L’OEA a parlé, Ponce Pilate, wake up call ou extrême onction ?

Publié le 2022-08-08 | lenouvelliste.com

Si elle n’émanait pas de l’une des institutions au cœur de tous les mauvais coups de ces dernières années en Haïti, la note publiée sur le site de l’Organisation des États Américains (OEA) ce 8 août 2022 aurait valeur de jugement définitif en attendant une action radicale.

Mais voilà, elle est de l’OEA.

L’OEA du Secrétaire général Luis Almagro, celui qui, en poste depuis mai 2015, était venu vendre son âme au président Jovenel Moïse pour obtenir le vote d’Haïti, lors de sa dernière élection en 2020.

Elle est de l’OEA que Ricardo Seitenfus a dû quitter en janvier 2011 quand l’organisation régionale faisait de l'ingérence dans la cuisine électorale haïtienne pour concocter un résultat sur mesure sans jamais s’excuser d’avoir privilégié la pire des options.

La note est de l’OEA qui siège au Core Group et qui a donné un mandat à vie et sans objectif précis au premier ministre Ariel Henry après avoir accepté du président Moïse le viol de la constitution, le formatage de toutes les formules de cartes d’identification, la vassalisation du Conseil électoral provisoire et l’affaiblissement, au profit des plus forts de l’heure, de toutes nos institutions.

Oui c’est ce même OEA, qui dans une note libre, signée de personne, fait la leçon à la communauté internationale, l’accable, l’accuse, la dénonce, la condamne et lui demande après avoir échoué de reprendre en main le dossier d’Haïti.

Au passage, l’OEA qui a toujours fait comme si Haïti avait les moyens de trouver des moyens indigènes pour se reconstruire, reconnaît ce 8 août oh que non. Il n’y a pas à l’interne les ressources humaines, matérielles, idéologiques pour sortir le pays du trou sans aide.

Et on revient à la communauté internationale pour lui dire que c’est à elle de fournir les ressources pour la relance, la sécurité, les élections, le dialogue.

Nombreux sont ceux qui rient - jaune - au constat que le cœur du système vient d’admettre que le système s’est trompé tout en demandant au système de réparer ses torts.

L’OEA demande à la communauté internationale, vrai couteau de pharmacie (ki koupe bonbon e ki koupe pwazon, comme on dit en créole) de gratter son manche. 

L’exploit est impossible.

Mais quelles sont les options encore disponibles pendant qu’Haïti s’enfonce vers ce que le Washington Post nomme dans son plus récent éditorial sur Haïti le pandémonium (Le Pandémonium est la capitale imaginaire du royaume des Enfers ou un lieu où règne une agitation infernale, la corruption, selon Le Larousse).

Le journal de la capitale américaine n’est pas le seul organe qui désespère devant le silence de la communauté internationale. Avant le WP, le Pape François, lors de son récent passage au Canada, interrogé par un Jésuite comme lui, avait répondu qu’il craint qu’Haïti ne s’enfonce dans un gouffre de désespoir.

Le Pape perd son latin sur Haïti et, qui sait, sa foi.

Tout cela fait religieux, mais il suffit d’écouter les dernières chansons rap à la mode pour découvrir la plume acérée et précise des jeunes qui maudissent Dieu et chérissent la violence.

Se la nou ye. 

Sans aucune réponse institutionnelle. A notre 4ème année de croissance négative. Avec une inflation à 29%. Des produits pétroliers rares et chers. Le dollar à 150 gourdes. Aucune perspective de sortie de crise en vue pour nos politiques.

Se la nou ye.

L’OEA, le Secrétaire général Almagro le premier, est au cœur de nos errances, la communauté internationale a alimenté nos errements depuis 2010. Chacun motivé par ses raisons ou ses intérêts. Il n’en demeure pas moins qu’il faut arrêter la désintégration de l’Etat haïtien et la chalbari que l’insécurité alimente.

Reste la question avec qui reconstruire ? Avec quels moyens ? Quels pays amis ? 

Il faudra remettre la machine en marche avec ceux qui regardent le pays s’étourdir dans la corruption depuis le séisme et en jouissent. Avec ceux qui sont sur l'échiquier et qui font de la politique avec un pragmatisme froid. Avec ceux qui ont des appuis politiques, des machines politiques et leurs entrées dans les grands salons qui ont décidé des politiques qui donnent le résultat dénoncé aujourd'hui. 

Vertigineux défis.

Il faudra aussi reconstruire en entraînant ceux tapis dans leur torpeur qui refusent de prendre des risques et rêvent de gagner le pouvoir sans même jouer à la loterie.

Rendre possible l’impossible dialogue.

L’OEA, dans un continent qui vire à gauche, après avoir soutenu en Haïti un modèle de gouvernance qui est pire que celui de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua, peut-elle être la porte de sortie après avoir été la porte d’entrée ?

A nous de voir.

Le pire serait que rien ne se passe et que la chute continue demeure la seule option, le seul projet de ceux qui envisagent de recueillir les dépouilles d’un pays pour s’inventer subitement capables de ressusciter Lazare.

L’OEA joue-t-elle à Ponce Pilate ? Nous lance-t-elle un wake up call ? Ou administre-t-elle l’extrême onction à notre bêtise ? 

A nous de choisir.

Si l’insécurité et ses corollaires nous en laissent le loisir.



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