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Premier mai

Publié le 2021-05-03 | lenouvelliste.com

Pour un grand nombre d’enseignants du primaire et du secondaire qui travaillent dans le privé, les vacances n’existent pas. Les vacances, c’est le chômage. Ils sont payés neuf mois sur douze. Pour tous, la retraite n’existe pas. Ils travaillent jusqu’à leur mort. S’ils s’arrêtent avant, en général pour des soucis de santé,  ils doivent s’inventer un revenu, ou attendre la fin, dans la crasse et la pénurie.

Pour les ouvriers et les ouvrières, ni salaire décent ni appui social. La persécution des syndicalistes dans une complicité évidente entre l’Etat et le patronat. Une alliance jamais aussi forte que sous le régime PHTK. Bâton, gaz et salaire de misère…

Pour le personnel de maison, une législation trop floue. Les horaires, les congés, un peu à la volonté des employeurs.

Et la paysannerie, les travailleurs agricoles, un monde dans lequel la loi ne pénètre quasiment pas.
Et les petits salariés des entreprises… La précarité… Les patrons comme les employés savent que si tu revendiques il y aura toujours quelqu’un pour prendre ta place. Ce ne sont pas les demandeurs d’emploi qui manquent.

Il y a déjà vingt ans, un élève de première avait répondu à un prof libéral qui interrogeait sa classe sur ses projets d’avenir, que son projet à lui était de faire aussi vite, aussi bien et aussi riche qu’un trafiquant de drogue très connu. Le mérite de ce garçon était de ne pas cacher ses intentions. Ici, qui veut encore faire carrière dans une profession ? Progresser dans une activité utile lui permettant de s’assurer un revenu et de remplir une fonction utile ?

Ceux qui n’ont rien ; ceux qui veulent tout tout de suite ; ceux qui ont tout donné à un métier qu’ils aiment pour ne rien avoir en retour ; ceux qui ont regardé d’autres progresser dans la fonction publique à coups de pistons, de magouilles, ceux qui ont souffert d’être restés honnêtes ; ceux qui ont vite compris que seul le vice paye, assure les promotions ; ceux qui se sont dit : l’essentiel c’est d’avoir un revenu, on peut commencer par devenir parlementaire de n’importe quelle circonscription, directeur général de n’importe quel organisme ; ceux qui se sont dit qu'il faut être du côté du pouvoir quand on n’est pas soi-même au pouvoir, en fouillant dans les restes, on trouvera bien quelque chose… Et ceux qui estiment, alors qu’ils n’ont jamais encore travaillé, que tout ce qui trouve ne leur convient pas. Ceux qui veulent faire l’économie du commencement, qui se voient bien recteur avant de donner le premier cours, prix Nobel avant le premier livre…

Dans tous ses sens, le mot « travail » a peu de valeur dans ce pays. Touché par les conditions concrètes de l’existence des salariés souvent inhumaines, presque toujours inacceptables. Touché par l’idéologie et l’exemple du gain facile, richesse et statut en se passant de l’exercice régulier d’une activité.
Le premier mai dans ce pays n’est même pas un poisson d’avril.



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