Quand des phtkistes parlent de « lutte des classes »

Publié le 2021-07-27 | lenouvelliste.com

Il y a quelque chose de comique, au sens de pitoyable, dans la découverte soudaine de « la lutte des classes » par certains membres et alliés du PHTK. Lutte des classes, version bon marché et caricaturale : les mulâtres (mettez-y toute personne claire de peau) seraient les assassins intellectuels de Jovenel Moïse, devenu héros national et défenseur des pauvres depuis sa mort. Jovenel Moïse et son pouvoir ont tenu un rôle semblable à celui du commandeur dans la société coloniale. Ils ont fait des ravages dans les milieux défavorisés, combattu et réprimé les organisations populaires, protégé les intérêts de leurs alliés de la classe des affaires. Qu’il se développe au sein de la nébuleuse PHTK une lutte interne entre une faction au relent mulatriste et une faction aux relents noiristes n’y change pas grand-chose.

Il y a quelque chose de pathétique, au sens de pitoyable, dans la peur exprimée par des mulâtres se sentant menacés du fait de leur couleur et se disant victimes de préjugés face à la nouvelle déferlante noiriste. Victimes ? Ah bon ! Oublient-ils les privilèges et monopoles que des pouvoirs corrompus et criminels leur ont accordés tout le long de l’histoire. Même aux heures sombres de la répression duvaliériste, si des mulâtres ont été ciblés, les structures sociales ont très peu bougé. Le duvaliérisme a installé une terreur généralisée dont les principales victimes ont été les masses et les intellectuels progressistes. Et peut-on pratiquer soi-même l’exclusion, bénéficier de tous les avantages et prendre une posture victimaire quand ce qui fit votre bonheur et votre richesse se retourne contre vous ? Cette haine que, à des fins personnelles, des politiciens mafieux soulèvent contre eux est le revers de la médaille de leurs pratiques et de structures sociales dont ils ont été les bénéficiaires. Il est vrai qu’au Mississipi, les héritiers des plantations coloniales parlent aujourd’hui d’un racisme anti blanc...

Remettons les choses à l’endroit. On ne peut sanctionner les gens pour délit d’origine, de couleur.  Cela dit, la posture victimaire ne convaincra personne, pas même ceux qui la prennent. La place de la question de couleur dans la reproduction de classe et la hiérarchie sociale est trop évidente pour que la posture victimaire attire de la sympathie. On a trop souvent entendu des gens dire : « Nous les mulâtres. » Ce nous, exclusif, dans son obsession de la reproduction à l’identique, dans son refus de tout métissage avec le reste de la population, s’est affirmé contre toute éthique républicaine et comme une différence entretenue et avantageuse. C’est pour cela qu’il peut aujourd’hui fonctionner comme un boomerang.

C’est, au moins, le « nous » républicain qu’il faut enfin établir ici. Si nous y parvenons personne ne pourra jouer telle couleur contre telle autre. Pour y arriver, il faut une critique radicale de ce qui fait obstacle, repenser les rapports entre l’Etat et la nation, modifier les conditions de production de la richesse et la distribution des richesses, imposer des valeurs transversales, un respect absolu des droits humains (de tous et de chacun). Il est plus que temps d’en finir avec le sous-racisme et la démagogie.



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