Insécurité

Le Palais de justice envahi et contrôlé par le gang de Village-de-Dieu

À la suite de l’attaque menée vendredi dernier par le gang de Village-de-Dieu sur le Palais de justice de Port-au-Prince, ce groupe armé, qui contrôlait déjà tout le Bicentenaire, occupe maintenant les locaux du Palais de justice de la plus grande juridiction du pays. Si lors de l’attaque l’intervention de la police a permis d’évacuer les greffiers, les avocats, les juges et le personnel qui étaient sur place, les forces de l’ordre ont perdu le contrôle du tribunal de première instance de la capitale.

Publié le 2022-06-14 | lenouvelliste.com

À la place des juges et des avocats, ce sont les bandits de Village-de-Dieu qui font la loi au Palais de justice. Ils contrôlent tout.  Pièces à conviction, corps du délit, décisions de justice, ordonnances, requêtes… Le cœur et les archives de la justice haïtienne sont contrôlés par ce groupe armé. Embarrassées par cette situation, des sources gouvernementales ont confirmé mardi au journal qu’effectivement le Palais de justice est contrôlé par des bandits.  Elles n’étaient pas en mesure de dire quand la police allait en reprendre le contrôle.

Dans un communiqué publié mardi, l'Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH), s'est dit être inquiète, mais pas surprise du fait que le tribunal de première instance de Port-au-Prince ait été prise d'assaut par des bandits.

« L'ANAMAH fait un plaidoyer depuis tantôt quatre ans pour la délocalisation dudit tribunal, cependant les autorités, tant du ministère de la Justice que du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire, ont fait la sourde oreille à l'écho de la doyenne des associations des magistrats haïtiens », a critiqué cette association de juges.

L'association dit prendre acte que plusieurs ministères ont des annexes dans plus de quatre adresses différentes dans la zone métropolitaine alors que le ministère de la Justice ne parvient pas à trouver, depuis quatre ans, un espace pour loger le TPI de la plus grande juridiction de la République.

« En 2019, la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) avait diligenté une enquête autour du cambriolage répété du tribunal ; malgré la conclusion de l'enquête, le rapport y relatif n'a point été publié et, jusqu'à date, est resté jalousement gardé dans les tiroirs de la Police judiciaire », a dénoncé l’ANAMAH, qui se demande, perplexe pourquoi les autorités judiciaires obligent la DCPJ à garder secrètement ledit rapport. « Seraient-elles auteurs et/ou complices de ces cambriolages en cascade ? », a demandé l’ANAMAH dans le communiqué.

Elle rappelle que l'absence de sanctions dans tout pays favorise la corruption et renforce la criminalité. Elle exhorte les autorités à prendre toutes les mesures nécessaires pour rendre fonctionnelle la juridiction de Port -au-Prince tout en exigeant du décanat et du parquet un rapport détaillé des différents dossiers, pièces à convictions et corps du délit emportés par les bandits.

Pour sa part, la Fondation Je klere (FJKL) indique que « le vendredi 10 juin 2022, des bandits lourdement armés ont violemment délogé les autorités de justice au Palais de justice de Port-au-Prince et ont pris possession des lieux ; cela, après la prise de possession depuis quelques semaines du bâtiment du Centre de Techniques de Planification et d’Economie Appliquée (C.T.P.E.A), situé dans le voisinage immédiat du Palais de justice. »

« Les magistrats, avocats, employés du parquet de Port-au-Prince, prévenus, les justiciables qui se trouvaient sur les lieux n’ont pu s’en sortir que dans un sauve-qui-peut général en escaladant les murs et grâce à l’intervention urgente des policiers du commissariat municipal de la police de Port-au-Prince (CMPAP). Les bandits, depuis, occupent tout l’espace du Palais de justice où logent les bureaux du doyen du Tribunal civil de Port-au-Prince (président du tribunal), ceux de vingt-huit juges d’instruction, du commissaire du gouvernement en chef (responsable de l’application de la politique pénale du gouvernement), de dix-huit substituts du commissaire du gouvernement, des greffes, des archives du tribunal et du parquet de Port-au-Prince, la bibliothèque du tribunal et certains bureaux de la cour d’appel de Port-au-Prince », a détaillé la FJKL dans un communiqué.

Selon un bilan provisoire publié par la FJKL sur l’attaque du gang de Village-de-Dieu,  il y a eu un blessé par balle ; sept véhicules emportés par les bandits, dont deux appartenant au parquet de Port-au-Prince ; deux à la PNH et les autres appartenant à des magistrats. «  Les ordinateurs, bureaux, chaises, climatiseurs, installés aux bureaux des juges et parquetiers ont tous été emportés par les malfrats. Le lundi 13 juin 2022, on pouvait remarquer les meubles qui ornaient le Palais de justice de Port-au- Prince exposés à la vente à la rue du Champ de Mars au su et au vu de tous », a rapporté la FJKL.

Ni le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Jacques Lafontant, ni le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince n’ont pipé mot sur la situation au Palais de justice. Le Nouvelliste n’a pas pu non plus entrer en contact avec eux malgré de nombreuses tentatives.



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