Une éthique de solidarité: les enjeux de l’entreprenariat social en Haïti

Depuis l’aube de l’humanité l’un des plus grands combats que nous menons demeure l’apprivoisement de la nature.

Shiller Joseph js076dcca@gmail.com
21 avr. 2026 — Lecture : 21 min.
Une éthique de solidarité: les enjeux de l’entreprenariat social en Haïti

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Depuis l’aube de l’humanité l’un des plus grands combats que nous menons demeure l’apprivoisement de la nature. C’est dans l’optique de ce combat contre la nature que nous avons fait la révolution néolithique considérée comme la mère de la technique. Cette dernière, au temps moderne, nous donne les moyens de satisfaire nos besoins en temps réel, en ce sens que nous résolvons nos problèmes plus rapidement. Toutefois, la modification des moyens de production au temps moderne change tout aussi bien nos rapports à la production. Aujourd’hui, nous avons une mainmise sur la nature qui étonne. Mais en même temps d’autres défis semblent nous imposer les limites à la fois technique et sociale de notre domination. Nous avons besoin des industries de pointe pour produire en masse alors que le phénomène el Nino nous impose des réalités pour l’heure infranchissables. Nous n’avons pas connu autant de milliardaires dans le monde alors que le nombre de pauvres dans le monde dépasse l’entendement. Nous sommes à la conquête de l’espace, c’est ce que nous révèle la dernière visite de Jeff Bezos dans l’espace en une dizaine de minutes, alors que des millions de sans-abris font face aux défis du froid, des intempéries etc.. L’un ne va pas sans l’autre, il est vrai, mais aujourd’hui aussi il nous impose de nous questionner sur le fondement des fortunes des nantis aussi bien que de nous interroger sur les conditions d’extrême pauvreté des plus démunis. C’est une question de principe car s’il est vrai que pour reprendre ce philosophe des lumières, je me permets de le citer, Jean Jacques Rousseau « Les fruits sont à tous et la terre n’est à personne », je ne saurais non plus ne pas voir dans les progrès scientifiques et techniques l’effort d’hommes qui se dépassent par le travail ardu et consistant en vue de la matérialité du rêve et je me permets ici de citer Sand « Nothing happens unless a dream » ce que je traduirais par «  rien ne se passe à moins qu’un rêve ». En parlant de rêve, nous pouvons allègrement nous arrêter au rêve de Martin Luther King «  I have a dream » dont le Français nous rend au moyen de «  Je fais un rêve ». Il est beau de rêver, mais il y en a qui ont eu des rêves pour faire avancer les conditions de vie des hommes dans le sens de la grandeur et de l’humanisme.  Bravo à Dr King, Bravo à Copernic, Bravo à Bell, Bravo à Delorme, Bravo à Marx, Bravo à Locke, Bravo à Gates, Bravo à Soros et j’en passe. Je pense qu’il nous impose de poser la problématique du progrès des sciences et techniques dans une perspective de développement de l’humain, du développement du capital social, du développement du travail, du développement du bien-être, d’un bien-être pourquoi pas partagé et accessible à tous les hommes.

Notre monde vit une contradiction qui devrait nous interpeller. Très peu sont extrêmement riches, beaucoup trop sont extrêmement pauvres. Cela ne doit pas nous enliser dans un antagonisme classique de type Marxiste. Il y a des mécanismes de dépassement, la volonté de vivre ensemble sur c’est une nécessité incontournable. Il nous faut donc développer un modèle d’agir collectif solidaire qui rendrait le monde plus juste. La richesse de l’un n’est pas forcément un obstacle au bien-être de l’autre. S’il est peut-être vrai que tout le monde ne pourra pas atteindre le même degré de richesse, il n’en demeure pas moins vrai que tout le monde peut atteindre un degré de bien-être qui lui confère un minimum de liberté et de dignité. Ici, nous entrevoyons un modèle entrepreneurial basé sur la solidarité collective. Les pays nordiques atteignent un niveau de vie très élevé au moyen de la solidarité. Il s’agit de modèle à reproduire, car ils semblent bien trouver une manière de redistribuer la richesse. Ceci peut servir de référence à notre allusion à une éthique de solidarité. Ce n’est pas sans raison que dans les classements sur les indices de développement humain, les pays nordiques arrivent toujours en premier. En principe, ce qui peut le moins, peut le plus. Les pays nordiques sont un coin du monde qui a su développer une culture du vivre ensemble exemplaire. Ceci peut bien faire école Nous sommes en mesure de distribuer plus équitablement et plus durablement la richesse mondiale. Qu’est-ce qu’il faut faire pour y parvenir ? C’est cette question que notre lecture des enjeux de l’entreprenariat social en Haïti tentera de répondre.

Haïti et ses troubles de naissance

A la faveur d’une révolution anti esclavagiste, les Haïtiens ont pris aux prix fort leur indépendance le 1 Janvier 1804. C’est le premier pays, de surcroit noir, qui a pu réaliser un tel exploit contre la plus grande armée de l’époque, c’est-à-dire l’armée Napoléonienne. Parlant de cet exploit, le grand Aimé Césaire dit « Haïti ou la négritude se met debout pour la première fois, et dire qu’on croyait en son humanité » Nous sommes donc historiquement en matière de liberté une référence pour le monde moderne. Mais malheureusement, on n’a pas su tenir le flambeau. Ceci s’explique et je m’explique. Le 17 Octobre 1806, le père de la nation Jean Jacques Dessalines est assassiné dans un complot à Pont Rouge. A la suite de cet assassinat, le pays est divisé en deux parties, un royaume dans le Nord et une république dans le Sud. La base de la fondation de la Nation est endommagée. Il n’y a plus de devise « l’Union fait la Force». Il faudra attendre plusieurs années avant de voir le pays se réunir. Mais au fait, il est dit que l’alliance conjoncturelle qui a permis au pays d’accéder à l’indépendance était précaire. Ils s’étaient mis d’accord pour prendre l’indépendance mais non pour constituer une vraie nation. Apres l’indépendance, les anciens libres se distinguent des nouveaux libres, les mulâtres de diffèrent des noirs, les élites se séparent du peuple etc. Autant de fissures et de tiraillements ne jouent pas au bénéfice du développement du pays. C’est dans ce contexte de division que le pays est imposé par la France à payer une indemnité pour la reconnaissance de son indépendance. Le pays se plonge dans une crise de redistribution de la richesse qui semble-t-il a même été à la base de l’assassinat de l’empereur. Certains en ce sens dit que son programme de réforme agraire en est le motif lui qui eut à dire «  Et ceux dont les pères sont en Afrique n’auront il donc rien ?» face à la volonté des mulâtres de s’imposer comme les seuls héritiers des blancs. Mais c’est aussi ce même empereur qui eut à déclarer «  Après ce que je viens de faire dans le Sud, si les citoyens ne se soulèvent pas contre moi, c’est qu’ils ne sont pas des hommes. » Donc, cette première république noire du monde s’enlise dès sa genèse dans une lutte sans merci contre développement, car ce dernier a toujours fait appel à la stabilité et de science comme les inconditionnels de son avènement. On n’a pas fait la paix véritable et n’a pas su monter un système d’éducation universelle. Le début de l’histoire d’Haïti est jalonne de crises, ce qui a de plus en plus plongé la nation dans la faillite de la gouvernance et l’orientation économique vers le développement. Nous nous enlisions si profondément dans des crises que ce refus de nous unir nous a finalement valu une occupation du pays par les Américains en 1915.   En fin de compte, il faut voir dans la genèse de la nation la prédominance d’une culture de la méfiance et de la peur. L’Haïtien ne fait pas confiance à l’Haïtien, c’est ici la source de certains de nos plus grands maux.

Le triomphe de l’Import-Export

La production est le moteur de toute économie. Il est clair qu’au lendemain de l’indépendance Haïti a fait une véritable chute dans son rang de puissance exportatrice de Sucre et de Café vers l’Europe. Une dégradation de la production a forgé le pays à dépendre pour répondre à ses besoins de produits étrangers. C’était bien le choix de l’Elite compradore. C’est que le professeur Manigat entend par triomphe de l’Import-Export. C’est au fait le propre d’une économie dont les biens de services et de consommation sont importés de l’étranger alors que la production locale n’est pas compétitive. Le modèle d’autosuffisance a été abandonné au profit de l’établissement d’un commerce reposant majoritairement de l’importation pour la satisfaction des besoins du pays. Au fait, il faut aussi faire remarquer que le bovarysme a toujours été le choix de nos élites afin d’assurer le maintien du statu quo qui consiste en la domination de la masse des noirs systématiquement exclue de la gestion du pays dans la nouvelle division du pays en nègre de la ville et nègre de en dehors. Ils sont formés à l’étranger et se considère comme les héritiers directs des blancs. L’adoption du modèle import-export semble garantir aux élites, particulièrement les mulâtres, une domination de l’économie du pays qui se fonde désormais sur le commerce de produits importés de l’étranger. Ceci étant, il n’a jamais été une priorité pour les élites de consentir des investissements significatifs dans le renforcement de la production locale. En d’autres termes, le type de culture qui s’est développé est une culture de type à satisfaire les besoins vivriers des ménages. Il n’y a pas eu à la base des objectifs d’exportations. Les masses ne disposant pas de capitaux susceptibles de garantir l’accès aux moyens de productions. Le triomphe de l’import-export a en d’autre termes crée encore davantage la faussée qui existe entre les classes sociales et mettre encore plus en péril le besoin d’Union nationale. Il n’a donc fait que renforcer les antagonismes de classes et luttes pour le pouvoir dans le pays. Ce choix de modèle contraste à tout véritable projet de nation, car il n’a malheureusement pas mobilisé les ressources du pays au profit d’un projet qui pourrait être bénéfique à tous les fils du pays. C’est dans cette même logique qu’il faut inscrire le déficit d’investissement dans l’éducation dans le pays. Vous allez voir que les élites du pays ont dans la plus grande majorité des cas ont été formes dans des pays étrangers. Le souci n’avait jamais été de créer un système d’éducation qui pourrait offrir aux fils du pays une formation interne. Le recours à l’étranger a été et demeure le plus grand cancer du pays en ce sens que n’est du tout pas valorise ce qui est fait dans le pays. La formule qui s’applique à notre situation trouve son expression dans la maxime française qui nous dit «  A beau mentir qui vient de loin. » Des lors que quelque chose nous arrive de l’étranger, il devient incontestablement imposable et supérieur a ce qui a été produit dans le pays. C’est encore la une source de méfiance dans la production et la créativité chez nous. Une des raisons majeures du triomphe de l’import-export dans l’économie du pays s’explique aussi par le mode de formation de la bourgeoisie Haïtienne. En passant il faut dire que cette bourgeoisie détient le monopole de la richesse du pays et malheureusement ne manifeste pas trop d’intérêt dans le renforcement de la production nationale. Cela s’explique clairement, car cette bourgeoisie est constituée de gens qui ont des origines étrangères. Ils sont en grande partie des syro-libanais, des arabes. Ces gens n’ont pas de véritables enracinements au pays. Et en conséquence, les investissements qui sont faits sont de nature passagère et légère, c’est-à-dire n’ayant pas pour mobile le développement des capitaux qui seraient réinvestis dans le pays dans des activités de productions durables. D’ailleurs ce n’est pas sans explication que le mode de vie de cette élite économique n’a rien à voir avec une pénétration dans la culture identitaire du pays. Ils sont en situation de transit permanente. En d’autres termes, ce triomphe de l’import-export découle du choix de l’élite économique de ne pas consentir des sacrifices dignes de porter le changement durable sur une terre qu’elle semble bien ne pas trop se soucier. Malheureusement, les détenteurs des moyens économiques, les dignes héritiers du colbertisme, ont la tête tournée vers le pays natal qui est loin d’être la terre de fortune.

L’instabilité permanente

L’histoire d’Haïti est jalonnée de crises. De l’indépendance à nos jours, le pays a vécu une pluie incessante de crises, les unes des fois plus redoutables que d’autres. Dans son ouvrage intitulé « Constitution et Luttes de Pouvoir en Haïti » Claude Moise nous fait un historique des crises auxquelles le pays a eu à faire face. Malheureusement, au lendemain de l’indépendance nous n’avons pas su orienter le pays la direction de la paix. Nous n’avons pas su nous doter de moyens véritables de résoudre les conflits. Ce qui fait que les crises se succèdent et le pays rentre dans une le règne constant d’une sorte de stabilité chaotique. Il ne nous a pas été possible d’imposer la paix durable dans le pays. Alors que nous avons pris notre indépendance sous la devise de l’union fait la force, il semble que l’union est devenue notre plus grand défi. Les conjonctures qui ont favorisé l’alliance entre les anciens et les nouveaux libres pour s’unir dans la bataille pour libérer la colonie des colons n’ont été que des circonstances de courte durée. Après l’indépendance en effet, après avoir chassé l’ennemi commun, les vieux démons refont surface sur la base de conflits inter-Haïtiens ou des luttes intestines. Le pays se divise sur tous les fronts, la question de la propriété, la question de couleur, la question de pouvoir, la question de culture.. Rien ne semble donner un élan de rapprochement entre les classes sociales du pays. Rien ne semble favoriser la construction du pays. Au contraire, nous nous enlisons dans la confrontation durable contre toute velléité de développement. Ce que nous constatons dans le cas des pays qui ont fait le développement, il leur a fallu de croire dans la paix, d’investir dans la stabilité, de recourir à la science comme fondement du système de leur éducation. Mais voyons bien la constance demeure la paix. Or Il n’est pas un secret que la constance en Haïti c’est les luttes intestines. On est toujours à gérer des crises, quand ce n’est pas au pire des cas des situations de guerres. Haïti, n’a malheureusement pas toujours bénéficié de contexte socio-économique favorable à générer la paix et la stabilité. Haïti s’est toujours tenu aux antipodes de la démarche de développement en raison de l’instabilité. Ceux qui ont connu la période post 1986 sont les témoins de la logique de la répétition des crises dans le pays. Il n’en a jamais été différent les décennies précédentes, et même le siècle précèdent. Les crises sont les domaines les plus constants de l’histoire d’Haïti. Contrairement aux autres pays qui en ont profité pour instaurer un ordre nouveau. Nous autres, nous avions toujours banalisé la portée de ces crises, nous avons pataugés dans les bastions de ces balbutiements sans jamais nous poser les vraies questions, sans jamais trouver les bonnes réponses. Et le constat est le résultat que nous avons à présent. Un pays instable.

Diagnostic de la barrière  au développement

La formation sociale Haïtienne se fonde sur une alliance conjoncturelle entre noirs et mulâtres pour chasser les colons. Malheureusement, après le départ de ces derniers, surtout les blancs de la colonie, il n’y a pas eu une sorte de concertation sur l’orientation à donner à la société nouvellement constituée avec l’indépendance. La mosaïque de couleurs, la mosaïque économique, la mosaïque des intérêts politiques, tous les éléments de discorde n’ont pas trouvé un élément de rassemblement favorable au fondement de la nation. Nous sommes une multitude de cultures n’obéissant à aucun principe commun universel. Nous avons combattu pour la liberté, mais cette liberté n’a pas semblé bénéficiée de la même valeur ou définition aux seins des différents groupes sociaux. Alors que pour les noirs, liberté semble vouloir dire, fin de l’esclavage, pour les mulâtres il s’agit du départ des blancs. Chacun a sa manière de concevoir le système et de sa propre vision de l’orientation à donner au pays sur le plan économique et social. A aucun moment, il n’a été pour eux de se mettre d’accord sur un projet de nation, un projet de développement à la hauteur des espérances de toutes couches sociales. En conséquence, le problème du développement voit son explication dans la genèse même du pays par le manque de consensus sur un accord minimal de liberté universelle et de bien être partagé. Il n’y a eu par la suite de l’indépendance pas de plan de développement qui vise l’intégration sociale des masses en raison de cette difficulté à se mettre d’accord. Fondamentalement, il ne sera pas possible d’aborder la problématique du développement d’Haïti en dehors du principe minimale de consensus sur l’idéal de nation, c’est-à-dire un peuple uni autour d’un idéal commun. Au fait le développement est d’abord et avant tout une question de l’homme. C’est à l’homme qu’il revient de penser la dimension de vie de l’homme et des moyens à mettre en œuvre pour réaliser le bien- être. Le développement en ce sens devient une affaire l’homme qui cherche à vivre ensemble sans un environnement ou le bien-être est possible et accessible à tous. L’homme Haïtien doit s’inventer dans une quête de recherche du bien commun. Quand ceci devient une réalité, et prend forme dans les rapports sociaux, on sera alors en mesure de relever les défis du développement. C’est ceci qui conditionnera la venue des capitaux, l’établissement d’un plan de développement de la science et de la technique, la mise en place d’un climat de stabilité pour drainer des investissements dans tous les secteurs vitaux de la vie économique du pays. En somme, nous croyons avoir vu dans l’écart du pays au développement, un élément invariable dans tous les grands moments de l’histoire du pays, il s’agit particulièrement de la force incontournable de l’exclusion sociale. C’est là le plus grand maux du pays sur le plan du développement. C’est elle qui inspire les choix des élites du pays. Tout le monde se conforte dans son petit monde. La souffrance de l’un ne concerne pas l’autre, le bonheur de l’autre ne vise nullement l’un. Dans l’idéal du développement, le bien-être est toujours l’affaire de tous, en ce sens qu’il emballe tout le monde de manière collective. Il est temps que nous sortons du paradigme de l’exclusion sociale.

Nécessité de la solidarité

La mission première d’une entreprise ne devrait pas être la recherche du profit mais plutôt le désir de servir une communauté. En ce sens-là, l’entraide devient la quintessence même de l’activité d’entrepreneuriale. La recherche de la solidarité prise sous forme d’échange des biens et des services dans le souci de rendre accessible tout ce qui est fondamentale à la vie de l’homme c’est la fonction la plus importante de l’activité économique. Il faut mettre la satisfaction des besoins de l’homme au cœur et avant toute préoccupation. Or ce que nous avons constaté en Haïti, et ceci depuis la genèse de la nation, c’est une déviance de l’intérêt à accorder à la solidarité dans les activités économiques. On a l’impression que les luttes intestines traversent aussi les motivations économiques au point de forger davantage les écarts entre les couches sociales. Malheureusement, tout ceci ne fait qu’éloigner la nation de la voie de solidarité à suivre. L’activité économique loin de renforcer les liens de solidarité entre la société est devenue une voie privilégiée de renforcement du système d’exclusion sociale. La manifestation la plus criante de cette absence de volonté de solidarité réside dans les manœuvres de toujours pratiquées par les classes possédantes qui consistent en l’évasion fiscale. Le refus de payer les taxes traduit de la part des élites économiques un de partager une partie de leurs profits aux œuvres ou du moins aux efforts de l’Etat en faveur des projets visant la collectivité. L’une des stratégies rendant manifeste cette pratique d’évasion fiscale demeure la contrebande. La contrebande a systématique été utilisée pour fuir aux fins de participer dans le développement de la communauté. Donc c’est un refus de se solidariser avec les plus démunis, c’est-à-dire la majorité de la population, exposé à des situations d’extrême pauvreté. Ceci c’est le moindre fait illustrant le refus de la solidarité des nantis. Au fait, la participation n’a jamais été un souci pour eux dans la mesure où elle ouvrirait la voie à plus de socialisation qui semble être de loin de l’ordre de leurs soucis. Ils ne se sont jamais intéressés de manière durable au changement dans ce pays. Plus que déficit d’intérêts, ils sont souvent les premiers à contester ou entraver les efforts de changement dans le pays en faveur des masses. Il s’agit d’un combat frontal sur le plan idéologique ou les masses sont considérées comme l’ennemi juré de l’élite économique. Les gouvernements qui ont tenté des efforts en ce sens ont soit connu l’exil ailleurs, soit ont quitté leurs peaux au pouvoir. Mais aussi du point de vue des masses, la question n’est pas vue sous un angle contraire. Les masses ont toujours agi au mépris des intérêts des élites, en particulier de l’élite économique. Ce n’est pas sans raison que assez souvent dans les mouvements de protestations ou revendications populaires, les entreprises sont souvent contraintes aux fermetures, vandalisées, pillées, brulées. Ils ne voient souvent pas les conséquences à long terme de ces destructions, sinon qu’ils se disent en situation de venger de ceux-là qui leur empêchent l’accès au bien-être. C’est d’abord et avant tout la faute des nantis, si la situation des masses ne peut changer, c’est en tout cas l’idée dominante dans le secteur des masses. En ce sens, ces gens ont choisi de faire de la destruction leurs armes de prédilection contre ce qu’elles considèrent comme leurs ennemis de nature. On a expliqué la source de cette méfiance générale et généralisée vécue mutuellement entre les deux secteurs. Nous sommes dans une situation de dénie mutuel de l’un vis-à-vis de l’autre. La seule façon de s’en éloigner c’est de repenser les rapports sociaux entre ces deux rivaux. Pour l’heure la voie la plus certaine semble la solidarité. Cette dernière est capable de changer les ressentiments, d’établir un pont entre les deux rivaux qui permettrait une plus grande cohésion. Je vais pour illustrer mon propos prendre un exemple dans le commerce moderne. Au fait nous ne sommes pas sans savoir que l’une des plus grandes réalisations dans le commerce moderne c’est l’accès au crédit. Dans un pays comme les Etats Unis, les gens ont accès à des crédits dans quasiment tous les secteurs. Ce fait a pour le moins le mérite d’assurer aux gens le pouvoir d’achat qui permet de répondre aux besoins les plus fondamentaux. Les gens ne crèvent pas dans la privation alors qu’ils sont les témoins, sinon les artisans d’une production abondante et massive. En d’autres termes, le crédit assure une garantie de consommation de masse qui ouvre la porte à un évident équilibre social. Certes, nous parlons d’un pays ou s’enracine dans la pratique des gens un sens de responsabilité, mais ceci a été planifie pour devenir tel. Ici aussi, ça peut se faire, avec un bon esprit de rapprochement des secteurs de la vie économique qui auront pour souci premier non le profit à tous les prix mais plutôt l’idéal de rendre les biens de consommation accessibles à des échelles de pouvoir d’achats différents et prenant en compte prioritairement le droit d’accès à la consommation des masses pauvres qui ne sont pourtant pas sans revenu ou encore dénué de sens de responsabilité. Libérer le crédit ce serait une bonne chose pour le pays, et cette voie est incontournable me semble-t-il.

Le changement nécessaire dans les institutions :

On ne l’ignore pas, le fonctionnement des institutions du pays demeure bancal. On pourrait même avancer la faillite totale. Malheureusement, elles ne sont pas en mesure de donner des résultats. Le pays en souffre profondément de son incapacité à faire fonctionner de manière durable et efficace des institutions, en particulier des institutions républicaines. Au fait, ce qui a toujours manqué  à ce pays depuis sa fondation c’est l’établissement d’un Etat qui puisse obier aux aspirations de changements d’un peuple dont les souffrances n’ont fait que croitre de plus en plus à travers les décennies d’histoire. Ceci fait que malheureusement cet Etat n’a pas eu les leviers nécessaires pour réaliser sa mission. Le constat est la et il ne dit pas le contraire de la situation d’un pays qui a été ravagé par une série de guerres. C’est un constat d’échec. Le pays en effet a connu des périodes troubles de guerres civiles et une kyrielle de troubles politiques dans son histoire à date. Tout ceci n’aura eu que de néfastes conséquences sur l’idéal de construire un avenir certain pour les fils et les filles du pays. Aujourd’hui la réalité, les défis de l’heure impose un changement dans les institutions du pays qui passe par la réforme de l’Etat. Il faut en effet monter un Etat qui peut jouer son rôle de rassembleur. Il faut pouvoir mettre ensemble dans une logique de recherche de la modernité, une modernité qui pourrait être accessible à tout un chacun. Aujourd’hui plus que jamais l’Etat à son rôle à jouer dans la cohésion sociale, dans la recherche de consensus national pour le développement durable. Pour adresser les défis de l’heure, il faut plus que les gens, des structures qui peuvent matérialiser ce changement. On avait parlé de lutte contre la contrebande par exemple. Ceci est nécessaire dans une lutte pour la réforme fiscale dans le pays. C’est troublant de voir que l’Etat n’arrive pas à collecter les taxes de manière efficace. La volonté est là, mais il faut la faire atterrir à travers des initiatives de l’Etat de favoriser le développement de l’entreprenariat dans le pays. Plus il y d’entreprises plus sera large l’assiette fiscale de l’Etat. La mission de l’Etat ne doit pas être d’abord de prélever des taxes, mais plutôt de créer des conditions adéquates et favorables à la multiplication des entreprises, à plus d’accès aux investissements directs dans des secteurs divers et porteurs. Au prime à bord, il faut que les gens puissent exercer des activités génératrices de revenus stables, c’est dans à travers cette politique de dynamisation de l’emploi que doit se dégager une bonne politique fiscale.

Au fait, le plus grand problème sinon le problème réel du pays, c’est l’extrême volatilité des super structures de l’Etat. Le changement institutionnel nécessaire passe aussi par la consolidation ou l’édification de nouvelles structures capable de répondre aux défis des temps à venir. Il importe en effet de poser le problème d’un projet national, d’un plan durable de relance économique, de la mise en place d’un système de formation universelle et accessible, ‘une structure permanente de réalisation des élections en vue du renouvellement du personnel politique, de l’établissement d’une structure de réforme sociétale et identitaire. Ceux sont là les éléments clés à prendre en compte dans la perspective inévitable de changement dans les institutions. Nous en parvenons à la conclusion que le changement dans les institutions, surtout dans la manière de penser les super structures idéologiques du pays s’impose et ne pourra encore attendre longtemps. La mesure de ce changement sera la mesure de la dimension que devra prendre le développement du pays. On doit s’en sortir par l’innovation, on doit s’en sortir à travers un pragmatisme réel qui évalue et valorise les moyens et ressources dont nous disposons que ce soit en termes humains et en termes matériels. C’est bien le changement dans les institutions qui donnera sens à notre histoire, car les institutions sont de nature à demeurer dans le temps et l’espace. In fine, le changement nécessaire sans les institutions telle que prônée s’avère incontournable, sinon de dire c’est la voie indéfectiblement à prendre pour un renouveau porteur de bien-être et de véritable solidarité. Tant vaut les institutions, tant vaut la grandeur de la nation.

Enfin, les problèmes du pays qui sont de nature multiforme, en d’autres termes très complexes nous livrent dans un profond sommeil où le laisser faire semble prendre la commande. Trop souvent ce sommeil des uns qui devient la ruche des autres a acculé la grande majorité dans l’enfer de l’aliénation, de la dépossession, de l’exclusion et j’en passe…Nous sommes devenus par la force des choses une nation de discorde ou les antagonismes n’ont fait que semer encore plus de luttes et de disparités. C’est cela que nous devrions dépasser si nous voulons vraiment bâtir un autre pays. Un nouveau pays avec un nouveau départ, un nouvel agenda, une nouvelle vision. Je crois avoir à travers ces lignes lister quelques des facteurs de nos querelles intestines, sinon la matrice même du sous-développement de notre pays, notre chère patrie. Il nous en reviendra à tout un chacun, à tous et toutes de prendre en charge la responsabilité de rompre avec ce passé ultra tragique, hémorragique dans son essence. C’est à travers ce choix que se dégagera l’avenir prometteur dont nous rêvons, sûrment, collectivement mais que par la force de la bêtise communément endossée, nous peinons à éradiquer. Le développement de notre pays passe indubitablement par non seulement l’union de toutes les forces sociales vives du pays, mais aussi par une volonté de faire politiquement mieux qu’aux temps de la ma menée révolutionnaire. Il faut changer de discours, il changer de pratiques, il faut changer tout court. Il faut donc édifier une nation qui cristallise les espérances de tous les clivages, de toutes les couleurs et de tous les niveaux de fortune. Une nation qui se met ensemble pour vivre et partager les ressources disponibles. Une nation qui se met ensemble pour aller aux trousses de ressources non disponibles. Une nation qui s’invente pour obéir aux lois de la solidarité et du bien être partagé. A ce moment-là et seulement à cette condition, nous serons un peuple fier et digne de notre histoire, mais plus que cela de la leçon d’humanité que nous avons inculqué au monde entier en nous opposant colonialisme exclusiviste et esclavagiste.