De la danseuse nue au Panthéon ou Joséphine Baker de l’utilité des artistes et de la renommée

Publié le 2021-11-30 | lenouvelliste.com

“ Héroïne de guerre. Combattante. Danseuse. Chanteuse.

Noire défendant les noirs, mais d’abord femme défendant le genre humain.

Américaine et Française.

Joséphine Baker mena tant de combats avec liberté, légèreté, gaieté.

Fulgurante de beauté et de lucidité dans un siècle d’égarements, elle fit, à chaque tournant de l’Histoire, les justes choix, distinguant toujours les Lumières des ténèbres.

Et pourtant, rien, rien n’était écrit.

Saint-Louis, 1906.

Naître d’une mère blanchisseuse et d’un père inconnu. Habiter une cabane au toit percé.

A seulement huit ans, servir une famille riche et blanche pour nourrir la sienne, pauvre et noire.

Être battue, maltraitée. Fuir.

Assister impuissante aux émeutes raciales et à leur cohorte de morts.

Se marier à 13 ans.

Ne pas se résigner.

Danser, danser pour vivre, vivre pour danser…”

C’est par ces mots que le président Emmanuel Macron a introduit son discours prononcé à l'occasion de la cérémonie d’entrée de Joséphine Baker au Panthéon. La suite du texte est du même souffle. Pas un mot de trop mais tout est dit et l’inscription dans le présent des combats de Joséphine Baker décédée en 1975 est réussie.

C’est une femme universelle qui a été honorée ce mardi et c’est pour cette raison que Le Nouvelliste partage le texte avec ses lecteurs.

La cérémonie a été simple, sobre et solennelle. La France a rendu hommage à Joséphine Baker ce 30 novembre. 84 ans jour pour jour depuis que la danseuse est devenue Française par mariage.

Il y avait dans l’enceinte du Panthéon ses enfants et des enfants. Des artistes et ses chansons. Des photos d’elle à tous les âges et une douce mélancolie. C’est avec la seule prise de parole du président français Emmanuel Macron que Joséphine Baker est entrée au Panthéon.

Elle n’était pas seule. Elle est entrée avec tous ceux et celles qu’elle représente : les danseurs, les chanteurs, les saltimbanques, mais aussi les militants des bonnes causes.

Joséphine Baker s’est battue pour rendre la France libres pendant la Deuxième Guerre mondiale et pour faire des Noirs des personnes à part égale dans son pays de naissance.

Au cours de sa carrière, la petite fille de Saint-Louis a su bien choisir. Dans le camp de de Gaulle pour une France libre et aux côtés de Martin Luther King pour la lutte contre la ségrégation et l’émancipation des Noirs.

Joséphine Baker qui a commencé danseuse a gravi tous les échelons pour devenir vedette mondiale sans jamais oubliée qu’elle était une femme libre, une Noire opprimée, une artiste étiquetée, une résistante atypique, une militante concernée, une mère adoptive, une utopiste optimiste.

On peut épiloguer à l’infini sur Joséphine Baker, difficile de ne pas souligner qu’elle est l’archétype de l’artiste utile. Elle s’est faite connaître en se produisant nue avec une ceinture de bananes pour tout pagne pour finir au Panthéon. 

Tout est une question de trajectoire et d’engagements dans la vie d’une vedette. Chacun a des choix à faire.



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