Kidnapping: « Yo mande anraje », peste le proche d’une victime                               

Publié le 2022-01-24 | lenouvelliste.com

Kidnapping ! Le calvaire des familles n’en finit pas. Vendredi soir, Joëlle Moïse, compagne de Richard Gaetjens, a été kidnappée. « Ils rentraient chez eux lorsqu’ils sont tombés sur des bandits qui cambriolaient leur résidence. Les bandits ont kidnappé Joëlle, volé son véhicule », a confié une source. « Nous sommes sous le choc. Personne n’est à l’abri nulle part », a pesté une autre source interrogée par le journal. Plus tôt, vendredi après-midi, Fauster Descollines, revenu au pays pour assister aux funérailles de sa mère, a été enlevé. Les faits se seraient produits à Bois-Verna. Les funérailles étaient prévues samedi dernier, selon ce qu’a appris Le Nouvelliste. La famille a dû reporter les funérailles à une date ultérieure. En milieu de semaine, mercredi, Naromie Barthol a été kidnappée à Delmas. 

« Les organisations « Nos Petits Frères et Sœurs » (NPFS) & « Fondation St-Luc » (FSL) ont appris avec stupéfaction que Mme Naromie Barthol (secrétaire administrative de NPFS) a été enlevée puis séquestrée par des individus armés, vers les 5:00 p.m., le mercredi 19 janvier 2022, au niveau de la commune de Delmas », peut-on lire dans un communiqué signé par KAAS Kenson, directeur national de Nos Petits Frères et Sœurs Haiti et le révérend Réchette. L. Riehard, MID, fondateur & président de la Fondation St-Luc. «  La FSL et NPFS exigent la libération immédiate et inconditionnelle, saine et sauve de Mme Barthol », lit-on dans ce communiqué « condamnant énergiquement le climat d'insécurité qui sévit depuis trop longtemps dans le pays et qui menace la poursuite de nos activités sur le terrain. « Nous exigeons des plus hautes autorités du pays que toutes les dispositions soient prises pour garantir la sécurité des vies et des biens de tous les citoyens du territoire national », selon ce communiqué.

Il y a aussi les cas de kidnapping qui passent sous les radars. Jeudi après-midi, après plusieurs jours de séquestration à Grand-Ravine, deux personnes kidnappées ont finalement été libérées. « Elles ont été kidnappées en donnant la rançon pour libérer une autre personne enlevée à Laboule », a rapporté notre source. Beaucoup de personnes ont été séquestrées. « Chaque vingt-quatre heures, les kidnappeurs leur donnaient un bol de riz, un morceau de poulet et un peu d’eau », a expliqué une source interrogée par le journal. D’autres sources évoquent un commerce d’effets volés aux victimes de kidnapping. « Des pièces de voitures et autres objets appartenant aux victimes sont vendus. Ce commerce a lieu au vu et su de tout le monde », a ajouté une autre source. Il y a d’autres cas que le journal n’a pas pu vérifier.

« Yo mande anraje », s’est emporté le proche d’une victime. Par ailleurs, les homicides aussi sont en augmentation ; au moins quatre ont été signalés ces derniers jours, dont deux à Croix-des-Bouquets : le commissaire Jean Ismay Auguste et sa femme, Clotilde Vilus; Me Fritz Alténor et un pasteur, Mathieu Chériné. Selon des informations partagées dans la presse, le pasteur, tué à Delmas 41, essayait d'échapper à une tentative de kidnapping.

Entre-temps, la PNH, avec plus de 10 000 membres, peine à prendre le contrôle de points du territoire utilisés pour séquestrer des victimes. Il y a les gangs connus et d’autres qui font des kidnappings d’opportunité, parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas la police sur leur talon. Le président du Conseil supérieur de la police nationale, le Premier ministre Ariel Henry, avait indiqué que la PNH est handicapée par les restrictions sur l’acquisition d’équipements létaux. « Pour faire face à des gangs mieux armés utilisant des techniques de guérilla urbaine et n’hésitant pas à recourir au terrorisme aveugle, notre police a un urgent besoin d’équipements, de matériel et de formation. Le maintien des restrictions imposées au gouvernement haïtien pour l’acquisition d'équipements létaux handicape considérablement la capacité d’action et de réaction de la police qui manque cruellement de moyens en armement, en munitions, en équipements de protection, blindés et autres », a fait savoir le Premier ministre Henry lors de la réunion interministérielle sur Haïti organisée vendredi 21 janvier par le Canada.

« ... Les terroristes et les gangs ne sont pas affectés par cet embargo et arrivent à se procurer des armes de gros calibre et des munitions en quantité. Ceci leur donne une supériorité en termes de puissance de feu par rapport à la police »,  a soutenu Ariel Henry, chef du CSPN, qui s’est fendu d’une mise en garde. « J’espère que vos pays et organisations prendront conscience qu’on ne peut pas s’attendre à des résultats spectaculaires sur le plan sécuritaire si nous n’arrivons pas à mieux équiper notre police et à lui fournir la formation et l’encadrement nécessaires pour accomplir des tâches pour lesquelles elle n’était pas préparée », a indiqué le Premier ministre, soulignant que l’insécurité est la principale préoccupation des Haïtiens. 

« Aujourd’hui, la préoccupation principale de mes compatriotes est l’insécurité et le terrorisme aveugle qui perturbent considérablement la vie de tous les jours, sèment le deuil dans les familles et isolent du reste du pays, 4 départements sur 10 dans le Sud, région qui a été durement frappée par le séisme du 14 août 2021 suivi d’un violent cyclone », a ajouté Ariel Henry. « Il est indispensable et urgent, a poursuivi le Premier ministre, d’y mettre un terme et de restaurer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire ».

Si le Premier ministre Henry évoque des restrictions, sans fournir de détails, des véhicules blindés ont été achetés par la PNH sous Jovenel Moïse et des fusils d’assaut ont été commandés par l’Etat ces dernières années. Plusieurs pays et partenaires internationaux sont au chevet de la PNH. Selon le ministre du Développement international Harjit S. Sajjan, du Canada, 12.35 millions de dollars serviront à accroître la capacité de la Police nationale d’Haïti au moyen d’une formation essentielle et d’une efficacité accrue tout en augmentant la participation significative des femmes au maintien de l’ordre. Les Etats-Unis, la France aident également la PNH. 



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