L’enseignement en partage au Printemps de l’art avec l’ancienne directrice exécutive de la National Gallery of Jamaica, Veerle Poupeye

Publié le 2022-01-19 | lenouvelliste.com

L’ancienne directrice exécutive de la « National Gallery of Jamaica », Veerle Poupeye, est en pleine activité intellectuelle au festival Le printemps de l’art, à Port-au-Prince. Elle partage au Centre d’art, à la rue Roy, ses expériences de curatrice d’art avec une bonne dizaine d’apprenants. Le lundi 17 janvier, elle était aux côtés de Régine Cuzin pour parler du concept de curateur d'art, plus connu dans le langage courant des amateurs d’art en Haïti sous le nom de commissaire d'exposition.

Historienne de l’art et curatrice, Poupeye enseigne actuellement les arts à l’Edna Manley College of Visual Arts. Dans une interview accordée au quotidien Le Nouvelliste, institution qui a initié depuis l’année dernière Le Printemps de l’art en Haïti, elle a donné sa vision globale de l’art dans les Caraïbes insulaires et dans la grande Caraïbe.

Cette curatrice dont la profession rime avec conception, organisation d’expositions, définition de thèmes d’expositions, choix des œuvres à exposer, négociation avec les artistes, caresse un rêve cher. « L'un de mes rêves, c’est d'organiser une exposition qui mettrait en dialogue le travail d'artistes tels que : Hector Hypollite, Philomé Obin et André Pierre, les Jamaïcains John Dunkley, Mallica « Kapo » Reynolds et Everald Brown, Phillip Moore du Guyana et Francis Griffith de la Barbade. »

Un rêve cher de Veerle Poupeye

Pourquoi un tel rêve ne pourrait-il pas se matérialiser dans les Caraïbes ?  « Les ressources pour exécuter un tel projet ne sont pas disponibles dans les Caraïbes. Seuls les grands musées d'outre-mer sont généralement capables de le faire, ce qui signifie que de telles conversations, si elles ont lieu, sont toujours médiatisées par des facteurs externes aux Caraïbes elles-mêmes », regrette l’enseignante.

Toutefois elle assure qu’il faut de la persévérance et un engagement envers la cause caribéenne pour sensibiliser davantage aux points communs esthétiques dans la région caribéenne, à la recherche, aux expositions, aux échanges et au réseautage.

D’autres problèmes sont pointés du doigt dans les Caraïbes et creusent davantage nos frontières. La question de la langue, pour illustrer. Elle prend en compte les limites géographiques et les itinéraires de voyage établis qui ne se révèlent pas toujours pratiques ou abordables. Elle précise : « Un vol direct de Kingston à Port-au-Prince ne prendrait que 40 minutes, mais les seules liaisons aériennes disponibles se font via Miami ou Providenciales. Nous sommes proches mais si éloignés l'un de l'autre. Et il y a bien sûr aussi des frontières historiques importantes, en particulier entre Haïti et la République dominicaine, mais l'art peut aider à guérir et à transcender cette histoire. Je suis très heureuse de voir les nouvelles collaborations entre artistes haïtiens et dominicains. »

Toutefois elle reconnait que la situation est différente pour l'art contemporain caribéen, qui a généré de solides réseaux régionaux et internationaux, aidés par les communications en ligne et une plus grande mobilité. Elle tempère plus loin son argument pour souligner que ce réseau a tendance à être socialement exclusif. Autrement dit, ce réseau est tourné vers l'extérieur, car étant axé sur les opportunités internationales pour les artistes caribéens plutôt que sur l'engagement local.

Pour faire naître l’espoir à un plus grand nombre d’artistes, un rayon de lumière pointe à l’horizon. « Un Fonds de la culture des Caraïbes est en cours de création sous les auspices du Centre d’art. Cela changera la donne dans le monde de l’art des Caraïbes », signale-t-elle.

Pour cette enseignante, « l’art caribéen est un domaine large et diversifié, surtout si l’on ajoute la diaspora caribéenne, ce qui complique encore le tableau. »

En tant que spécialiste de ce sujet, elle se dit impressionné par la qualité, l’originalité et l’étendue de l’art qui est produit dans la région.

Dans les cours de Veerlee, historienne de l’art de son état, qui enseigne les arts à l’Edna Manley College of Visual Arts et pour le mois de janvier au Centre d’art cette idée revient : « L'art caribéen, quelle que soit sa définition, est actuellement à l'honneur, en partie parce qu'il soulève des questions culturelles, politiques et esthétiques qui sont pertinentes pour le moment actuel, à l'échelle mondiale. »



Réagir à cet article