Grève générale réussie, les gangs bloquent le terminal pétrolier, le gouvernement dit avoir « le contrôle » du pays                                      

Les activités ont été une nouvelle fois paralysées à Port-au-Prince ce mardi 27 septembre, à l'appel de mot d'ordre de grève lancé par des syndicats de transport en commun pour dénoncer l'augmentation des prix des produits pétroliers de plus en plus rares depuis plusieurs mois dans les stations d'essence.

Publié le 2022-09-27 | lenouvelliste.com

Le terminal de Varreux où est stocké 70 % des produits pétroliers d’Haiti a entamé ce mardi 27 septembre sa quinzième journée de fermeture provoquée par le chef du regroupement de gangs armés dit G-9, Jimmy Chérizier.

« Bonjour. Rien n’a changé », a confié à Le Nouvelliste une source proche du terminal, mardi 27 septembre, en début de journée alors que l’impact de la non disponibilité des carburants se faisait sentir au niveau de certains services essentiels.                         

« Nous fonctionnons grâce à des réserves stratégiques. Elles sont presque épuisées », a confié Guito Edouard, directeur de la Dinepa, le service public national qui distribue l'eau. 

La compagnie privé de fourniture d’eau traitée, Culligan, via son responsable, Gaetan Barreau, a expliqué qu’à cause de « difficultés », l'entreprise sera sous peu en rupture de stock de carburant. Les employés de la compagnie ne peuvent pas venir travailler. Il est difficile aussi de circuler en toute sécurité pour livrer l’eau en bouteille disponible dans les markets et boutiques à cause de la grève, a-t-il dit.  

Les hôpitaux sont aussi touchés par cette crise de carburant. « La crise de carburant qui sévit actuellement dans le pays nous a contraint à mettre en place un plan d'urgence avec réduction de notre staff et des services disponibles, au détriment de nos fidèles patients », peut-on lire dans une note de l’hôpital Bernard Mevs/Project Medishare. 

« Devant cette dure et triste réalité, nous ne saurons dire quand l'hôpital pourra reprendre son fonctionnement normal si toutefois cette pénurie perdure », poursuit la note de l’administration de l’hôpital qui espère «  ne pas arriver à la fermeture complète ».

L’hôpital en a profité « pour solliciter l'aide de tout un chacun, et plus particulièrement des fournisseurs en carburant, pour leur faciliter l'accès à l'approvisionnement en diesel qui représente à l'heure actuelle leur seule source d'énergie », a indiqué cette note. 

Ce mardi, après le s.o.s. lancé vendredi dernier « aux principaux fournisseurs de carburant pour permettre le renflouement crucial » des réserves de l’organisation  "Nos Petits Frères et Sœurs" (NPFS) et la "Fondation Saint-Luc" (FSL) pour la garantie de la poursuite des services de pédiatrie pour plus de 153 enfants

hospitalisés et pour plus de 47 femmes enceintes à la maternité de l'hòpital Saint-Damien; de soins urgents et d'hospitalisation pour plus de 70 adultes y compris des soins de traumatologie à l’hôpital Saint-Luc, le responsable de St Luc, Dr Marc Edson Augustin, a indiqué avoir reçu un appui en carburant de la DIgicel qui permettra de ternir encore quelques jours.

Outre pour les besoins énergétiques des installations sanitaires, une partie de ce carburant est utilisée pour aider au transport du personnel.

Marteen Boute, l’une des grandes figures de la DIgicel a indiqué que cet apport à l’hôpital participe de la philosophie de la compagnie qui aide à sauver des vies.

En ce qui concerne le fonctionnement de la DIgicel, Boute assure que la compagnie a du carburant pour fonctionner encore quelques semaines au niveau de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

En province, dans le Sud, particulièrement, il y a des problèmes au niveau du réseau, à cause du sectionnement en plusieurs endroits de la fibre optique.

Marteen Boute a évoqué les efforts de la compagnie pour convoyer du carburant en régions. Il a appelé à la réouverture du terminal de Varreux.

Beaucoup d’institutions qui fournissent des services ont déjà baissé leurs rideaux ou assistent à l'assèchement de leurs stocks de carburant, plombant encore plus les activités économiques.

Les conséquences de la fermeture du terminal pétrolier de Varreux par le G-9 se font sentir de plus en plus sur fond de grève des syndicats de transport en commun en protestation contre l’ajustement des prix des produits pétroliers à la pompe.

Ce mardi, en divers points de Port-au-Prince, de Delmas, pour contenir des piles d’immondices, on y mettait le feu.

Le gallon de diesel ou de gazoline, dans l’informel, se vend à prix fort. La course de moto s’est également envolée atteignant jusqu’à 1500 gourdes entre Nazon et Delmas 75, a observé Le Nouvelliste à quelques jours de la rentrée des classes prévue ce 3 octobre par le ministère de l’Education nationale qui gère une crise après l’enlèvement de membres de son personnel.

Par rapport au contrôle du terminal de Varreux par les gangs, le journal a contacté le chef de la police, Frantz Elbé, le ministre de l’intérieur, Litz Quitel, pour savoir quelles dispositions ont été prises pour reprendre le contrôle de cette infrastructure stratégique. Ces responsables du CSPN n’ont pipé mots.

La veille, lors d'une réunion du Conseil de sécurité, le chancelier Haïtien, Jean Victor Généus a indiqué que globalement tout est sous contrôle en Haïti. Cet extrait de son discours a provoqué une vague d’indignation et de colère contre ce gouvernement qui vit dans une bulle, décalé de la réalité d'un pays qui s’enfonce dans une crise humanitaire sévère.

Roberson Alphonse 

Roberson Alphonse



Réagir à cet article