Carburant : La subvention ciblée pour les véhicules de transport public dans l’impasse, les passagers en font les frais

L’Etat haïtien n’a pas encore livré les cartes pétrolières ou les bons de subvention aux chauffeurs des transports en commun comme il a été convenu entre le gouvernement et le secteur syndical du transport routier dans le cadre de la signature du protocole d’accord, a fait savoir Montès Michel, coordonnateur général du Front unifié des transporteurs et des travailleurs d’Haïti (FUTRAH). En attendant, les passagers paient le lourd tribut de l’augmentation des prix des transports.

Publié le 2021-12-20 | lenouvelliste.com

Dans le protocole d’accord signé entre le gouvernement haïtien et le secteur syndical du transport routier le jeudi 9 décembre, l’Etat haïtien, via l’Observatoire de surveillance de l'application de l’accord (OSA), s’est engagé à « émettre des bons, fiches ou cartes pétrolières de subvention au profit des bénéficiaires enregistrés dans la base de données de l’Observatoire ». Cette subvention devait éviter une augmentation des prix de transport, a affirmé Montès Michel, intervenant à la matinale du week-end de Magik 9. L’OSA est un organe composé de 5 représentants de l’Etat haïtien et de cinq représentants du secteur syndical du transport. Il a été mis sur pied par les signataires dans le cadre du protocole d’accord.

Créé par l’article 7 du protocole d’accord signé depuis le 9 décembre 2021, l’OSA n’avait pas encore débuté ses travaux jusqu’au lundi 20 décembre 2021. « Le communiqué qui le rend opérationnel a été publié ce vendredi 17 décembre », a révélé le syndicaliste Jacques Anderson Desroches, joint par téléphone. « Il devait démarrer ses travaux ce lundi 20 décembre », a-t-il ajouté. Ceci explique le retard sur la subvention ciblée promise par les autorités, croient les syndicalistes contactés par le journal. Ils ont imputé l’augmentation des prix des transports au gouvernement haïtien. Les syndicalistes les accusent de n’avoir pas respecté certaines clauses du protocole d’accord, arguant qu’ils ont été pris au dépourvu. « Les autorités ont fait une fuite en avant. Les structures pour la subvention ciblée n’avaient pas encore été mises en place lorsqu'ils ont annoncé et fixé les nouveaux prix des carburants à la pompe. C’est dans les journaux que nous avons appris que la revue à la hausse des prix de l’essence serait effective le 10 décembre. D’ailleurs, il était convenu que seulement neuf gourdes devaient être ajoutées sur la gazoline », a expliqué Duclos Bénissoit, coordonnateur du Mouvement unifié des transports en Haïti, également contacté par le journal.

Les syndicalistes, « pour éviter toute suspicion de fraude », sont favorables à la distribution de cartes pétrolières aux chauffeurs », a confié Duclot Bénissoit ; une préférence qu’ils ont signifiée au gouvernement qui était disposé à distribuer des bons aux transporteurs. « Chaque chauffeur aura une carte pétrolière valable pour une voiture qui sera enregistrée dans la base de données de l’OSA. Cette voiture, enregistrée avec sa plaque d’immatriculation, sera la seule qui bénéficiera de la subvention », a révélé M. Bénissoit. Les syndicalistes reconnaissent, cependant, que la mise en place de cette structure exige du temps. Ils sont chargés de fournir à l’Observatoire les informations relatives aux chauffeurs pour l’implémentation de la base de données. « Nous avons déjà enclenché le processus d’inscription des véhicules. Pour les départements du Nord et du Centre, nous sommes sur le point de terminer la collecte des informations sur les chauffeurs syndiqués et ceux qui ne le sont pas encore. Pour le département de l’Ouest, tous les syndicats travaillent en même temps. A présent, c’est l’Etat qui doit mettre la commission dans des conditions optimales de travail » a soutenu Duclos Bénissoit. Pour le moment, seuls les chauffeurs du parc industriel de Caracol bénéficient de la subvention ciblée ; « ils paient la gazoline à 169 gourdes », a appris Duclos Bénissoit. Une fois les cartes pétrolières délivrées, Montès Joseph promet que les syndicats, en collaboration avec le ministère de l'Economie et des Finances, se pencheront sur la fixation des prix des transports.

En attendant, les prix des transports ont grimpé, provoquant un bras de fer entre chauffeurs et passagers. Depuis le vendredi 10 décembre, les esprits se sont échauffés dans les différents circuits assurant les transports en commun. Les prix des trajets Pétion-Ville / carrefour de l’aéroport, Delmas / Portail, Pétion-Ville / centre-ville, Clercine / Portail, Gérald / Portail ont subi une augmentation considérable, allant dans certains cas jusqu’à trente pour cent.

Le mardi 7 décembre, lors de la conférence de presse annonçant la revue à la hausse des prix des carburants, le ministre des Affaires sociales et du Travail, Odney Pierre Ricot, avait annoncé que les prix des transports en commun ne seraient pas ajustés compte tenu du fait que l’augmentation du prix de la gazoline n’est pas significative.



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