La plus grande catastrophe des 40 dernières années

Publié le 2022-10-04 | lenouvelliste.com

Le 2 octobre 2022, la Fondation Lorquet a lancé « un appel urgent aux Haïtiens en vue de faire un dépassement de soi pour freiner la dérive actuelle ». Aucune institution n’a jusqu’ici répondu à cette demande ou répercuté cet appel trop rare en ces temps troublés.

Ce 4 octobre, les ambassadeurs et représentants en Haïti de l’Allemagne, du Brésil, du  Canada, du Chili, d’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de France, du Japon, du Mexique, de Suisse, de Taiwan, des Nations Unies et de l'Organisation des Etats Améicains (OEA) ont publié sur Twitter un message où ils se disent « hautement préoccupés par le blocage du Terminal pétrolier de Varreux ainsi que de son impact humanitaire, notamment la résurgence du choléra, et appellent à une trêve humanitaire immédiate pour permettre la sortie du carburant pour besoins urgents ».

On ignore pour l’instant si ce cri aura des répercussions et finira par faire bouger les lignes du côté du gouvernement qui se terre dans le silence et des gangs qui renforcent leur position en infligeant revers après revers aux forces de sécurité mixtes PNH-FADH.

Ce qui est cependant à souligner dans l’appel des ambassadeurs est qu’il conforte l’état de guerre actuel, ne demande pas un arrêt des hostilités pour que la vie normale reprenne, mais sollicite simplement une trêve humanitaire… Les parties en conflit se reconnaîtront. 

Le siège médiéval que subit le pays, où aucune marchandise ne rentre ni ne sort du principal port du pays depuis des semaines, les entreprises qui ferment leur porte les unes après les autres, les biens essentiels, comme l’eau, que nous ne pouvons plus ni produire ni distribuer, l’impossibilité du dialogue entre les acteurs politiques et entre les autorités et les gangs qui tiennent en otage le pays, l’immobilisme généralisé de la communauté internationale sur le dossier Haïti, le naufrage de la société civile, la haine de tous contre tous qui anime tous les débats, le retour du choléra, l’école, le savoir et la connaissance érigés en ennemi, tout ce que nous vivons ces derniers jours illustre que 2022 sera la pire année de notre histoire récente.

Le président à vie Jean Claude Duvalier -- décédé un 4 octobre comme aujourd’hui en 2014 -- avait su le 7 février 1986 prendre la bonne décision après des mois de troubles. Il avait mis les intérêts nationaux- et les siens aussi sans doute- au-dessus des tentations et avait remis sa démission.

D’autres après lui, ont essayé de trouver des solutions, se sont démenés et, quand la nation ne voulait plus d’eux, ont jeté les gants, pour ne pas priver d’avenir le plus grand nombre.

Ces quarante dernières années, à plusieurs reprises, tout allait souvent mal, mais la vie reprenait toujours le dessus.

En 2022, on dirait que nos acteurs ont décidé d’aller jusqu’au bout de la bêtise et de l’entêtement. Un pacte de suicide existe-il ?

Il n’y a, au moment où ces lignes sont écrites, aucune option de sortie de crise cohérente, globale et équilibrée sur la table. Les initiatives se mangent les unes les autres dans un cannibalisme politique sans précédent.

Aucune théorie politique ne peut expliquer ce qui se passe en Haïti en ce mois d’octobre naissant. Ni principe, ni intérêt, ni projet ne sont en compétition.

Le pays vit sa plus grave catastrophe de ces 40 dernières années. Ce n’est pas une région qui est affectée comme lors d’un séisme ou d’un ouragan, c’est tout le pays qui est frappé. Ce n’est ni par la nature ni un fait de Dieu, les Haïtiens sont les principaux responsables de la débâcle nationale mais semble ne pas être au courant.



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