Des figures imposantes du secteur privé s’impliquent

Publié le 2022-08-26 | lenouvelliste.com

René-Max Auguste, Edouard Baussan, Pierre-Marie Boisson, Gérald Bouguignon, Stephan Coles, Eddy Deed, Yonel Elizée, Raina Forbin, Peter Frisch, Geoffrey Handal, Jean-Marc Lebrun, Harold Marzouka Jr, Laurent Saint Cyr, Jaïr Saint Louis, Mathieu Villedrouin, Jacques Villejoint, Ralph Edmond, Raymond Jaar, Georges Cassis et Marc Emile Echema ont signé une note conjointe, datée du 23 août mais rendue publique ce 26 août.

De mémoire d’Haïtien, il n’existe aucun précédent dans l’histoire récente de prise de position similaire dans la forme et dans le fond.

Les signataires sont liés, à un titre ou à un autre, aux plus grandes entreprises du pays, aux entreprises qui paient le plus de taxes et aux associations patronales les plus importantes. Ils proviennent d’une diversité de secteurs et sont de toutes les classes d’âge. Ce qui frappe le plus, c'est qu’ils n’ont pas le paravent d’institution. Ils signent de leur nom. Ils s'engagent personnellement sous un vocable utilisé pour la première fois : Regroupement patronal haïtien.

«Yo parèt tout kò» yo et ce n’est pas la règle dans le secteur privé haïtien.

« Il serait important que tous les citoyens qui se retrouvent dans ce cri d’alarme adhérent à cette démarche en dénonçant l’immobilisme inacceptable dans lequel se complaisent aujourd’hui les acteurs politiques, lequel immobilisme contribue à l’aggravation de l’insécurité », écrivent-ils en fin de texte comme un appel à un grand ralliement.

Le texte de leur message est repris en intégralité dans l’édition du jour du Nouvelliste. Il mérite lecture. Pas seulement pour le poids des signataires, pas parce que le pays s’enfonce et qu’il est bon de s’agripper à toutes les branches pour retarder la chute finale, mais parce que leur texte trace un chemin.

En préambule, les auteurs rappellent « aux protagonistes économiques et politiques de notre pays leurs impérieuses obligations de privilégier l’intérêt national et de mettre fin à leurs tergiversations ».

Leur premier appel s’adresse aux « femmes et hommes d’affaires de notre pays » pour un « respect scrupuleux de leurs responsabilités fiscales et légales, de l’observance de saines pratiques commerciales, de transparence et de concurrence loyale et à l’abandon de comportements malsains, préjudiciables à la collectivité ». 

En second lieu, ils pointent nos gouvernants. « Il est vital et urgent que les autorités fiscales s’acquittent, de façon célère et efficace, de leur responsabilité de collecte des droits de douane et impôts et du devoir de faire respecter les lois et règlements établis. La mobilisation significative de ressources financières, qui devrait normalement en découler, se fera en bonne part au profit de la Police nationale d’Haïti (PNH). Ainsi elle sera en situation morale et matérielle de remplir plus efficacement son rôle de maintien de l’ordre et d’éradiquer la gangstérisation croissante du pays, qui affecte la libre circulation des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire, et, au premier chef, les couches les plus défavorisées de la population tout en étant un des facteurs d’appauvrissement de notre classe moyenne ». 

En retour, les signataires affirment, il « demeure toutefois entendu que l’action attendue de l’Etat exige une gestion saine des deniers publics ». 

Les vingt lancent un troisième appel patriotique et pressant « aux protagonistes politiques, afin de se transcender en consentant chacun et chacune les sacrifices qui s’imposent pour se mettre d’accord sur une solution équitable et transparente à l’impasse politique actuelle ». 

Tout en rappelant « qu’aucune des parties en conflit n’a la légalité ni la légitimité requise pour faire prévaloir sa thèse », les hommes et femmes d’affaires soulignent dans leur note que  « le pays ne peut plus être pris en otage par des intérêts politiques partisans. Il incombe donc à la classe politique de trouver un consensus autour de deux thèmes fondamentaux : 1) la lutte contre la terreur que sèment les bandes armées et le rétablissement de la sécurité des vies et des biens dans le pays. 2) le retour à l’ordre constitutionnel suite à la mise en place de structures garantissant un processus électoral crédible et acceptable pour tous les partis, dont la condition sine qua non est un terrain nivelé afin que tous les candidats aux postes électifs à tous les niveaux aient les mêmes chances ». 

« Dans cette optique, les soussignés estiment nécessaire qu’une réflexion sincère et objective sur les règles du jeu politique soit incluse au menu de cette transition, incluant l’opportunité de revoir en profondeur certaines dispositions de notre loi-mère. ». 

En résumé, pour une fois, un projet de grands cadors du secteur privé contient les préambules d’une vision globale et à long terme : intérêt du pays d’abord, paiement des taxes, égalité devant l’impôt et la loi pour tous, bonne gouvernance, support sans réserve aux forces de l’ordre, appel et rappel non partisan aux acteurs politiques, demande non équivoque d’un assainissement du terrain politique avant d’aller aux prochaines élections, révision de la constitution, engagement prolongé aux côtés des responsables publics après les élections. 

Avec cette note du 26 août, des membres représentatifs du secteur privé revendiquent une place, veulent se faire entendre. Qui du gouvernement, des acteurs politiques, de la communauté internationale va les écouter ou les éviter ?



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