Plaidoirie pour des banques d’investissement et de développement en Haïti

L’économiste et politologue Joseph Harold Pierre a analysé le rôle potentiel du secteur bancaire dans la croissance économique du pays. Il existe 8 banques qui sont toutes des banques commerciales qui dominent le marché financier. L'économiste Pierre dit déplorer l'absence d'une économie de marché en Haïti et plaide en effet pour le divertissement du marché haïtien par la création des banques d'investissement et de développement.

Publié le 2022-08-18 | lenouvelliste.com

Devant un public composé de professionnels et d'étudiants au Centre Carl E. Peters du diocèse de Jérémie, l'économiste et professeur de l'université a présenté une typologie des banques en faisant le distingo  entre les banques commerciales, les banques d’investissement et les banques de développement. 

Selon les chiffres avancés par l'économiste Joseph Harold Pierre, le système bancaire dispose de très peu de capacités pour octroyer des prêts. Surtout, ce dernier possède des actifs autour de 550 milliards de gourdes en mars 2022, équivalant à 5.3 milliards de dollars au taux de 104 gourdes pour un dollar (taux de référence de la BRH en mars 2022) dominés par trois banques (Unibank à 35%, Sogebank à 26% et BNC à 20%). Toutes les autres banques ont des taux de participation de moins de 10%, a ajouté l'économiste Joseph Harold Pierre.

"Les prêts bruts sont de 145 milliards de gourdes (soit 1.4 milliards de dollars en mars) contre 446 milliards de gourdes de dépôts. Les taux des réserves obligatoires des banques commerciales pour les prêts en gourdes et en dollars sont respectivement de 40% et 53%", a noté, plus loin, l'économiste Pierre, signalant au passage qu'une banque commerciale ne peut prêter que 60% des dépôts reçus en gourdes. 

"La BRH a dû prendre ces mesures en vue de la stabilisation des taux d'intérêt et de la dépréciation de la gourde et surtout pour se prémunir contre toute potentielle faillite bancaire, vu la gravité de la situation du pays en général et de l'économie en particulier", a-t-il expliqué. 

Joseph Harold Pierre dit regretter que dans le système financier, tout se fait à travers des liens amicaux ou familiaux.  "Selon une étude de la Banque mondiale de 2020, 87% des entreprises se situant à Port-au-Prince n’ont pas d’accès au crédit ou n’obtiennent pas le montant nécessaire", a-t-il rapporté. D'après lui, ces données montrent très clairement la nécessité de diversifier et d’approfondir le marché financier haitien par la création d’une banque de développement pour supporter des secteurs porteurs de croissance et le soutien à tout embryon de banque d’investissement.

L'économiste Pierre a rappelé que le financement à travers des banques d’investissement se fait  généralement à long terme et à un taux d'intérêt plus bas. En ce qui concerne les banques de développement, M. Pierre a avancé que celles-ci sont établies par les gouvernements avec un mandat spécifique pour développer et promouvoir les secteurs clés et stratégiques pour le développement socio-économique d’un pays. 

"L’avantage des banques de développement est que son objectif principal n’est pas le profit mais la croissance et la stabilité économique", a indiqué l'économiste soulignant que les banques de développement octroient des prêts à des taux très faibles et sur le long terme. Leur réussite, a-t-il précisé, exige une culture institutionnelle solide, car elles sont fort souvent déficientes et n’atteignent pas les résultats escomptés. 

"Il existe une société de promotion des investissements relativement nouvelle qui pourrait être considérée comme une banque d’investissement et trois sociétés financières de développement. Il existe 57 caisses populaires, lesquelles répondent davantage à une logique de caisse populaire que d’autres institutions financières", a nuancé par ailleurs l'économiste Joseph Harold Pierre.

D'après l'économiste Pierre, les banques d’investissement aident les entreprises à lever des capitaux sur les marchés financiers. Si une entreprise veut s'introduire en bourse ou vendre des dettes à des investisseurs, elle fait souvent appel à une banque d'investissement, a-t-il retenu. Ce type de banque peut également conseiller les entreprises en matière de fusions et d'acquisitions, a mentionné l'économiste Pierre. 

L'économiste Joseph Harold Pierre n'a pas manqué l'occasion de présenter la menace qui plane sur Haïti afin qui figure sur la liste noire du Groupe d’action financière (GAFI), classement qui se traduirait par l'élimination de toute transaction financière avec le pays. 



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