Au menu d’un mardi d’octobre dans le bourbier haïtien….                       

Deuxième jour de grève nationale contre l’insécurité, la pénurie de carburant aggravée par les gangs du G-9, multiplication des appels au départ du Premier ministre Henry et envoi par les USA de personnel en quantité suffisante pour obtenir la libération de 17 missionnaires, dont 16 Américains kidnappés depuis onze jours par le gang 400 Mawozo… au menu d’un mardi d’octobre dans le bourbier haïtien.                                                       

Publié le 2021-10-28 | lenouvelliste.com

Ce mardi, pour une deuxième journée consécutive, le commerce, les écoles, les banques commerciales, l’administration publique, les transports… sont restés paralysés à Port-au-Prince et dans les grandes villes de province sur fond d’aggravation de la pénurie d’essence provoquée par les gangs qui ont resserré leur étau autour du terminal pétrolier de Varreux, a appris Le Nouvelliste.                        

 Si la situation pénalise la population et conduit au bord de la discontinuité des services essentiels, il n’y a pas d’amélioration en vue dans les prochaines heures. Les syndicats de transport, à l’initiative du mouvement « fèmen peyi » contre l’insécurité, maintiennent leur mot d’ordre pour ce mercredi. « Le troisième jour est maintenu. En milieu de journée, demain, nous tiendrons un point de presse », a confié au Nouvelliste le porte-parole de la FOSAH (Fôs sendikal pou sove Ayiti), Jacques Anderson Desroches. Le syndicaliste dit avoir noté le mépris des autorités qui n’ont pipé mot depuis le début de ce mouvement.

Le syndicaliste Jacques Anderson Desroches a rejeté d’un revers de main toute liaison avec les gangs. « Le dénigrement et les accusations  infondées participent de manœuvres politiciennes vouées à l’échec », a-t-il prévenu. «  Le pouvoir a fermé les yeux et a coulé du plomb dans ses oreilles », a déploré un autre syndicaliste, Joseph Montès, du Front unifié des transporteurs et travailleurs haïtiens, interrogé par radio Vision 2000.  À partir de jeudi, la population devra se ravitailler, a poursuivi Joseph Montés, soulignant que si le PM Ariel Henry ne répond pas aux revendications à l’origine de ce mouvement, il n’aura d’autre choix que de quitter le pouvoir. 

Le puissant chef de gang Jimmy « Barbecue » Chérizier, leader de  G9, interrogé lundi soir par radio Mega, a exigé le départ du Premier ministre Ariel Henry. Il a soutenu que la seule raison qui explique le blocage autour du terminal de Varreux vise à obtenir la démission du chef de l’exécutif.                            

Si Ariel Henry démissionne à 8 heures a.m., à 8 h 05 a.m., les routes seront débloquées et les camions transportant des produits pétroliers pourront s'approvisionner, a affirmé Chérizier. Le chef de l'Office de la protection du citoyen ( OPC), Me Renan Hédouville, intervenant sur les effets de la pénurie d’essence, a critiqué le support d’une frange de la communauté internationale au PM de facto Ariel Henry.  « Aujourd’hui, on est face à une éventuelle catastrophe humanitaire avec des dirigeants incapables d’assurer une bonne gouvernance du pays et de protéger la population en matière de sécurité et de soins sanitaires.

En dépit du cri d’alarme lancé par les Nations unies sur cette crise de carburant, l’OPC tient à préciser que l’opinion nationale avisée et les observateurs au niveau de l’opinion internationale rendront une frange de la communauté internationale responsable de cette crise avec son soutien à l’actuel gouvernement de facto, conduit par le docteur Ariel Henry, indexé dans l’assassinat du président Jovenel Moïse », a indiqué l’OPC dans un communiqué, mardi 27 octobre. 

« Demander aux acteurs en Haïti qui ont une influence sur la situation actuelle à faire en sorte que le carburant puisse être livré aux hôpitaux, est une bonne chose. Cependant l’ONU à travers le BINUH ne peut pas se dédouaner car, aujourd’hui plus que jamais, Haïti est sous la coupe réglée de l’ONU, qui nous a imposé un Premier ministre de facto, sans un accord avec des secteurs vitaux de la vie nationale… », a critiqué Me Renan Hédouville, l’une des critiques si ce n’est l’un des plus farouches opposants à Ariel Henry.    

Entre-temps, durant toute la matinée et en fin d’après-midi, des tirs d’armes automatiques ont été signalés en plusieurs endroits au bas de Delmas et au bas de la ville ( Port-au-Prince). Ni les camions ni les employés n'ont pu se rendre au terminal de Varreux, a appris le journal en fin d’après-midi. « Oui, il y avait beaucoup de tirs à l’arme lourde », a confié une source proche du secteur pétrolier. Pour assombrir encore plus le tableau, selon cette source, les gangs de Ti Gabriel et d'Isca se sont affrontés ce mardi à Cité Soleil. Ces gangs s’affrontent à quelques centaines de mètres du terminal de Varreux.

En fin d’après-midi, une source policière contactée par le journal a confié qu’il y a eu des accrochages entre des gangs armés et des agents de la police jusqu’en fin d’après-midi en plusieurs endroits, notamment au bas de Delmas, dans les parages du terminal pétrolier de Varreux. Plusieurs sources ont indiqué au journal qu’à l’entrée sud de Port-au-Prince, les gangs de Ti Lapli et d'Izo s’apprêtent  à reprendre les armes contre le gang de Chrisla. « Les hommes de Chrisla ont distribué des lettres dans le quartier pour solliciter la contribution d’habitants de Fontamara afin d’acheter des munitions », a confié cette source sous le couvert de l’anonymat. Des jeunes volontaires sont également recrutés pour rejoindre le gang de Chrisla, a rapporté cette source.                              

Ce mardi est le 11e jour de séquestration de 17 étrangers, dont 16 ressortissants américains, enlevés à Croix-des-Bouquets le samedi 16 octobre par le gang 400 Mawozo. 

La Maison-Blanche, selon le Miami Herald, a indiqué ce mardi que le président Joe Biden est directement impliqué dans les efforts de sauvetage des 17 missionnaires, incluant cinq enfants, et que toutes les options possibles sont sur la table pour obtenir leur libération. Après avoir déployé trois agents du FBI dimanche, les Etats-Unis ont envoyé un nombre significatif de spécialistes de ses forces de l’ordre et des spécialistes dans la récupération d’otages pour travailler étroitement avec le ministère, les familles et le gouvernement haïtien pour essayer de coordonner et d'organiser un recouvrement, a confié Jake Sullivan, le conseiller à la Sécurité nationale du président Joe Biden.                             

Roberson Alphonse 



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