Au cours de ce dernier trimestre de l’an 2024, la Colombie et le Venezuela ont été le théâtre d’une volonté de coopération particulière avec la République d’Haïti dans le cadre des rapports SUD-SUD. Nous prenons acte de cette novatrice volonté de coopération dans l’espoir que les initiatives qui en découleront seront bénéfiques au peuple haïtien. Car l’on se souvient encore, en Haïti, de l’échec de plus de cinquante ans d’« aide » internationale dont on ne voit toujours pas les résultats. Pareil constat a été lucidement documenté par l’expert brésilien Ricardo Seitenfus dans son remarquable ouvrage « L’échec de l’aide internationale à Haïti : dilemmes et égarements » (Éditions de l’Université d’État d’Haïti et Éditions du Cidihca, 2015). Il est attesté que ce douloureux constat a été confirmé par de nombreux autres experts nationaux et internationaux et qu’il est le regard obligé de toute personne honnête : c’est également une question de fidélité à soi-même.
Les bonnes intentions affichées par le CPT (le Conseil présidentiel de transition), la nouvelle équipe au timon des affaires en Haïti, sont confrontées aux cuisants échecs de ses prédécesseurs. La nouvelle équipe dirigeante fait face au lourd bilan d’un État failli et elle doit pouvoir identifier les causes d’une telle faillite. Car le lourd bilan dont elle a hérité malgré elle s’alourdit à vue d’œil. On n’a pas le temps de s’arrêter à une réponse classique, il faut impérativement innover. Mais l’on sait que de toute façon la critique constructive irrite le pouvoir. Et le CPT, en butte au calendrier des élections en novembre 2025, n’a pas attendu un bilan « rationnel », tenant compte de notre mentalité, pour avancer.
Une fine diplomatie est en marche
Tout a débuté avec la participation du Président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Leslie Voltaire dit « Le Chinois », (surnom donné par ses camarades de classe au Petit Séminaire Collège Saint Martial) à la « 16ème Conférence des Parties (COP16) » sur la biodiversité en Colombie du 21 octobre au 1er novembre 2024. À l’occasion, le Président haïtien a sensibilisé les chefs d’État au sujet de la Convention sur la diversité biologique (CDB), et, en marge, a profité pour aborder avec les plus réceptifs la situation particulière de son pays.
Une fine diplomatie est en marche depuis lors. Des rapports d’une grande intensité marquée par le message par vidéo-conférence à Caracas, le 17 décembre 2024, du président haïtien Leslie Voltaire, à Caracas, Venezuela, dans le cadre du vingtième anniversaire de « L'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce des Peuples (ALBA – TCP) ». Cette activité a précédé la réunion du Conseil des ministres haïtiens et colombien présidée par les Chefs d’État Gustavo Petro et Leslie Voltaire à Riohacha en Colombie le 21 décembre 2024.
Comment ne pas dire la vérité en reconnaissant qu’un Président haïtien était sorti du cadre de l’intimidation de la politique du pré-carré ? On peut avoir toutes les critiques à l’endroit de ce Président mais il l’avait fait. Le grand voisin considère Haïti comme un fardeau tandis que pour les Haïtiens c’est le contraire. Cette nouvelle tentative de l’État menée par « le Chinois » a toute sa valeur pour trouver le juste milieu en développant avec lucidité et conscience les rapports SUD-SUD. « Nous appelons les frères de l'ALBA, dit-il, à nous aider en termes de sécurité et également d'aide alimentaire, car 6 millions d'Haïtiens souffrent désormais de la faim en cette période de Noël ».
Quelle dialectique ! Pas n’importe laquelle. Pas celle de Hegel et/ou Marx, mais plutôt celle de Zénon d’Élée, le présocratique de l’école de Pythagore. En effet, Socrate, Platon et Aristote, tous se réfèrent à cet inventeur de la dialectique qui fit tomber la tyrannie de ses propres armes. Arrêté, torturé, il dénonça les propres amis du tyran Néarque qui conspiraient contre lui. Devant l’insistance de ce dernier à en savoir plus, sans détour, il lui dit que c’était bien lui, le tyran, l’incarnation du mal. Son action incita la rage des témoins et des citoyens qui lapidèrent le tyran. Son action avait permis de renverser le tyran.
Inspirer d’autres Chinois
La tyrannie du pouvoir absolu du chef détruit Haïti depuis 1804 et pas 1806. Les dégâts à réparer sur le terrain social sont énormes. Rien n’est gagné d’avance. Ni candidat crédible ni programme de réformes très avancé. Le règne de l’arbitraire continue d’un gouvernement à l’autre en absence de toute éthique politique, bref, de toute éthique tout court. Comme un albatros au cou de la nation, la déraison populiste refuse de déroger à la règle, même s’il ne faut pas le dire. Et chaque génération finit par s’habituer au « tout voum se do » sans la moindre exigence…
Aberrant, oui, mais c’est le chemin de l’autocratie pris par nos pères fondateurs sans exception. Espérons que « le Chinois » fera la différence et qu’après lui, il inspirera d’autres Chinois. Haïti s’effondre au même rythme que celui de l’effondrement gravitationnel dont parle le mathématicien et astrophysicien britannique prix Nobel 2020 Roger Penrose pour une étoile sphérique sans rotation qui finit dans un trou noir. Dans la problématique de la gouvernance, une société qui tient à fonctionner sans le peuple ne peut que s’effondrer dans un trou noir.
Le tourbillon dans lequel le pays est pris avec les gangs armés laisse croire que la rapidité de la chute s’est accélérée. Ce dont on peut être sûr, c’est que le camp démocratique dans la classe politique qui dénonce l’injustice sociale depi nan tan bembo ne peut rester à l’écart du combat pour faire triompher la vérité. Tout ce que fait un gouvernement dans le bon sens mérite un aval critique. Il ne faut pas hésiter à le lui donner aujourd’hui et à le lui retirer demain s’il s’engage dans un mauvais sentier. En conclusion, les initiatives SUD-SUD offrent une alternative vitale et nécessitent une action coordonnée et rigoureuse. Elles incarnent une opportunité unique d’éviter une dégradation irréversible de la situation. La coopération avec des pays partageant des enjeux similaires peut transformer les perspectives du pays, à condition que la vision soit claire et les engagements, tenus. Nou piti men nou pa pitimi !!!