Le pinceau,  l’aîné de la plume de Mérès Weche, notre cher disparu

Publié le 2021-10-20 | lenouvelliste.com

C’est très esthétique aujourd’hui de coller l’étiquette, mort de covid-19 pour envoyer à l’orient éternel nos chers disparus. Assurément cette attitude-là n’est pas neutre. Mérès Weche, je ne pensais pas qu’on allait se servir de ta mort pour gonfler le bilan du Covid-19 en Haïti. Pays de comédiens, nos acteurs n’auront de cesse d’amuser la galerie.

Mérès Weche, parlons de peinture. On en a tellement parlé. La dernière fois que j’ai posé une caméra sur toi, c’était pour faire vivre dans la lumière un totem, dans cet atelier à Bourdon. En 2006, me disais-tu, tu avais réalisé, à Moulin sur Mer, une bonne douzaine de totems lors d’une semaine écologique soutenue par la FOKAL et le ministère de l’Environnement. Pour le dernier rescapé, j’ai produit, en mai dernier, une capsule vidéo que j’ai baptisée « Mérès Weche, ce totem a une histoire ». C’était ma manière à moi de saluer l’œuvre de l’artiste qui fait appel à des symbioses tainos et africains.

Quelle fenêtre ouvrir sur la vie d’un artiste dont la terrestre existence a pris fin a  Beaumont, dans la Grand'Anse, dans la nuit du 15 au 16 octobre 2021 ?

Le séminariste qui a failli devenir prêtre. Je te vois rire, d’un rire saccader pour dire comme cet épisode de ta vie t’amuse. Tout comme l’épisode de covid-19  inventé.   

Mérès Weche a fait tous les métiers. Il était professeur de mathématiques, il a enseigné le dessin. A un moment, il était assureur, galériste. À la rue rue Beaubien, à l’ouest de St Denis, les souvenirs rassemblent l’image du propriétaire de la galerie DiaspoArt dans les jours d’événements culturels qui mettent en valeur la peinture haïtienne.

Les métiers qui collent à la peau de Wèche : écrivain, journaliste et peintre. On ne parlera pas de tes livres « Le plus long jour de chasteté », « Franketienne s’est échappé », « Débat français-Créole, une querelle de ménage », « L’évangile de saint-fac », « Le songe d'une nuit de carnage », pour parler des vêpres jérémiennes. On ouvrira une fenêtre sur la peinture.

On dit que Mérès Wèche serait venu tard à la peinutre, est-ce vrai ?

L’homme de Beaumont, qui vient de nous laisser à 78 ans, confie : « Mon pinceau est l’aîné de ma plume, contrairement à ce qu’on peut penser, comme quoi je serais venu tard à la peinture ; c’est faux. Dans mon adolescence à Jérémie, j’étais celui qui faisait les meilleures cartes de Noёl, consignées et vite vendues à « Soleil levant » d’Antoine Jean ; chez Antoine Roumer et chez Élie Lestage. Plus tard, après un cours par correspondance suivi à l’École ABC de Paris, je maîtrisais l’anatomie et je pouvais m’aventurer à faire des portraits sur pied. Mais, le dessin en tant que tel me passionnait davantage que la peinture, et c’est ce qui m’a valu une formation en topographie et technique du Génie civil chez Leconte ; deux diplômes qui m’ont permis d’obtenir la résidence permanente au Canada en 1976. »

Mérès Wèche aimait peindre autant qu’il aimait écrire. Chaque objet qu’il traitait laissait des traces, une histoire. Et il aimait bien raconter sa vie. « Je me rappelle de ce premier dessin à l’lSTH, une carte à courbes de niveaux, qui fit la joie de Chacha, et qui l’exposa, à côté, bien sûr, de celui de Patrick Paultre, d’une qualité également remarquable. En tant que dessinateur, j’ai à mon actif les armoiries de nos deux derniers archevêquesː Joseph Serge Miot et Guire Poulard, et pendant mes deux années de philosophie scolastique au Grand Séminaire Notre-Dame à Turgeau, j’étais le peintre attitré de tous les prêtres, pour leurs chasubles, étoles, etc. En termes de toiles spéciales réalisées, je peux mentionner, entre autres, l’image Notre-Dame d’Haïti à Montréal, érigée canoniquement et reconnue au Vatican comme représentation de la Vierge dans le catholicisme. Plus tard, toujours au Québec, à Trois-Rivières où j’habitais, j’ai eu à faire deux œuvres d’art au Monastère des Pauvres de Saint-François un vitrail et une peinture grandeur nature du saint. »

En matière de peinture, le natif de Beaumont, a des histoires à raconter pour couvrir des pages et des pages de livres et d’articles. « En Haïti même, j’ai peint une murale, « Le Christ de Thézé », à la chapelle de l’évêché de Jacmel, y compris une peinture chevaline de Toussaint Louverture, accrochée à Communications Plus, sans oublier ce merveilleux portrait de l’ex-présidente Ertha Pascal Trouillot, ainsi que d’autres œuvres privées, comme la femme du sénateur Patrice Dumont et les enfants du professeur Julmiste, pour n’énumérer que celles-là. »

A Port-au-Prince, Wèche n’avait pas d’atelier proprement dit chez lui. Il peignait chez des amis qui lui aménageaient de l’espace. À Bourdon, par exemple, il a pu rafraîchir de nombreuses toiles qu’il avait pu produire dans son atelier à Montréal. On citera : Alexandre Dumas, 30“x40"; Pétion et Bolivar, 40“x60“;  Césette Dumas, 30"x40"; Henri Christophe et sa femme, titrée «Le dernier entretien», 30"x40“.

Wèche caressait le rêve de combler un vide iconographique  en peignant toute la galerie de portraits de nos héros et aussi des écrivains et peintres haïtiens. C’était un travail colossal, il n’a pas eu le temps d’abattre ce boulot de titan.



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