« Sekirite pa ka tann »

Publié le 2021-12-28 | lenouvelliste.com

Dans le gouvernement Henry, se déploie Nesmy Manigat, ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle qui multiplie les initiatives. Il nomme de nouveaux directeurs, rencontre les acteurs du système, donne de l’espoir aux anciens étudiants de l’Ecole normale supérieure qui attendent leur intégration dans le système éducatif. Nesmy Manigat revient au MENFP avec la même énergie au moment où il administrait lors de son passage dans l’administration Martelly.

On ne sait pas si Nesmy Manigat arrivera à intégrer dans le système éducatif les centaines de jeunes diplômés qui sont en attente. On ne sait non plus s’il fera fonctionner à partir de janvier prochain les écoles situées dans les quartiers contrôlés par les gangs. On ne sait non plus si les nouveaux directeurs qu’il installe dans les directions techniques et dans les directions départementales seront plus performants que leurs prédécesseurs. On ne sait non plus si son slogan « Lekòl pa ka tann » va stimuler les pouvoirs publics à une meilleure prise en charge du système éducatif. Cependant une chose reste certaine : Nesmy Manigat tente, essaie et prend des initiatives. Lors de son premier passage au MENFP, il avait pris des mesures impopulaires, notamment éliminer les examens officiels de la 6e année et de la rhéto. Pour quels résultats ? De retour au ministère, Nesmy Manigat a la possibilité d’évaluer sa décision et la corriger si c’est nécessaire.

Et si Nesmy Manigat communiquait cette envie de faire aux autres autorités du pays, notamment aux autorités policières et judiciaires ? Depuis tantôt six mois, Martissant, ce quartier de Port-au-Prince donnant accès au grand Sud, est devenu la vallée de l’ombre de la mort. On ne compte plus les morts et les blessés par balle sur ce tronçon. Le carnage de lundi soir devait être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Après les pertes en vies humaines enregistrées entre le 24 et le 27 décembre, rien ne montre que nos autorités sont préoccupées par les crimes commis par les gangs à Martissant. Sinon, elles n’expriment pas leur préoccupation publiquement.

De Michel-Ange Gédéon, en passant par Normil Rameau et Léon Charles, pour arriver à Frantz Elbé, la police se montre incapable de reprendre le contrôle de la troisième circonscription de Port-au-Prince. L’Etat perd même le contrôle de la route nationale # 2 à hauteur de Martissant. Depuis l’opération de la police qui a tourné en catastrophe à Village-de-Dieu sous l’administration Léon Charles, la police semble avoir perdu toute envie d’affronter les gangs. Les membres de la population qui empruntent la route de Martissant le font à leurs risques et périls. D’ailleurs, personne n’a de compte à rendre pour les crimes commis à Martissant.

Le carnage de lundi soir a choqué l’opinion publique et plongé les proches des victimes dans une tristesse éternelle. Rien n’indique que ce sera le dernier carnage sur ce tronçon de route devenu un cimetière à ciel ouvert.  Nos autorités ne comprennent pas encore qu’il est urgent de prendre des mesures pour combattre l’insécurité. Nesmy Manigat doit enfin rappeler à ses collègues du gouvernement concerné directement que « sekirite pa ka tann ».



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