Le Grand Nord prépare le dernier adieu au président Jovenel Moïse

Un registre de condoléances est ouvert dans les 19 communes du département du Nord. Des proches du président Jovenel Moïse du Nord-est s’apprêtent à venir au Cap-Haïtien pour la messe et une marche. Si le président sera inhumé aux côtés de son père à Madeline, c'est tout le Nord qui vit entre passions et émotions les heures d’avant les funérailles tout en rappelant que Jovenel Moïse est le cinquième président issu du Grand Nord assassiné à Port-au-Prince.

Publié le 2021-07-21 | lenouvelliste.com

Mercredi 21 juillet 2021. Il est 15 heures passées. Les préparatifs pour la dernière cérémonie officielle en honneur du président Jovenel Moïse vont bon train. Sous un soleil de plomb, à l’entrée de « S.O.S Village d’enfants », à Quartier Morin, des hommes et des équipements lourds du ministère des Travaux publics assainissent, décapent, battent la chaussée poussiéreuse sur plus d’un kilomètre, jusqu’à Berodin, la propriété du père du président assassiné Jovenel Moïse où ses funérailles nationales seront chantées vendredi matin.

Au fond de la propriété, grande comme quatre terrains de football, une petite armée d’ouvriers permet d’esquisser des certitudes. « Tout sera prêt à temps. Les travaux avancent », a assuré une source interrogée par Le Nouvelliste qui vante la synergie entre la PNH, les TPTC, la marie du Cap-Haïtien, la délégation départementale. « Nous sommes en train de construire la base qui accueillera le cercueil du président. Après, on construira le mausolée, juste à côté de la tombe de son père », a-t-elle poursuivi, nous référant à un frère du président, présent sur le site, pour de plus amples détails.

« Nous ne voulons rien expliquer concernant les préparatifs », a répondu le grand frère du défunt sur un ton à la fois courtois et agacé, à un jet de pierre des charpentiers, des électriciens, des décorateurs qui s’affairaient à l’érection et à la finition des stands pour accueillir les participants.

« C’est au milieu de ces stands, sur du gazon synthétique, que sera déposé le cercueil du président Moïse », a indiqué notre source qui a requis l’anonymat.

Avant les funérailles, jeudi, une messe à la mémoire du président Moïse sera chantée en la cathédrale du Cap-Haïtien. « Cette messe durera entre 60 et 90 minutes. Elle débutera à 9 heures du matin. Juste après, il y aura une marche pacifique. Dans la soirée, à compter de 6 heures p.m., se tiendra une veillée patriotique », a détaillé Bernoville Charles Philippe, responsable de communication de la mairie de Port-au-Prince.  

En ce qui concerne la marche, Bernoville Charles craint de possibles débordements. « C’est possible », a-t-il dit, en évoquant un discours politique véhiculé dans le Nord soutenant que « l’Ouest a un problème avec les leaders originaires du Nord ».

« C’est le 5e président originaire du département du Nord qu’on a assassiné. Cela dit beaucoup pour le Nord. Ce n’est pas un hasard », a soutenu Yvrose Pierre, agent exécutif intérimaire, maire du Cap-Haïtien, nommé par feu Jovenel Moïse. « C’est Haïti qui est assassiné. Ce sont les petits nègres comme moi qui sont assassinés même si je ne crois pas dans les questions de couleur. Ce sont les pauvres, les provinciaux. Il y a une lutte des classes », a soutenu Yvrose Pierre, interrogée quelques heures après des attaques verbales de membres de la population contre le directeur général a.i de la PNH, Léon Charles.

C’est une preuve que les esprits s’échauffent, s’inquiète Bernoville Charles. Cette tension est palpable. Beaucoup de gens dans le Nord sont sous le choc et en colère après l’assassinat du président Moïse, a confié une capoise qui s’informait, en fin d’après-midi, des troubles à l’ordre public sur la route menant à Limonade. « J’espère que les gens permettront à la famille d’enterrer le président », a-t-elle indiqué au Nouvelliste. « Vous l’avez assassiné et maintenant vous venez prendre des photos », a craché une femme dans la soixantaine, en face de la mairie du Cap-Haïtien où il y a, comme dans les 19 communes du Nord, un registre de condoléances.

En uniforme, Pierre Fideline, 15 ans, a signé le registre avec son amie Daïka Sonçeau. « Je l’aimais. C’est pour cela que je suis venue signer le livre de condoléances », a expliqué Fideline. « Paix à son âme. J’ai signé parce qu’il était le président du pays et parce qu’il avait fait de belles promesses », ont poursuivi ces adolescentes dans les rues du Cap-Haïtien que l’on s’attelle à nettoyer et où l’on tombe sur des banderoles souhaitant bonne traversée au chef de l’Etat, assassiné chez lui, à Pèlerin 5, le 7 juillet 2021.



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