Crise politique/Dialogue

CEP, Assemblée constituante nouvelle constitution, Joseph Lambert conseille de ne pas se précipiter

Répondant le mardi 25 janvier à une invitation du Sénat, le Premier ministre a annoncé que d’ici au 7 février prochain, le pays aura un Conseil électoral provisoire et une Assemblée constituante. Ariel Henry a annoncé aussi que le pays aura une nouvelle Constitution avant l’été. Le président du tiers du Sénat exhorte le chef du gouvernement à ne pas se précipiter, d’aller chercher d’abord un large consensus pour ne pas reproduire les erreurs du président Jovenel Moïse qui voulait changer la Constitution et organiser des élections de manière unilatérale.  

Publié le 2022-01-26 | lenouvelliste.com

« C’est pratiquement certain que d’ici au 7 février nous aurons une Assemblée constituante et un Conseil électoral provisoire », a déclaré mardi le Premier ministre qui répondait à une invitation du Sénat. « Pour moi, avant l’été on aura une nouvelle Constitution qui nous permettra d’organiser les élections afin d’avoir de nouveaux élus qui prennent en charge l’Etat haïtien. Trois mois après la mise en place de l’Assemblée constituante, il devrait y avoir les élections pour adopter ou rejeter cette nouvelle constitution proposée par l’Assemblée constituante », s’est projeté Ariel Henry.

« Je suis déterminé à ce que le plus rapidement possible nous retournions à un fonctionnement normal de nos institutions », a ajouté le chef de la Primature.

Des déclarations jugées trop hâtives et précipitées par les sénateurs qui écoutaient Ariel Henry parler sans prendre en considération l’existence du tiers du Sénat.

« Monsieur le Premier ministre nous n’irons pas loin avec cette précipitation. Nous avons intérêt à nous rapprocher le plus possible… », a réagi le président du Sénat, Joseph Lambert, en s’adressant directement à Ariel Henry présentant à la salle polyvalente du Sénat.

Intervenant mercredi matin sur radio Magik9, le sénateur a souligné que le Premier ministre a beaucoup insisté sur le fait qu’il compte former un Conseil électoral provisoire et une Assemblée constituante. « Le Premier ministre est en "mode adelante". Ce que nous avons déjà vécu avec le feu président Jovenel Moïse qui voulait à tout prix organiser un référendum et des élections », a rappelé Joseph Lambert.

« Pour être gentil, a-t-il ajouté, Ariel Henry est un Premier ministre de fait, le pouvoir exécutif est bancal, et le pouvoir législatif est bancal… »

Selon Joseph Lambert, la République ne sent pas encore que les conditions de sécurité sont réunies et il n’y a pas encore une entente au sein de la société sur la réalisation des élections dans le pays.

« Il faut essayer d’aller vers les autres pour trouver une entente afin d’avoir suffisamment de légitimité pour aborder des questions aussi cruciales, aussi importantes », a exhorté le sénateur Lambert au Premier ministre, soulignant que l’accord du 11 septembre ne donne pas assez de légitimité à Ariel Henry pour avancer dans ses projets…

Le président du tiers du Sénat déplore que le Premier ministre campe sur ses positions de former un CEP et une Assemblée constituante dans le contexte actuel. « J’ai dit au Premier ministre qu’en politique, la sagesse est une chose fondamentale », a-t-il rapporté sur radio Magik9 à l’émission Panel Magik.

« Haïti vit aujourd’hui une situation spéciale avec un gouvernement qui s’est lui-même installé dans des conditions peu orthodoxes. Les sénateurs lui disent halte-là ! Allez vers ce consensus », a recommandé Lambert, reconnaissant toutefois que ce consensus ne veut pas dire l’unanimité sur un accord politique.

Pour M. Lambert, le Sénat peut jouer un rôle de rassembleur  pour arriver à ce consensus indispensable à Ariel Henry pour engager la nation. « La précipitation dans les élections ne donnera pas de résultats. Nous avons déjà vécu ces périodes de précipitation. Combien de millions de dollars ont été perdus avec le président Jovenel Moïse qui pensait pouvoir organiser un référendum pour changer la Constitution dans les conditions que nous savons », a rappelé le parlementaire.

En prenant le pouvoir, Ariel Henry avait évoqué l’article 149 de la Constitution, s'est souvenu Lambert. « Sa lecture de l’article 149 de la Constitution est erronée. Il a dit au Sénat que cet article lui permet de jouer le rôle de président. Nous lui avons dit non, ce n’est pas ce que dit la Constitution. La Constitution dit que le Conseil des ministres est présidé par le Premier ministre. Le Conseil des ministres est conduit par le Premier ministre », a épilogué Joseph Lambert pour dire à Ariel Henry qu’il n’a pas les prérogatives d’un président.

Interrogé sur la date du 7 février 2022 considéré comme la fin du mandat d’Ariel Henry, Premier ministre, Joseph Lambert déclare : « Le 7 février Ariel Henry perd la légitimité que lui avait conférée le président Jovenel Moïse en le nommant Premier ministre. À partir du 7 février qui marque la fin du mandat de Jovenel Moïse, Ariel Henry ne devait plus être Premier ministre. Cependant Ariel Henry n’a pas de mandat, c’est le président qui a un mandat, il faut le reconnaitre… »

Pour répondre au sous-secrétaire d’Etat Brian A. Nicholls qui déclarait la semaine dernière que le mandat d’Ariel Henry n’est pas lié à la date du 7 février, Joseph Lambert  lui dit qu’il a été mal conseillé « pour la simple et bonne raison que le Premier ministre n’a pas de mandat… »

Pour répondre aussi au chargé d’affaires en Haïti, Kenneth H. Merten qui avait dit que Jean-Max Bellerive était Premier ministre sans un président en poste, le sénateur lui fait la leçon suivante : « Je fais la leçon à monsieur Merten, il y avait un président élu et le Premier ministre prenait des consignes directement du président élu dans la logique d’une passation de pouvoir. Aujourd’hui, la situation est tout autre. Il n’y a pas de président élu … »

En revanche, le sénateur Joseph Lambert a souligné que si on n’arrive pas à trouver un consensus avant le 7 février, on ne peut pas laisser le pays sans dirigeant. « Ce ne serait pas responsable. C’est pour cette raison que je demanderais aux acteurs de l’accord de Montana, de PEN, de l’accord du 11 septembre de trouver un consensus… », a appelé le président du tiers du Sénat.



Réagir à cet article