Le prix du pouvoir Moïse/PHTK

Publié le 2021-06-07 | lenouvelliste.com

Je n’ai pas écrit ma chronique la semaine dernière.

Je pensais adresser une lettre ouverte au président Boniface Alexandre. Un juge autrefois respecté. Un président provisoire auquel on n’a pas trouvé de reproche majeur à adresser. Il avait une bonne petite place dans les éphémérides. Mais déjà du temps de sa présidence, il se disait que tel de ses proches était intéressé par l’argent. Peut-être quelqu’un l’a-t-il convaincu et piégé en le portant à défaire sa vie, sa carrière, sa bonne réputation en cautionnant la dérive autoritaire, anticonstitutionnelle de Jovenel Moïse. Je ne l’ai pas écrite, cette lettre. Le président Alexandre a atteint un âge où l’on sait quelle image, quel héritage symbolique on veut laisser.

Je pensais aussi au Premier ministre de facto  bafouillant sous son masque, à un tweet pour le moins curieux du ministère du Tourisme sur l’affaire Osaka (injures envers les journalistes), aux menaces prononcées par deux ministres agressifs envers les citoyens opposés au référendum, au flou de la communication sur la pandémie… Mais la barbarie langagière de l’équipe Moïse/PHTK est un fait connu : les perles répertoriées ont battu les records du brave Antoine Simon ; la platitude, la violence, le mensonge, l’inculture dans la forme… À quoi bon parler de questions de langage avec ce monde-là ?

Je pensais écrire quelques mots d’hommage à Patrick Pompilus avec lequel je n’aurai plus l’occasion de parler foot, pays, éducation. Saleté de maladie qui tue sans doute des inconnus dont personne ne parlera, auxquels personne de connu ne rendra hommage. Mais il faudrait aussi parler de l’incompétence (encore), de l’impréparation (toujours) d’un pouvoir qui ne semble pas savoir ce que c’est qu’une politique, du grand n’importe quoi dont n’importe qui peut être victime à n’importe quel moment. Il faudrait aussi parler de l’héroïsme et de la solitude de celles et ceux qui veulent faire dignement le métier d’éducateur. Tout est contre eux. La réalité économique. La baisse du niveau de culture générale. Le spectacle de la richesse facile. La disparition du discours éthique dans l’espace public. L’insécurité.

Et comment parler de morts qui n’auraient pas dû advenir sans les mentionner toutes ! Sans mentionner cette violence à laquelle toute une société est soumise, à ces quartiers que leurs populations abandonnent parce que des balles chantent sur leurs toits, dans leurs chambres ! Comment parler de la mort sans dire qu’on ne vit pas ici. Et que, tant qu’on subira les affres Moïse/PHTK, ce sera ainsi. Leur pouvoir est à ce prix. Aujourd’hui, c’est peut-être la seule chose qu’il reste à chroniquer : un pays effondré, meurtri, où vivre n’est pas vivre. Un vivre qui n’est pas vivre, voilà ce que nous payons pour que Moïse/PHTK se maintiennent au pouvoir.



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