Si, « leader » politique on est, on ne peut passer son temps à  n’agir qu’en fonction de ce que l’on peut gagner durant cette période intermédiaire comme influence et pouvoir en plaçant des pions à des postes, ou en contrôlant les organes de la transition  pour la défense de ses intérêts personnels ou de clans.

Si, démocrate, on veut le pouvoir, l’urgence est de produire les conditions (organismes de contrôle, personnel digne de confiance, mesures d’urgence pour améliorer les conditions des masses, conditions pour mener campagne) pour que les Haïtiens puissent se dire : aux urnes, citoyens !

Il y a des gens qui veulent gagner la transition. Justement parce qu’ils n’ont pas d’offre politique. Quoi qu’ils fassent, il faudra bien qu’un jour ce pays aille à de véritables élections. Quand il faudra voter, les électeurs se demanderont : pour qui, pour quoi ? Le résultat sera une expression du démocratique et du populaire (tout en reconnaissant les limites de plus en plus évidentes de la démocratie formelle dite représentative ). De cela des gens ont peur.



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