L’Occident et Haïti : le choix du pourrissement

Publié le 2022-04-05 | lenouvelliste.com

L’Occident s’insurge contre telle « atteinte à la démocratie ». Il fait bloc, se veut vertueux, humaniste. On fait semblant de le croire. On ne peut que faire semblant. Il y a une dizaine d’années qu’il s’oppose ici à la volonté démocratique d’un peuple. Dix ans qu’il élit des présidents, nomme des Premiers ministres, nie le concept de société civile qu’il défend ailleurs, valide des élections truquées, s’acoquine avec des pouvoirs acoquinés à des malfrats, les défend, les protège, les finance, les excuse quand ils détruisent les institutions, violent les droits humains, ne respectent pas les échéances constitutionnelles.

Tous n’ont pas la grossièreté de madame La Lime; celle-ci mériterait à elle seule une étude sur l’autoritarisme droitier et raciste au sein des institutions internationales, mais en bloc, l’Occident « démocratique » a choisi ici une logique du pourrissement contre le véritable élan démocratique du peuple haïtien. Que réclament les Haïtiens ? Les conditions pour la tenue de véritables élections. Ce qui passe forcément par une transition non orchestrée par le PHTK. La sanction contre les crimes de sang et les crimes financiers perpétrés sous le règne du PHTK. Que leur propose l’Occident ? Faire avec les assassins et les dilapidateurs. Patauger dans une continuité criminelle qui ne leur garantit rien mais qui garantit un faux-semblant et une influence aux effets morbides à ce même Occident.

Ne pas reconnaître les droits d’un peuple pour écrire dans ses rapports que la démocratie fonctionne, voilà ce que nous offre l’Occident ici.

Les manifestations de mardi sont éloquentes dans leurs demandes : halte à la criminalité, respect de la Constitution, mise en place d’un véritable pouvoir de transition. On peut se demander s’il n’y a pas quelque chose de l’ordre de l’affect, un mépris qui s’ignore ou ne dit pas son nom dans ce refus d’entendre affiché par l’Occident.

Madame La Lime, les caricatures servent à cela, ne peut pas être expliquée uniquement par une logique d’intérêt. Il y a certes de cela. Mais le maintien du PHTK, c’est la drogue, la recrudescence des boat-people, l’instabilité chronique… Il y a quelque chose dans ses choix qui ne peut venir que d’une impossibilité intellectuelle ou des profondeurs de l’inconscient. Il y a quelque chose qu’elle ne peut  pas nous supposer. Ses applaudissements à la fédération des gangs ne peuvent être lus comme un simple calcul politique mais comme le signe de ce qui, selon elle, nous convient ou peut nous convenir.

Il faut poser la question en ne la réduisant pas à une simple affaire de calcul politique et économique : pourquoi l’Occident s’enferme-t-il ici et nous enferme dans cette logique du pourrissement qui ne peut pas générer de démocratie véritable ? C’est une réponse que nous devrons trouver seuls, avec nos propres mots, selon nos propres intérêts de peuple et notre sens de notre dignité. Nous avons des questions légitimes à poser à l’Occident pour ce qu’il a fait et fait ici.



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