La lutte contre l’insécurité est un mensonge, un poisson d’avril permanent. J’ai vu, entendu et vécu assez en Haïti pour le savoir. La ‘’haute classe’’ de nains politiques et l’oligarchie économique ont trahi le beau pays-martyr. Elles posent le problème de l’insécurité à l’envers et tête en bas. Elles créent des malheurs et s’y adaptent dans une illusion de confort. Elles mentent à la nation. Elles se mentent aussi.
Les racines du mensonge sont dans leur réflexe primitif. La capacité d’adaptation assure la survie de l’espèce grâce à la partie la plus importante et archaïque du cerveau humain. C’est le b-a-ba du darwinisme. Dans ce sens, seulement dans ce sens, la classe politique et l’oligarchie ont raison. Inventives, elles s’accommodent très bien aux mauvaises circonstances. Je les félicite.
Cependant, considérant la révolution cognitive de l’humain depuis environ 70 000 ans (Yuval Noah Harari, Sapiens : Une brève histoire de l’Humanité, 2011), je leur fais une reproche, fût-ce au prix de m’attirer leur haine : elles vivent au gré des petits intérêts immédiats et mesquins, s’adaptant aux crises dans l’indifférence la plus irrationnelle. Le pays a toujours été le souffre-douleur de leur attitude amorale et irresponsable. Pourquoi font et se font-elles du mal ? Se sentent-elles mal à la tête ? Alors, on est dans l’absurdité sûre, pure et dure.
L’absurdité et l’insécurité en Haïti
Cette ‘’haute classe politique’’ et l’oligarchie, sauvagement égoïstes, acceptent la situation du pays dans leur petite survie. Elles refusent la Vie. Elles rejettent le progrès national et répriment tout désir de changement positif, sans en être conscientes. Leurs réponses aux défis infrastructurels — de l’importation de gros véhicules tout terrain, de camions-citernes (pour le transport de l’eau), de génératrices (face à la crise énergétique), au choix du tourisme de santé en République Dominicaine, à Cuba, aux États-Unis et au Canada, leur déni du délabrement national — montrent leur fausse exubérance. Elles se vantent de leurs voitures blindées, leurs agents de sécurité passoire, du m’as-tu-vu sous-développé, du blingbling. Elles ont assassiné l’État haïtien.
Oui, la décision de l’assassinat de l’État haïtien vient de la tête de la bourgeoisie d’État et de la bourgeoisie marchande. Encore plus grave : une grande partie de la classe moyenne appauvrie singe leur comportement, perroquette leurs idioties et aspire à leur béatitude absurde. Elles pataugent dans la même corruption, la même boue de fausse sécurité individuelle. Ce qui est dans leurs têtes est pire que l’insalubrité et les calamités politiques, économiques et sociales. Leur pauvreté mentale est plus lamentable que les dégâts matériels et la nausée qu’elle provoque.
J’ai vu la très longue marche funèbre, du menottage à l’exécution de l’État : des escadrons de la mort du Front Révolutionnaire pour l’Avancement et le Progrès Haïtien (FRAPH) et des bandes nocturnes armées ou zenglendo dans les années 1990 — en passant par l’effondrement des Forces Armées d’Haïti ou « la fin du monopole de la violence légitime », pour être wébérien ; les interventions échouées des forces étrangères ; le démantèlement de la faible ceinture de sécurité du pays avec la perméabilité des frontières, la libéralisation sauvage des ports et du port d’arme, l’importation privée d’armes de guerre, la construction de pistes clandestines d’atterrissage, la transformation du pays en une plaque tournante de la drogue ; la course vers l’élévation des murs des châteaux-forts et la construction de cabines et guérites de sécurité comme signes de distinction sociale ; la circulation des tueurs à gages et à moto à travers la capitale ; la privatisation et/ou l’abandon du talon d’Achille de l’État, (le littoral, les ports, la vente d’armes...) ; la castration du Conseil National des Télécommunications (CONATEL), l’ensauvagement du paysage médiatique, l’affaissement des canaux de communication de l’État (sa radio, sa télévision et son journal) et l’intimidation du pouvoir public par le pouvoir médiatique privé ; l’augmentation de la puissance de feu et du verbe incendiaire du secteur privé, l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021... — jusqu’à l’État-prisonnier, édenté, mazora, poings et pieds liés, à genoux et exécuté.
Une fois tout cela accompli sous les yeux hagards de la nation et le regard complice de la communauté internationale, c’est le coup de grâce, le pourrissement du salmigondis national : l’apparition du fantôme de l’État et son acceptation des tracées des frontières territoriales entre ses zones vertes et les zones rouges ou de non droit des gangs-kidnappeurs-assassins-violeurs, la transformation du pays en un sanctuaire régional pour les mafiosos. La corruption, les armes et la drogue ont conquis le pouvoir, paralysé le pays et établi le règne de l’argent sale et de la terreur.
La nation talée et balafrée, guidée par les nains politiques aveugles, essaie de sortir du labyrinthe obscure. Pour comprendre la complexité de l’absurdité, un préalable est nécessaire.
La toile de fond de l’insécurité publique et nationale
La toile de fond est épaisse, vaste et effrayante. S’agissant de la sécurité au sens large (publique et nationale), les discours creux des politiciens lors de la graduation des promotions de la Police Nationale d’Haïti (PNH) sont loin d’être au niveau des enjeux sécuritaires. La PNH est rongée par la démoralisation et la désertion dues au sous-équipement, aux menaces des gangs et au bas salaire brut s’élevant à 38 000 gourdes ($290) par mois dans une économie brutalement dollarisée, moins pire que celui d’un professeur d’école publique, 18 000 gourdes en moyenne (Haitian Times, 1/15/2025), nettement plus bas que le salaire d’un petit apprenti gangster. La nation n’a jamais été aussi vulnérable. On joue avec le feu dans le pays. Voici quelques risques de sécurité publique et nationale auxquels la nation est exposée au niveau de :
- Sécurité des biens et citoyens : les violentes manifestations et manipulations populaires, les règlements de comptes mortifères, la pyromanie des politiciens, la violence économique de l’oligarchie contre la paix sociale, la stabilité politique et le climat d’investissement ;
- Sécurité sanitaire : l’inefficacité du système de santé et d’hygiène publiques face aux épidémies et catastrophes écologiques ;
- Sécurité ou souveraineté alimentaire : l’absence de stockage stratégique et l’insuffisance du stock alimentaire, la disponibilité défectueuse de la nourriture, l’accès difficile de la majorité des citoyens au pain quotidien ;
- Sécurité socioéconomique : le mépris des dirigeants pour le travail, la force de travail, sa dignité, son assurance santé et sa retraite ;
- Risques naturels : le manque de préparation face aux inondations, tempêtes et cyclones réguliers, aux tremblements de terre et à la dégradation de l’environnement ;
- Risques cybernétiques : la faiblesse de la pénétration technologique dans le pays, l’insuffisance et l’abandon des réseaux d’infrastructures numériques ;
- Risques d’agressions externes, notamment de la voisine, la République Dominicaine — « Si tu veux la paix, prépare la guerre (ou la dissuasion), Si vis pacem, para bellum, » dit le proverbe : l’inexistence d’une force dissuasive pour « sauver la paix sans sacrifier la liberté », selon la sagesse de Raymond Aron (Paix et Guerre entre les nations, 1962).
Je le redis ; la sécurité n’est qu’une grosse absurdité propagée par nos dirigeants. Roulée dans leur farine, la nation se fourvoie. Quand les dirigeants-boulangers font tourner la boulangerie, c’est du pain béni pour les bandits. L’apparence de sécurité ne tient qu’à un fil ténu (Tableau 1).
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Tableau 1 : LA SÉCURITÉ EN HAÏTI ET EN RÉPUBLIQUIE DOMINICAINE (RD) |
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SÉCURITÉ |
RÉPUBLIQUE DOMINICAINE |
HAÏTI |
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SÉCURITÉ NATIONALE 1- PIB nominal 2- Budget sécuritaire 3- Superficie 4- Population 5- Forces armées 6- Intégrité territoriale, Gestion des risques d’agression du voisin, Gestion des risques naturels |
La sécurité nationale est une priorité en RD. 1- $129,75 milliards 2- $1,004 milliards (2024-2025) 3- 48 671 km² 4- 11,5 millions (2026) 5- Personnel militaire = 308 000 : Personnel actif = 89 000, Marine = 13 200 + 33 navires, Force aérienne = 6730 Armée de terre = 28 750, Power Index/Indice de puissance* = 2.5853 (parfait), Avions militaires = un stock de 80 dont 40 sont prêts..., 6- La capacité de la RD d’attaquer Haïti et de se protéger contre une éventuelle agression migratoire d’elle et de se mobiliser face aux catastrophes naturelles : cyclones, inondations, tremblements de terre, épidémies |
La sécurité nationale est négligée en Haïti. 1- $30,91 milliards 2- $82 millions (2025-2026) 3- 27,750 km² 4- 12,08 millions (2026) 5- Personnel militaire = 1130 militaires inactifs ; Marine = une petite garde côtière moribonde, sous la tutelle de la faible PNH Forces aériennes = 0 6- L’addition amère : Frontières poreuses + chasse régulière aux Haïtiens en RD + Incapacité de se protéger contre une éventuelle agression de la RD + Incapacité de se mobiliser face aux catastrophes |
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SÉCURITÉ PUBLIQUE 1- Forces policières 2- Sécurité des biens et des citoyens 3- Sécurité alimentaire 4- Sécurité sanitaire |
La RD a une puissante force de police. 1- Les effectifs = 36 968 officiers 2- *Indice de Crime : 60,5 3- 1,6 millions de Dominicains dans l’insécurité alimentaire modérée 4- 2,3 Médecins pour 1000 habitants |
Haïti a une force de police très faible. 1- Les effectifs = 9000 (mal équipés/entrainés/payés) 2- *Indice de Crime : 78,9 3- 5,7 millions d’Haïtiens en situation d’insécurité alimentaire aiguë 4- 0,23 Médecin pour1000 |
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Sources : Global Fire Power, 1/19/2026 et l’ONU (statistiques sécuritaires), Banque mondiale (statistiques socioéconomiques), FAO, 26/01/2026 (sécurité alimentaire), *Power Indexe/Indice de puissance de feu par rapport aux menaces, World Population Review (Crime Rate by Country, 2026). |
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Auteur : Rose Nesmy Saint-Louis |
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Par les temps qui courent, l’insécurité publique et nationale est à un niveau historiquement élevé en Haïti, faisant de notre nation l’une des plus persécutées du monde. Cela nous ramène sur la pente d’une chasse à l’homme historique.
On avait chassé nos ancêtres sur la terre africaine pour les envoyer à Saint-Domingue comme esclaves. Ils ont fait une révolution, chassé leurs oppresseurs et créé une nation en 1804. Cette nation a été boycottée et chassée de la communauté internationale. La même nation, tenaillée par la pauvreté et abandonnée par ses dirigeants, est maintenant poursuivie et chassée par des gangs nationaux. Aujourd’hui des réfugiés haïtiens sont persécutés et chassés en République Dominicaine (RD) et à travers l’Amérique. Certains d’entre eux, rapatriés en Haïti, risquent d’être chassés à nouveau par la pauvreté et les gangs. Ce ne sont pas des animaux qui nous chassent pour survivre ; ce sont nos semblables, des humains, des compatriotes, pour le plaisir de chasser.
La souffrance et l’insécurité nationales ne s’arrêtent pas à la chasse. Sur le plan des droits humains, nous sommes dans un pays où un repas pour celui qui est assailli par la faim, un verre d’eau potable pour celui qui veut étancher sa soif, un antibiotique pour celui qui souffre d’une infection, un logement décent pour celui qui veut avoir un toit sur sa tête, le sentiment d’être en sécurité pour celui qui va au travail, à l’école ou à la banque... sont les privilèges d’une minorité et les droits bafoués de la majorité nationale. Il y a aussi le grand danger oublié, les deux V, ‘’V-V’’ : si nos dirigeants corrompus continuent sur la lignée laxiste qui est la leur, Haïti — déjà un dépotoir de produits bas de gamme dominicains et à un niveau de développement politique, économique et social nettement plus bas — pourra devenir la ‘’Voisine-Vassale’’ de la RD.
À ceux qui disent toujours « il faut le voir pour le croire », fò nou wè pou nou kwè : en pleine crise sécuritaire en 2024, la balance commerciale entre notre pays, classé 144e exportateur au monde (sur 157 pays), et la République Dominicaine (79e), a connu un déficit de $882 millions en faveur de la RD ($896 millions contre $14 millions), une baisse par rapport aux $1,22 milliards d’exportations vers Haïti en 2019 (Observatory of Economic Complexity, OEC, Dominican Republic/Haiti, 2025, and World Population, Exports by Country, 2026 Review, 2026).
Sachons aussi que l’investissement immobilier — un générateur d’emplois, un levier de crédit et un multiplicateur du capital dans toute économie — fleurit en République Dominicaine. La diaspora haïtienne, la bourgeoisie et la haute classe moyenne du pays contribuent à cette floraison immobilière à cause de l’insécurité en Haïti et grâce à l’accessibilité attrayante des coûts de logement en RD, son cadre legal de sécurité et ses exonérations fiscales offertes par le CONFOTUR (Consejo de Fomento Turistico/Conseil de développement touristique).
De plus, selon les chiffres du Ministère de l’Éducation de la République Dominicaine (MINERD), 186 975 écoliers et étudiants haïtiens ont été recensés en 2024 dans le système éducatif de la RD, une augmentation de 78% par rapport au 105 021 enregistrés en 2021. Au cours du troisième trimestre de la même année, plus de 150 000 Haïtiens ont été déportés (Aljazeera, The Take : Why is the Dominican Republic deporting Haitian migrants, 5/6/2025), des milliers d’enfants, parmi eux 313 sans familles égarés dans la société (The Associated Press, Haitian Migrants Share Stories of Abuse As Dominican Republic Ramps up Deportations, 11/2/2025).
Face à la menace, nous avons une seule et dernière chance, la chance maltraitée : les profondeurs insondables de notre histoire, de notre culture, de notre âme nationale. Elles sont, dit-on, les forces invisibles, les sa n pa wè yo, inaccessibles à la République Dominicaine. Le ‘’joli-petit-tonneau-vide’’ sans âme pourrait-il contenir le fleuve spirituel de la nation haïtienne ? Les Dominicains doivent avoir la réponse.
Maintenant, aux prises avec la catastrophe nationale, j’analyse le trompe-l’œil, la « lutte pour le rétablissement de la sécurité en Haïti » solennellement déclarée par des gouvernements haïtiens. Ils ont une définition politicienne de la sécurité publique. Celle-ci se confond avec la sureté fictive d’un régime politique instable, antipatriotique, antipeuple, antiprogrès, antinomique avec la liberté politique et économique. Et la sécurité nationale a toujours été la chienne crevée du je-m’en-fichisme extrême de nos dirigeants. En présence d’une telle incurie au devoir de sécurité, je ferai un coup de projecteur sur les trois aspects transversaux et corrélationnels de l’insécurité dans le pays : la corruption, les armes et la drogue.
La corruption et l’insécurité en Haïti
La corruption paralyse les institutions judiciaires, sécuritaires, spirituelles, intellectuelles, politiques et économiques — nécessaires à la sécurité, la stabilité et la prospérité du pays — à travers : la marchandisation de la justice dans les tribunaux mal entretenus, la prise régulière des prisons délabrées par les bandits, la soumission de la Police Nationale (mal équipée, mal entrainée et mal payée) aux barons de la drogue, aux oligarques, aux politiciens et aux bandits de grand chemin, le développement du charlatanisme spirituel, la courbette de l’échine d’une grande partie de nos intellectuels devant le pouvoir corrompu, l’effondrement de l’éducation nationale, le dysfonctionnement du parlement, la faiblesse à tous les niveaux de l’économie (investissement, emploi, croissance...), etc. La charpente nationale est fragilisée par la corruption.
La corruption et l’insécurité se renforcent mutuellement dans tous les aspects de la vie nationale. Nous assistons au triomphe de la criminalité, la malhonnêteté, la vulgarité, la saleté, la méchanceté et l’animosité généralisées. Face aux dépravations nationales, les patriotes intègres et capables — égarés dans la jungle, méprisés, ridiculisés et menacés publiquement — font profil bas, attendant la fin de l’ouragan socio-politique. En attendant, la corruption et la criminalité sont normalisées, officialisées, légalisées. C’est le « banditisme légal », jadis silencieux, frontalement déclaré par un bandit-président-cinglé et obscurantiste. « Ceux qui ne sont pas contents, qu’ils s’en aillent/Sa k pa kontan, anbake, » a déclaré Michel Martelly. Oui, pourquoi s’étonner/Sa k te gentan gen laa ? Le banditisme est consubstantiel à la gouvernance en Haïti.
Les patriotes aveuglement optimistes s’indignent dans l’espérance et la peur, longtemps devenues leur religion : « lorsque le pays aura atteint le fond du bassin, on remontera plus facilement, » espèrent-ils. Malheureusement, c’est de la gadoue au fond. Il n’y a aucune traction, aucun point d’appui pour l’instant. La nation s’enfonce. Les pessimistes défaitistes s’énervent dans leur résignation: « il n’y a plus d’espoir, » vocifèrent-ils. Des patriotes réalistes cherchent des solutions concrètes. Les relations entre la corruption et l’insécurité s’étendent, s’approfondissent et se renforcent (la corruption ↔ l’insécurité) au travers des corolaires corrélationnels :
- Les forces sécuritaires ↔ la corruption : le détournement des fonds alloués à la Police Nationale et l’Armée-zombie s’aggrave ;
- L’injustice ↔ la corruption : l’impunité permet aux criminels corrompus et aux trafiquants d’échapper à la justice ;
- La pauvreté ↔ la corruption : la facilitation du recrutement criminel dans les bidonvilles, et la professionnalisation de la criminalité déstabilisent la société ;
- Les inégalités ↔ la corruption : l’enrichissement illicites des uns incitent les autres à la corruption et à la marchandisation ou la prostitution de soi ;
- L’instabilité politique, économique et sociale ↔ la corruption : la déstabilisation du pays est autoentretenue et l’insécurité est mise sur pilotage automatique, dirigée par la « main invisible » du marché de la criminalité ;
- Le manque de repère moral, spirituel et intellectuel ↔ la corruption : l’âme nationale est affaiblie par la charlatanerie spirituelle et le déclin des valeurs ancestrales ;
- La crise de confiance entre les gouvernants et les gouvernés, ajoutée à l’illégitimité du pouvoir ↔ la corruption : l’État-fantôme et la nation se regardent en chien de faïence, notre chat konnen rat konnen, dans la méfiance la plus dramatique.
Pendant les quarante dernière années, de l’effondrement de la dictature duvaliériste à nos jours (1986-2026), la nation haïtienne a vécu une mutation vertigineuse de la corruption : le passage brutal de la ‘’petite corruption’’ — pour reprendre le titre du récit de la romancière Yanique Lahens (La petite corruption, 2014) — les liens corrompus traditionnels entre la bourgeoisie d’État, la bourgeoisie marchande et le reste de la population — à la corruption sauvage, la grande Corruption sanglante. Celle-ci a besoin d’être protégée, avec des armes lourdes.
Les armes et l’insécurité en Haïti
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À garder à l’esprit : (1), Haïti ne produit ni armes ni munitions ; (2) la puissance de feu des gangs et d’autres groupes d’autodéfense et de criminels dépasse celle de la Police Nationale d’Haïti et des Forces Armées d’Haïti sans armes et sans militaires actifs ; (3) l’écrasante majorité des armes sont importées des États-Unis ; et (4), je pèse mes mots : les armes de guerre font beaucoup de dégâts dans la société américaine où il y a plus d’armes à feu détenues par des particuliers que d’habitants, environ 500 millions contre 342,3 millions, (AMMO, How many Guns in the US, 2/2026) ; elles ont coûté la vie à 1069 personnes, blessé 4 218 autres en 2024 et 2025 et fait 19 000 victimes (mortes et blessées) de 2015 à 2023 (EveryTown, March 2023). |
L’insécurité est une pieuvre sociale en Haïti. Elle a plusieurs cerveaux et de longs bras relativement bien armés par rapport à la faiblesse de l’État-fantôme. Ses larges et puissantes mains s’étendent sur toute l’administration publique, tous les secteurs de l’économie et tous les aspects de la corruption : du dessous-de-table, anba tab, dans l’administration publique — en passant par le petit entreprenariat corrompu, le n ap brase (public et privé), les petits intérêts conflictuels, le népotisme brutal, mounpa grazezo, le trafic d’influence, le détournement et du blanchiment d’argent — à la prolifération des conflits sanglants de gros intérêts financiers.
Dans moins de deux décennies, une génération, l’arsenal de la société est passé du Smith & Wesson Militaire et Police 38, pye kochon, du pistolet 45 et du pistolet-mitrailleur Uzi des Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN) du régime duvaliériste, aux armes de guerre — Galil ACE, AK47, AR-15, Bazookas et autres fusils de précision/de tireurs d’élite ou sniper rifles... — importées par le secteur des affaires (pour sa protection et/ou sa vendetta), les trafiquants de drogues et d’autres groupes criminels hautement professionnels. « [...] La situation est la pire que j’ai vue depuis plus de 20 ans de travail dans le pays, » a déploré Robert Muggah (UNODC, Haiti’s Criminal Markets : Mapping Trends In Firearms And Drug Trafficking, 17/2/2023).
Ainsi, Haïti, seule, sans sauvetage national et international, est piégée dans un tourbillon de violence. Pris dans les feux croisés sont des millions d’Haïtiens victimes d’homicides, de vols, de viols, d’extorsions, de kidnappings, d’incendies, d’exécutions sommaires, etc. Les champs de la mort, The killing fields, j’emprunte le nom du film de Roland Joffé et David Puttnam, s’autofinancent dans la profitabilité la plus mortelle, avec une recette d’environ $75 millions par année, seulement pour l’extorsion de cargaisons (Haitian Times, 12/17/2025).
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Tableau 2 : QUELQUES ARMES À FEU ILLÉGALES EN HAÏTI |
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NOMS (Marques et séries) |
PRIX (Sur le marché légal) |
CAPACITÉ (RPM) : Round/Tour par Minute |
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Taurus 38 |
$300 - $400 |
5-rounds/tours |
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Pistolet 45 |
$400 - $700 |
13-rounds/tours |
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Uzi |
$1210 - $1500 |
30-rounds/tours |
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Smith&Wesson 38 |
$500- $1100 |
5-6/rounds/tours |
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Galil ACE |
$1700 - $2500 |
30-rounds/tours |
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AK-47 |
$600 - $1000 |
30-rounds/tours |
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AR-15 |
$400 - $1500 |
30-round/tours (Haute capacité : 60-100) |
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Sniper Rifle (Fusil de précision) |
$1200 - $2500 (Moyenne portée) |
5-10 rounds (Anti-matériel) |
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*Bazooka (M9AI) Bazooka (anti-tank) |
$5000 - $9500 $20000 |
Pénétration d’armure : 76-127 millimètres |
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NOMBRE D’ARMES (Selon Amnesty International : entre les mains des gangs et des trafiquants de drogue et des groupes d’autodéfense) |
Environ 600 000 armes à feu (Amnesty International, Gang Violence and Unrest in Haiti, 2/2026) de différentes marques et séries, incluant deux ou trois *bazookas soupçonnés Notons que ces armes sont achetées aux États-Unis et revendues aux prix exorbitants en Haïti, allant, dépendant des armes, entre, en moyenne, $5000 et $8000, prix du marché/trafic illicite (United Nations Office at Geneva, Haiti : Gangs have more firepower than the police, 4/4/2024). |
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PRIX EN HAÏTI |
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COÛT TOTAL |
Incalculable : ≥ $600 millions, plus de sept fois du budget sécuritaire d’Haïti ($82 millions) |
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NOMBRE DE VICTIMES |
Plus de 16 000 de personnes tuées depuis janvier 2022 + 1,5 millions de déplacés + des milliers de blessés, de handicapés, de femmes et d’enfants violées (United Nations, UNODC, Explainer : Organized crime and gang violence in Haiti, 1/21/2026) |
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Auteur : Rose Nesmy Saint-Louis |
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Le montant total des rançons du kidnapping est incalculable. Le seul Groupe 400 Mawozon a déclaré, pour la maigre année 2021, avoir gagné $70 000 par semaine (The Counterterrorism Group, The Rise Of Kidnappings For Ransom in Haiti, 22/11/2021). Il y a environ 200 groupes de gangs professionnels en Haïti.
Puis vient, de manière imprévue, l’effet boomerang du dévergondage administratif du président kleptocrate qui fut hissé au pouvoir et soutenu par une administration démocrate des États-Unis. Le Département d’État Américain s’énerve : « Aujourd’hui, les États-Unis désignent un ancien président haïtien pour son rôle dans le commerce mondial illicite de drogues. Il a abusé de son influence pour faciliter le trafic de drogue et a parrainé de nombreux gangs basés en Haïti, » a martelé le porte-parole Vedant Patel (The United States Department of State, 20/8/2024). La drogue, un secret de polichinelle, est un moteur financier de la criminalité.
La drogue et l’insécurité en Haïti
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À garder à l’esprit : (1) Haïti ne produit pas de drogues ; (2) elle en est l’une des principales plaques tournantes de la région ; (3) les États-Unis sont la plus grande puissance du monde et l’un des grands pays-consommateurs de drogues du même monde ; et (4), je pèse mes mots : la drogue fait beaucoup de dégâts dans la société américaine ; le fentanyl à lui seul a tué environ 48 000 personnes en 2024 aux États-Unis (Government Accountability Office, US GAO, Fentanyl Continues to Be the Leading Cause of Overdose Deaths, 04/2025). |
La consommation de drogues remonte à la nuit des temps. Voici, pour ne citer que quelques peuples consommateurs avant notre ère : il y a 5000 ans pour les Sumériens avec l’opium, 3500 ans pour les Egyptiens avec l’alcool très fort, 3000 ans pour les Chinois avec le cannabis (le grand-parent de la marijuana), 2 500 ans pour les Amérindiens dans les Andes avec la cocaïne, 2400 ans pour les Grecs, dans les temples d’Asclépios (Asklepius) de l’opium au jus d’opium de pavot (Pressbooks, University of Minnesota, Social Problems : Continuity and Change, 2015).
Cependant, il a fallu attendre Les guerres de l’opium (1839-1842 et 1856-1860) du Royaume-Uni et de la France, déclarées à la dynastie Qing en Chine, pour que l’argent devienne la spirale de la violence gouvernementale armée assurant la production et la consommation des drogues. La Chine, pour protéger sa société, s’opposait au trafic de l’opium imposé par les deux plus puissants pays-trafiquants. L’Occident a gagné la guerre. La grande victoire de l’opium !
Aujourd’hui, les types de drogues sont catégorisés en ordre alphabétique — d’anabolique stéroïde, en passant par benzodiazépine, le cannabis, la cocaïne, l’héroïne, l’opioïde — jusqu’à la Zombie Cucumber/Zombie Drug ou Xylazine/Drogue du zombie (US National Institute on Drug Abuse, NIH, Drugs A to Z, Site officielle, 2025). L’économie de la drogue, synthétique et naturelle, est un marché mondial d’environ $500 milliards par an. Les grands distributeurs et consommateurs, principalement les États-Unis et l’Europe, empochent 54 % des profits colossaux. Les producteurs ne reçoivent qu’environ 2 à 5 %, et le reste va à une longue chaîne d’intermédiaires. Le marché de la cocaïne, avec 3 708 tonnes pour l’année 2023, est en plus forte croissance que celui des autres drogues (Nations Unies, Rapport mondial sur les drogues 2025 de l’ONUDC : L’instabilité mondiale aggrave les coûts sociaux, économiques et sécuritaires du problème mondial de la drogue, 26/6/2025).
C’est la gangstérisation de l’administration publique par les bandits-cols-blancs cravatés qui a amené Haïti dans les abysses. Ils ont négocié, accepté, encouragé la division administrative gangstérisée du pays. À cause de leur mésusage du pouvoir, les citoyens se moquent aujourd’hui de tout le monde et de tout : des détenteurs dépravés du pouvoir, des gros titres, des hautes fonctions, des institutions corrompues — avec tous leurs attraits dévalorisés, leurs symboles ridicules, leurs totems insignifiants, leurs rituels administratifs dérisoires. Les grands distributeurs et consommateurs de drogues ont besoin de cet État haïtien avili et failli et ce peuple désorienté pour la commercialisation mondiale. Haïti en a le profil parfait :
- Politiquement, Haïti est une voyoucratie pauvre dirigée par des politiciens ignobles, sans vision, sans volonté et sans ambitions nationales ; aveuglés par le culte de l’argent sale, ils sont facilement manipulables et manipulés, achetables et achetés, vendables et vendus, exploitables et exploités ;
- Géographiquement, Haïti est dans la Mer des Caraïbes et l’Océan Atlantique débouchée sur l’Océan Pacifique à travers le Canal du Panama, avec des îles et ilots adjacents et des frontières maritimes délaissées ;
- Historiquement, Haïti a toujours eu un rôle clé à jouer dans tous les mauvais trafics en Amérique — de l’économie de la piraterie des flibustiers du16e siècle en Amérique (sur l’île de la Tortue), à la traite négrière (pendant trois siècles) et au trafic de drogues.
Ce n’est pas un accident si le trafic illégal de stupéfiants — entretenu par les gangs-trafiquants et d’autres groupes de bandits dans la politique et les affaires, soutenus par des forces externes — est l’une des sources de financement de l’insécurité et l’instabilité en Haïti.
Et nous voici là où nous sommes, là où la situation est déplorable, inacceptable et insupportable, là où la politique, l’économie et la société sont noyées dans la violence, là où le pays est bloqué, piégé, en panne, là, dans l’absurdité.
J’ai aussi vu, entendu et vécu assez aux États-Unis, ce beau pays victime et victimaire, pour le savoir : le commerce illicite de stupéfiants et d’armes de guerre — sans frontières nationales, culturelles et raciales — plonge la nation américaine et l’Occident en général dans un profond malaise. C’est pourquoi j’ai pris le soin de m’arrêter sur la société américaine ravagée par les fusillades de masse, mass shootings, et la pandémie d’opioïdes. Pourquoi tous ces malheureux Américains, avec leur puissance économique, se droguent-ils et se suicident-ils ? Un mal-être national ? Une crise civilisationnelle ? La perte de sens dans l’argent qui leur monte trop à la tête ? Qui sait ? Loin d’être de ceux qui font l’apologie de la pauvreté, je sais que, grâce aux valeurs ancestrales, plus fortes que les misères, l’âme haïtienne n’est pas sombrée dans la drogue.
L’Aigle, toujours vivant, déboussolé et abasourdi, souffre avec sa proie gémissant dans ses serres. Mais croyez-moi : il y a des opportunités dans le malheur d’Haïti et des États-Unis :
- C’est l’opportunité de comprendre que les États n’ont pas d’amis, qu’ils n’ont que des intérêts et qu’Haïti doit choisir entre deux groupes d’ennemis à Washington : les ennemis hypocrites d’hier qui la poignardaient dans le dos et les ennemis autodéclarés nationalistes d’aujourd’hui qui blessent notre orgueil national à coups d’insultes révoltantes, tout en étant prêts à accepter des offres ou des deals afin de sauver les États-Unis de la drogue et défendre l’hégémonie américaine sur le continent ;
- C’est l’opportunité de comprendre que, réalisme oblige, nous ne devons pas et ne pouvons pas faire les gros bras, gwo ponyèt, avec les États-Unis ; cette puissante nation-arc-en-ciel, cette vaste mosaïque culturelle (notre diaspora en fait partie) a des réserves inexploitées ;
- C’est l’opportunité de comprendre que les dégâts du trafic illicite et de la libre circulation d’armes de guerre et de la drogue sont le point de jonction d’une possible transaction politique, un deal gagnant-gagnant, à travers la diplomatie transactionnelle en vigueur à Washington, basé sur les intérêts mutuels dans la lutte contre la drogue, la criminalité et l’instabilité dans la région ;
- C’est l’opportunité d’apprendre comment nous, Haïtiens, en tant que nation, nous devons nous prendre au sérieux dans ce monde difficile en plein bouleversement technologique, géopolitique, économique et transhumaniste.
Enfin, la question conclusive : Comment bien jouer au jeu pratique des opportunités dans le monde et en tirer profit pour la sécurité, la stabilité et la prospérité en Haïti ? Ce n’est pas mon habitude de ne pas répondre à ma propre question. Pourtant, compte tenu de l’extrême sensibilité de la question et de la vulnérabilité du pays, toutes les paroles ne sont pas permises ici. Je ne dis que ceci : comme la solution crasseuse qui envenime une plaie, penser chichement et agir bassement dans l’intérêt d’Haïti aggravent ses problèmes. Les Patriotes Haïtiens doivent se mobiliser et s’organiser, se remettre en cause et se mettre à la hauteur, s’indigner et s’insurger.
Nous ne sommes plus aux temps de la mesquinerie politique, du misérabilisme politique, du ti koulout politique. Nous sommes plus aux temps des petites solutions, des mesurettes, du rapiéçage, du patchwork et du mélimélo politiques.
J’entends résonner de l’au-delà une double voix révolutionnaire : « These are the times that try men’s souls/Voici venus les temps qui mettent l’âme des hommes (et des femmes) à l’épreuve, » dit Thomas Paine aux Américains ; « Nous avons osé être libres, osons l’être par nous-mêmes et pour nous-mêmes, » hurle Jean-Jacques Dessalines le Grand à travers les montagnes, les vallées et les plaines d’Haïti. Qu’attendons-nous ?
Patriotes Haïtiens, nous devons et pouvons oser. Osons !
Rose Nesmy Saint-Louis
exclusivelyrose1@yahoo.com
