Augmentation des prix des carburants, le contexte n'est pas propice, estime Joseph Harold Pierre

La subvention du carburant est insoutenable selon Joseph Harold Pierre. Il croit, en revanche, que le contexte économique et social du pays n’est pas propice à une augmentation des prix de l’essence. 

Publié le 2022-09-26 | lenouvelliste.com

Si la cessation des subventions des carburants s’avère nécessaire pour la croissance économique du pays, l’augmentation des prix de l’essence peut encore attendre dans ce contexte de bouillonnement social marqué notamment par une paralysie des activités dans la capitale et dans plusieurs autres départements du pays. « Un État qui se construit, c’est positif qu’il augmente le prix de l’essence. L’État haïtien finance à tout instant un déficit budgétaire, recourant à la Banque centrale qui doit lui imprimer de l’argent, ce qui a pour conséquence l’inflation et la dépréciation de la gourde », a avancé l’économiste Joseph Harold Pierre à la matinale du week-end de Magik 9 le 25 septembre 2022. Cependant, « dans toute analyse il faut considérer le moindre mal. C’est un mal de continuer à subventionner le carburant, mais  dans ce contexte de tension sociale c’est un moindre mal de suspendre son financement », a-t-il relativisé. D’autant plus que la paralysie est sujette à impacter considérablement le PIB du pays en aiguisant la croissance négative prévue à hauteur de -0,4 % pour par le Ministère de l’Economie et des Finances.   

Le politologue a aussi analysé l’impact que pourrait avoir l’augmentation des prix de l’essence sur la population. « L’augmentation des prix des carburants va générer l’inflation », a prévu l’économiste Joseph Harold Pierre. « Le prix du transport va être plus que doublé. Il va éponger une bonne partie du revenu des plus vulnérables, ce qui, en conséquence, aura un impact considérable sur leur vie », a-t-il ajouté. 

Le Programme gouvernemental d’apaisement social, « une farce »

Joseph Harold Pierre reste dubitatif quant à l’annonce du gouvernement qui prévoit de rediriger l’argent de la subvention dans l’implémentation de programmes d’apaisement social. « L’argent ira dans la poche des dirigeants » a réagit le politologue. Il a fait savoir que le programme n’est ni clair, ni fiable. « Les mesures d’apaisement social n’est qu’une idée vague qui n’est pas clairement définie », a critiqué le professeur. « L’augmentation des carburants devait succéder à l'annonce du programme techniquement détaillé avec des précisions sur les bénéficiaires,  sur les méthodes, les canaux qui seront utilisés. Ainsi il serait soumis à de vrais débats publics jugeant de sa pertinence », a ajouté le professeur Pierre. 

Joseph Harold Pierre craint une guerre civile dans le pays. « Si la situation continue à être exacerbée, le pays peut plonger dans une guerre civile. Le peuple haïtien est pacifique mais il est composé d'humains. Et quand un humain se trouve dans des conditions où sa survie est menacée, il peut céder à n’importe quelle dérive », a conclu le politologue.



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