Abandonner sa maison sans espoir de retour

Dans des quartiers dans la plaine du Cul-de-sac, à Croix-des-Bouquets et à Tabarre, des gens abandonnent leurs maisons de façon volontaire, d'autres sont contraints de vider les lieux à cause des gangs qui imposent leur volonté. 

Publié le 2022-08-10 | lenouvelliste.com

Des ultimatums de courte durée sont adressés par des hommes armés aux résidents des quartiers de Croix-des-Bouquets pour annoncer aux résidents qu'ils doivent quitter leur domicile. Les caïds prennent ensuite possession des maisons les plus confortables pour y loger. Dans plusieurs localités de Croix-des-Bouquets, notamment à Noailles, Nan Rémy, Nan Papaye, Bò Rivière, des résidents quittent leurs maisons en regardant même pas en arrière. 

Sony explique au journal comment sa sœur s'est fait agresser pour abandonner sa maison. « Elle a travaillé dur avec son mari pour construire une belle maison à Noailles. Tout ça pour rien. Les bandits les ont délogés. Il y a eu des petites attaques personnelles avant que ma sœur et sa famille décident de quitter la maison », raconte Sony. Un pas en avant, deux pas en arrière pour cette famille puisque sa sœur retourne à la maison de son père à Maïs Gâté. « Récemment, ma sœur a reçu un coup de fil pour lui demander si elle veut affermer la maison. On a tout de suite répondu par la négative », ajoute Sony. 

La fureur des gangs armés chasse les propriétaires. Ils n'ont pas le droit de retourner dans leur logis dans certaines localités en plaine.

Charles, fonctionnaire depuis 17 ans, a consenti un prêt à la Banque nationale de crédit (BNC) pour construire sa maison à Croix-des-Bouquets. L'insécurité qui prévaut dans cette commune infestée de gangs, pousse ce père de famille à emménager à Delmas dans une petite pièce qu'il partage avec ses deux enfants. L'inconfort et la peur de perdre sa maison stressent chaque jour l'homme proche de la cinquantaine. « Je n'avais pas de cheveux blancs avant », soupire-t-il. 

"Je quitte ma maison de plusieurs chambres à coucher, avec une belle cour, des cocotiers, des cerisiers et une installation énergétique pour venir vivre dans l'inconfort à Delmas. Et pis, cette petite pièce me coûte les yeux de la tête ». 

Ce fonctionnaire de carrière dit passer par occasion à son ancienne demeure. Il n'y a pas encore des groupes armés qui élisent domicile dans mon quartier, mais cela ne prendra pas trop de temps parce que les caïds ne sont pas loin », explique-t-il. 

*Cia, jeune mariée dans la trentaine, mère d'une fillette de 3 ans, vivait décemment dans un appartement à Torcel avec sa mère et sa fille. Ayant vécu le cauchemar en sortant de travail un jour, elle a dû quitter la zone en dépit du fait qu'elle a renouvelé le bail au mois de juin. « Il y a eu des cas de viols, de vols à Torcel. J'ai peur pour ma sécurité, je n'avais pas d'autre choix que de laisser l'appartement qui était très confortable; je l'avais payé 150 000 gourdes », se souvient Cia, préférant perdre le confort et l'argent en échange de sa survie. 

À Torcel, localité de Tabarre, la situation est critique. Des gens quittent leurs maisons en laissant pratiquement tout. Ceux qui y restent semblent n'avoir d'autre choix. Un jeune homme, fréquentant une université de la capitale, frappe à la porte de sa tante pour qu'elle l'héberge. En vain. Il voulait à tout prix quitter la zone parce que le groupe armé fait la chasse aux sorcières aux jeunes qui refusent de renforcer leur rang.

La violence des gangs est récurrente en plaine. Les affrontements entre les gangs de 400 Mawozo et Chen Mechan ont déjà occasionné plusieurs centaines de morts et des milliers de déplacés. À Croix-des-Bouquets, le palais de justice a été transféré dans une bibliothèque municipale à Tabarre afin de reprendre les activités judiciaires. La Police nationale d'Haïti multiplie les interventions dans des quartiers à Croix-des-Bouquets, les déplacés, quant à eux, partagent un seul sentiment: le désespoir et le désespoir.



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