La réflexion éthique au service des valeurs démocratiques

L’EREH rappelle que la vie éthique de chacun fonde la vie de tous. Et si le changement commençait par notre capacité à prendre soin du corps social ?

Steevenson Montinard, Professeur de Bioéthique
15 juil. 2026 — Lecture : 4 min.
La réflexion éthique au service des valeurs démocratiques

Electeurs dans un bureau de vote

L’EREH (Espace de Réflexion Éthique d'Haïti) est un nouveau modèle de promotion éthique au cœur de la cité. Faire la promotion de l’éthique dans une société ce n’est pas d’abord assurer une acquisition massive de connaissances théoriques pour ensuite « dire » l’éthique, évaluer et prescrire. Il s’agit fondamentalement de favoriser une attention éthique qui touche le quotidien des citoyens. Une attention qui concerne les pratiques, les situations singulières, nouvelles, complexes et urgentes.

La voix de l’éthique est une forme de militance au service des valeurs de la démocratie visant le bien commun. Pierre Fortin dit qu’une valeur c’est ce qui vaut ; c’est ce à quoi individuellement ou collectivement, on accorde de l’importance ; c’est ce qui a du poids pour un individu ou une collectivité[i].

Les valeurs sont démocratiques en tant qu’elles reposent sur un gouvernement responsable qui a le souci de servir le bien commun avec loyauté et impartialité politique. Ces valeurs comprennent le respect de la Constitution et de la primauté du droit, la défense des droits et libertés des citoyens qui sont le fondement d’une société démocratique, et l’intégration incarnée de la responsabilité de favoriser le développement social et économique.

Clin d’œil éthique sur la notion du BIEN COMMUN

Dans son livre Agir en politique, décision morale et pluralisme politique, Paul Valadier situe la notion du bien commun, non pas d’abord sur le terrain repérable par l’analyse sociologique, mais dans le registre du discours éthique : « cette notion recouvre en effet, ce que peuvent désirer et vouloir des groupes sociaux s’ils veulent vivre - et vivre bien ensemble »[ii] . Le premier critère opérant dans la recherche de l’équilibre entre bien personnel et bien commun réside dans l’expérience éthique.

Il importe d’insister sur ce point : parler de bien commun renvoie d’abord à un souci de prendre soin du corps social. Ce qui signifie que ce souci est ce qui fonde la société, en tant qu’il devient un désir commun des citoyens. Et c’est en raison de cette perspective qu’il ne saurait y avoir de bien personnel, qui ne soit d’emblée harmonisé avec le bien commun.

Le bien commun de la société, c’est par conséquent, une vie éthique, autrement dit, la vie bonne des citoyens, leur communion dans le bien-vivre. Le bien commun est en définitive droiture de vie, vie vertueuse, vie éthique de chacun et de tous. Dès lors, la condition de possibilité du bien vivre, c’est la prise de conscience immédiate des membres d’une même communauté, du lien qui les constitue à la fois dans leur individualité propre et dans leur fonction sociale à l’égard de tous. Cette prise de conscience dégage aussi à leurs yeux le sens du bien commun qui s’identifie au bien personnel.

INTÉRÊT PUBLIC ET BIEN COMMUN

Le bien commun « universel » est un idéal vers lequel tend toute société et qui n’existe pas dans la réalité effective. En revanche, il existe une multitude de biens communs « particuliers » : bien commun international, national, régional, local etc. Ces divers biens communs « particuliers » s’apparentent davantage au concept d’intérêt public, celui-ci étant défini comme l’intérêt général devant dépasser les intérêts particuliers ou privés.

Le bien commun « universel » est un principe de décision qui s’inscrit dans un cadre général de réalisation de la justice. Il est donc un impératif éthique du politique. Il n’est pas la somme des intérêts particuliers, mais l’équilibre entre intérêts des individus et ceux des groupes sociaux.

La recherche du bien commun universel correspond donc à la recherche d’un équilibre qui, dans les décisions de l’État, assure des conditions sociales justes et stables. La légitimation du bien commun particulier et de l’intérêt public dépendent en dernière analyse de la bonne volonté raisonnable et de la compétence morale (éducation) des pouvoirs publics de décision[iii].

Ces réflexions ne sont pas réservées à des spécialistes, elles concernent chaque citoyen dans ses choix de priorité au regard de toutes formes de situations : circulation routière, environnement, santé, aménagement, politique, construction éducation...

C’est pourquoi nous devons faire progresser la réflexion éthique au plus près de nos réalités de vie. C’est bien la vocation de l’Espace de Réflexion Éthique d’Haïti, qui offre, comme son nom l’indique, un espace de réflexion, d’échange, de discernement, de formation et de recherche.

 

[i] Pierre Fortin, La morale, l’éthique, l’éthicologie, Presses de l’Université du Québec, 1995, p 24.

[ii] Paul Valadier, Agir en politique, décision morale et pluralisme politique, Paris, Cerf, 1980. p 129.

[iii]Otfried Höffe (dir.) Petit dictionnaire d’éthique, Paris, Cerf, 1993, 371 pages.