Dany Laferrière fait la guerre au siège des Nations unies 

Dimanche, à l'occasion du cocktail donné en son honneur au siège de la délégation du Québec à New York, Dany Laferrière avait dévoilé ses intentions : apporter avec ses dessins la guerre aux grands de ce monde qui traversent sans s'arrêter dans les couloirs du quartier général des Nations Unies à New York. « Je vais avec mes dessins les forcer à se rappeler leur enfance », avait promis l'académicien. C'est chose faite.

Publié le 2022-06-07 | lenouvelliste.com

Après Montréal, Francfort, Tunis et Dubai, c’est au siège des Nations unies à New York que se pose l’exposition « Un cœur nomade », une plongée dans la vie et l’œuvre de l’écrivain Dany Laferrière. Le vernissage s’est tenu le lundi 6 juin 2022 en présence de l’écrivain-illustrateur lui-même, de diplomates et d'employés des Nations unies, dont l’ambassadeur Antonio Rodrigue, représentant permanent d’Haïti auprès de l’ONU, Martine Hébert, déléguée générale du Québec à New York, Ifigenia Kontoleontos, la représentante de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) auprès des Nations unies, et Monique Simard, présidente du Partenariat du Quartier des spectacles à Montréal. 

Il faisait bon déambuler dans ce livre ouvert qui raconte la vie de Dany Laferrière et faire connaissance avec l’enfant qui brille à travers celui qui occupe le fauteuil 2 sous la coupole de l’Académie française depuis 2013. En cet après-midi du 6 juin 2022, ce n’est pas un cahier de doléances que l’on apporte à l’ONU, c’est une offrande. Une belle offrande présentée d’un cœur joyeux avec le même élan de générosité et d’authenticité dont seuls les enfants ont le secret. « Je crois en fait que c’est le dossier le plus joyeux qu’on ait jamais présenté à l’ONU » avance l’écrivain. La veille, lors d’un apéritif offert par la délégation du Québec à New York, il ne cachait pas son amusement de se retrouver à l’ONU, au cœur du monde, avec ses dessins mal faits « obligeant les gens les plus puissants du monde qui traversent les couloirs à se rappeler qu’ils ont eu une enfance et à leur dire qu’il faut garder cette enfance.» 

En effet, l’enfance, elle ne sommeille pas chez Dany. Elle n’a pas pris sa retraite. Au contraire, elle fait corps et grandit avec l’académicien. Elle lui propose couleurs et matière pour ces trois livres graphiques dont s’inspire l’exposition, à savoir soit L’exil vaut le voyage, Vers d’autres rives et Autoportrait de Paris avec Chat. Ce moment de l’enfance, il l’a retrouvé, comme il l’indique dans ses propos de circonstance, en 2013 après son entrée à l’Académie française, quand il est devenu le centre d’un certain univers francophone. Il n’était pas de ceux qui étaient nés appuyés à une bibliothèque avec des visites faciles au Louvre ou au Musée d’Orsay. Il était d’Haïti, l’enfant de Petit-Goâve, le petit-fils de Da. Il fallait se rappeler cet enfant qui a cru en la promesse de la littérature. 

Ainsi, avec « Un cœur nomade » le lecteur, debout, en mouvement, a la chance de faire un voyage avec Dany Laferrière. De partir d’Haïti qui conserve l’odeur du café de Da et les souvenirs d’une enfance heureuse pour arriver à Montréal où il est devenu écrivain, de faire une escale à Miami avant de repartir pour Paris, où l’Académie française l’a rendu immortel.

Ce soir-là, comme l’indique l’ambassadeur Antonio Rodrigue dans son discours, c’est une occasion privilégié de découvrir la vie de l’écrivain, de l’académicien, de l’immortel Dany Laferrière, qui depuis 1985, année au cours de laquelle il a publié son premier roman « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », a su captiver des centaines de millions de lecteurs avec ses récits ingénieux. « Entre 1985 et 2022, Dany a publié 36 livres et une vingtaine d’ouvrages collectifs, c’est un personnage incontournable de la scène culturelle canadienne et haïtienne, un pilier de l’univers romanesque haïtien. « Il n’y a pas Dany Laferrière sans Da. Il n’y a pas de Dany sans Haïti. Mais on aurait tort d’enfermer cette sommité dans une boîte. Comme le dit Jorge Luis Borges, un des écrivains préférés de Dany Laferrière, “Ce qui est bon n'appartient à personne.” Dany Laferrière, son talent et ses accomplissements partent d’Haïti pour s’inscrire dans une conscience universelle comme le fut la révolution haïtienne qui a débouché sur l'indépendance, nationale qui a revendiqué la liberté et l’égalité pour tous les hommes sans distinction aucune. En hommage à son pays natal, il a introduit en 2016 dans le dictionnaire français le mot Vertières qui rappelle le combat qui a conduit à la consécration d’Haïti comme première république noire au monde », a fait savoir le représentant permanent d’Haïti auprès de l’Organisation des Nations unies

Composée de cinq tableaux distincts illustrés par l’auteur lui-même, Un cœur nomade a vu le jour en 2020 dans le Quartier des spectacles de Montréal, à l’occasion des 35 ans de carrière de Dany Laferrière. Installée à l’entrée des délégués au siège de l’ONU, elle y restera encore jusqu’au 17 juin prochain. Les diplomates et les employés des Nations Unies ont donc quelques jours pour faire ce voyage avec Dany Laferrière et apprécier cette exposition qui a déjà rencontré du succès dans les différentes villes où elle a voyagé.



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