Affaire Monferrier Dorval : « C’est comme si tout a été mis en place pour empêcher l’avancement du dossier », se plaint Me Rose-Berthe Augustin

Ce 28 août marquera le deuxième anniversaire de l’assassinat de Monferrier Dorval, bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, qui a été abattu chez lui, à Pèlerin 5. Deux ans après, l’enquête piétine. Pour l’instant, aucun juge d’instruction n’a été désigné pour mener l’enquête sur ce dossier.  

Publié le 2022-08-09 | lenouvelliste.com

Me Rose-Berthe Augustin, conseillère au barreau de Port-au-Prince, vit très mal cette situation. « Nous suivons le dossier de très près. Nous avons mis la pression pour la nomination d’un autre juge d’instruction sur le dossier, mais jusqu’à présent nous n'avons obtenu aucun résultat. Aucun juge d’instruction n’a été nommé depuis la nomination du dernier juge d’instruction Rénord Régis. Actuellement il n’y a pas de juge d’instruction sur le dossier. C’est extrêmement peinant. Je me rappelle à quel point l’assassinat de Me Dorval avait créé un choc. Toutes les institutions se sont mobilisées pour réclamer justice en sa faveur et le doyen du tribunal avait promis de le faire. Donc, il y a un véritable blocage dans ce dossier. Ils n’ont consenti aucun effort pour que la lumière soit faite sur ce crime », s’est-elle plainte durant sa participation à l’émission ‘’Haïti sa k ap kwit’’, diffusée sur Télé 20 le mardi 9 août

La façon dont le dossier de Me Dorval traine est symptomatique d’un grand mal. « Ceci montre à quel point l’impunité est systématique dans le pays. Le pire c’est que nous ne sentons aucune volonté. C’est le plus révoltant. Le greffe du tribunal a été cambriolé. Ils ont volé des corps du délit dans le dossier de Me Dorval à deux reprises. La deuxième fois les personnes concernées n’étaient même pas en mesure de dire ce que les voleurs avaient emporté puisque l’inventaire des pièces était à l’intérieur du coffre qu’on avait enlevé. C’est comme si tout a été concocté (mise en place) pour que le dossier n’avance pas. Aussi pour que s’il y avait procès, ce soit un simulacre », a ajouté Me Rose-Berthe Augustin.

Insécurité : les avocats en difficulté

Le palais de justice de Port-au-Prince est logé au Bicentenaire, une zone prise en otage par des bandits. Les avocats se retrouvent en difficulté pour exercer leur profession. « Les avocats sont en grande difficulté financièrement. Ils vivent des moments difficiles. Par exemple, il y a des avocats qui sont obligés d’abandonner l’espace où sont logés leurs cabinets pour aller chercher un espace beaucoup plus petit afin de s’assurer de pouvoir payer le loyer. Il y en a qui ferment tout simplement leurs cabinets ou les installent chez eux. Il y a beaucoup de jeunes avocats qui quittent le pays non seulement à cause de l’insécurité, mais aussi parce que le tribunal ne leur permet pas de vivre : les dossiers sont bloqués. Les juges ne rendent pas de décisions. C’est extrêmement difficile pour les avocats, surtout les jeunes avocats », a souligné madame Augustin.

« Il y en a qui se sont convertis en professeurs ou commerçants. Or que la loi l’interdit. On ne peut être avocat et commerçant à la fois.  Par conséquent, il y en a beaucoup qui se retrouvent en situation d’incompatibilité parce que pour survivre, ils sont obligés d’ouvrir une entreprise », a-t-elle expliqué.



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