« Tout ceci n’est pas besoin »

Bloc-Notes

Publié le 2021-05-05 | lenouvelliste.com

Les débordements verbaux de l’ancien Premier ministre de facto étaient marqués par un registre de langage ne faisant aucune différence entre discours privé et discours public. C’était un vice cher aux subalternes du duvaliérisme.

Les chefs se montraient moins vulgaires. Leur vulgarité à eux donnait dans une flatterie exagérée : le chef était Dieu. Tout était du fait de sa bonté, de son intelligence, de sa « haute sollicitude » de « sérénissime », de sa clairvoyance, de son génie. Et il fallait inviter les fonctionnaires, hauts et petits, la population qu’on déplaçait dans des camions à venir assister à telle puis telle « réalisation » quasi personnelle du Dieu vivant.

De ce point de vue, Claude Joseph est plus duvaliériste que son prédécesseur. La correspondance qu’il rédige pour inviter les directeurs généraux, la population dans son ensemble à assister au grand œuvre du de facto en chef est un modèle du genre. Peut-être n’est-ce qu’un copier-coller d’un document d’archives des années Chanoine. Ou son enfance a-t-elle été bercée par les bulletins présentés à la Télévision nationale par un autre Joseph, Willot de son prénom. Celui-là a fini dans le ridicule…

Ce genre de démagogie coûte beaucoup au pays. Il faut déplacer des gens, mobiliser énormément de ressources. L’immodestie des dictateurs est l’une des premières sources du gaspillage. Le de facto chef de gouvernement, peut-être pas,   de propagande certainement, nous dira-t-il combien la cérémonie nous a coûté ?

Le plus triste, et le plus ridicule, c’est que, contrairement à la bande actuelle, il y avait chez les thuriféraires duvaliéristes, du moins au début, une sincérité à toute épreuve. Le chef était l’incarnation d’une idéologie. Certains y ont cru. On peut leur reprocher de s’être trompés mais pas d’avoir donné la comédie. Avec les nouveaux Joseph et consorts, considérant leur errance dans la sphère politique, leurs pirouettes et revirements dans le sens de l’ascension sociale personnelle, tous, y compris leur chef à moins que la mégalomanie ne l’ait rendu aveugle à tout, savent bien que c’est flagornerie sans conviction, du « chanje mèt chanje metye » que, selon leur place dans la sphère de pouvoir, ils ont dit hier une chose et diront demain une autre.

Au final, messieurs les de facto, pour reprendre cette belle torsion de la langue française que le peuple a érigée en dicton, « tout ceci n’est pas besoin ». Cela ne convainc personne. Le plus triste, c’est que le Premier ministre de facto est relativement jeune et qu’il se construit une curieuse solitude. Les subalternes qui l’accompagnent et l’encouragent doivent secrètement l’envier (pourquoi lui et pas moi ?) et se dire qu’il exagère. Quant au gros de la population  qui a déjà fixé la place de Moïse/PHTK dans l’histoire, il n’aura fait que l’irriter. Non, vraiment, « tout ceci n’est pas besoin ».

Antoine Lyonel Trouillot
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