Ni « kout chèz » ni évitement

Publié le 2021-09-03 | lenouvelliste.com

Rien ne peut justifier l’agression contre les personnes réunies à l’hôtel Montana pour la signature d’un accord politique. Accord sur lequel des citoyennes et citoyens ont travaillé pendant des mois. Accord auquel un nombre important d’institutions civiles et politiques ont adhéré. Accord qui, qu’on le cautionne ou pas, a le mérite d’être l’aboutissement d’un processus démocratique.

On peut être en désaccord et soutenir une autre proposition. Ou vouloir fondre la proposition du Montana avec telle autre. Mais l’expression politique du désaccord ne peut prendre la forme barbare de l’agression physique. Ce n’est pas au nom du désir de changer le pays qu’on a voulu agresser à coups de chaises les porteurs et les signataires de l’accord du Montana.  Ce ne sont pas eux les ennemis de la démocratie et du progrès social. Pendant qu’on se livre à une telle barbarie, les prévaricateurs et les assassins, auteurs de PetroCaribe et autres scandales financiers, commanditaires et exécuteurs de moult massacres,  fonctionnent et se pavanent en toute impunité.

Il est heureux que des hommes politiques aient jugé nécessaire de nier publiquement toute implication dans cet acte barbare. C’est signe que l’on peut redonner de la dignité, de la forme à l’expression des désaccords politiques.

Le débat politique comme l’analyse des problèmes sociaux ne peuvent souffrir d'aucune forme d’évitement ni d'aucune manœuvre d’intimidation. Il faut parler de tout. C’est le début de la rupture. Ne rien laisser « en dehors », comme on l’a fait pendant trop longtemps avec le gros de la population.

Ne rien fuir.

En ce qui concerne la situation politique immédiate qui appelle à un accord tenant compte des revendications populaires autour de la mise en œuvre de la justice contre les auteurs des crimes de sang et des crimes financiers.

En ce qui concerne le respect des libertés toujours violées, les persécutions politiques, la judiciarisation des conflits politiques, la répression du droit de manifester sont encore choses courantes.

En ce qui concerne la réflexion à mener pour orienter enfin le pays vers plus d’équité et de justice sociale.

La rupture, c’est tout cela. Ne rien faire, sur le plan social comme sur le plan politique, pour entretenir cette mauvaise odeur de continuité.

Plutôt que d’aller lancer des chaises à la tête de citoyens (encore une fois qu’on soit en paix ou pas avec les termes de l’accord), on doit faire front contre l’ancien. Contre certaines personnes qui sont allées trop loin dans le crime politique. Mais surtout contre des pratiques. Il est urgent de dénoncer la persistance de la violation des libertés civiles et politiques, l’utilisation politique de la police. Comme il est urgent d’ouvrir des discussions sans concession sur les problèmes sociaux.

Parmi ceux qui ont été dans la lutte contre Jovenel Moïse et le PHTK, il y en a qui doivent aujourd’hui faire la preuve que ce n’était pas simple affaire d’ôte-toi que je m’y mette. Que par avidité ou arrogance, ils ne constituent pas un frein à une véritable avancée démocratique. S’ils entendent éviter qu’on parle de ci ou de ça afin de faciliter de douteuses alliances ; s’ils entendent utiliser des procédés barbares, voire répressifs, pour contrarier tel ou tel processus, l’avenir les laissera derrière. Le temps n’est pas à la magouille, au « voye chèz kache men », mais à la construction démocratique à laquelle il convient que ceux qui rêvent de changement participent en toute franchise et en toute modestie.



Réagir à cet article