A nos élites défaillantes

Publié le 2022-09-01 | lenouvelliste.com

Les Américains sont venus en 1915, et sans donner un dollar en cadeau à Haïti pendant toute la période de l’occupation, jusqu’en 1934, ils ont construit des routes, des hôpitaux, une armée, une administration et des institutions.

Tout ce que les bourgeoisies noire et mulâtre, les civils et les militaires haïtiens n’avaient pas pu ériger, ils l’ont fait avec les recettes internes des douanes haïtiennes.

Ils ont réussi le passage à la gestion d’un État en évinçant simplement les mauvais gestionnaires locaux et en les remplaçant par des Américains.

Celui qui explique cet exploit Yankee s’appelle Roger Gaillard. Personne ne peut l’étiqueter d’être pro américain. Il est l’historien qui a fait découvrir l’occupation américaine aux Haïtiens dans les années 70-80 à travers ses ouvrages. Le premier et l’un des rares, il a consulté les sources écrites disponibles et avait pu interroger les derniers survivants de la période de l’occupation pour construire une œuvre indépassable.

Pour écouter le témoignage bouleversant de Roger Gaillard, il suffit d’aller sur YouTube et de taper son nom. Dans l’extrait de l’émission Format 60 où il est interviewé, on peut voir Roger Gaillard, historien de la période de l’occupation américaine (1915-1934), dire sa tristesse d’être Haïtien.

Nous sommes en 1982. Sur la Télévision Nationale d’Haïti de la grande époque dans la prestigieuse émission Format 60 animée par Jean Robert Antoine. Le Jeanclaudisme triomphe à l’époque. La machine de la dictature des Duvalier est en place et sur la télévision d’Etat, Gaillard fait un témoignage qui fustige le passé et le présent. En ce temps où l’on parlait par signe, il souligne l’incapacité de nos élites à faire face à leurs responsabilités en 1915 et suggère que rien n’a vraiment changé.

Quarante ans plus tard, le verdict de Gaillard est encore valable. Nos élites. Toutes nos élites peinent à faire ce qu’elles ont à faire. Nos gouvernants ont besoin de béquilles pour accomplir la moindre tâche. Le pays attend un sauveur comme en 1915.

Dans cette émission de 1982, l’homme de presse, le professeur d’université qui sera plus tard recteur de l’Université d’Etat d’Haïti, savait qu’il prenait des risques. Cependant, il estimait de son devoir de rappeler, de comparer, d’alerter.

40 ans plus tard, il faut dire et redire qu’on ne fait pas ça à un pays. On ne fait pas ça à une population. Nos élites nous gaspillent. Elles ignorent leur vocation. Mettent en danger la nation en 2022 comme hier.



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