Crise multidimensionnelle en Haïti : le professeur Jacques Jean Vernet accuse les élites

Publié le 2021-10-20 | lenouvelliste.com

Le pays fait face à une crise de « moun », de société, selon le professeur Jacques Jean Vernet. « Les individus qui mènent la société, qui ont le contrôle des élites (politique, économique, intellectuelle) ressemblent à des flibustiers plutôt qu'à des citoyens. Ces individus n’ont pas de valeur nationale. Les élites sont plus qu’égoïstes. L’effondrement du pays ne leur pose pas de problème.  Il n’y a pas de sentiment d’intérêt général. Ce qui importe pour eux c’est gagner de l’argent dans n’importe quelle condition », a-t-il expliqué sur les ondes de Magik9, le mercredi 13 octobre lors de sa participation à l’émission Panel Magik.

Cette crise sociétale remonte à la fondation de la nation haïtienne. « Depuis l’indépendance, les catégories dominantes à la base n’étaient pas attachées au projet national. Le ciment devant lier les différentes catégories sociales n'existait pas. Certains se limitaient seulement à l'indépendance et non pas à la libération générale. Nous vivons encore cet héritage »,  a poursuivi le sociologue Jacques Jean Vernet, qui a indiqué que le pays se cherche.  La crise est fondamentalement économique. « Une crise de modèle d’organisation économique et sociale basée sur le rapport de production entre élite économique et la catégorie laborieuse. L’organisation de l’économie est le premier problème fondamental. Lorsqu’on a une élite qui n’investit pas dans la production, comment  peut-on créer du travail ? », s’est-il questionné, rappelant que cette élite économique domine le pouvoir de l’Etat depuis environ 30 ans.

Une nouvelle proposition de crise a vu le jour

Le Groupe d'initiative des protestants d'Haïti et de la diaspora pour la résolution de la crise (GIPHADREC)  a fait une proposition de sortie de crise pour un accord politique « gagnant-gagnant » en vue de trouver un dénouement à la crise qui sévit dans le pays. Cette proposition de sortie de crise pour un accord politique gagnant-gagnant s'inspire notamment de : l'accord de Montana, l'accord pour une gouvernance apaisée et le PEN, a signalé le professeur Vernet.

Pour le gouvernement de transition, le GIPHADREC propose un collège présidentiel de trois membres et d'un Premier ministre. « Le collège présidentiel sera composé de trois membres élus par le CNT sur une liste de neuf personnalités désignées par les signataires de l'Accord Montana, du PEN, de l'Accord gagnant-gagnant et de la diaspora. Les critères et modalités pour faire partie du collège présidentiel seront définis dans le respect des normes constitutionnelles,  considérant la conjoncture, le poste de Premier ministre est alloué aux signataires de l'Accord pour une gouvernance apaisée ayant validé le Premier ministre de facto Ariel Henry. Les dix-huit  postes ministériels seront répartis par consensus entre les différentes catégories d'acteurs précités », a écrit ladite structure dans une note.

La mission du gouvernement doit s'articuler autour des axes prioritaires suivants : « Restaurer l'autorité de l'Etat et assurer la sécurité avec l'appui des partenaires internationaux ; renforcer le secteur judiciaire afin d'organiser les procès contre les crimes financiers et les crimes de sang en rendant justice aux victimes individuelles et collectives ; évaluer les composantes du système électoral afin d'organiser des élections fiables et transparentes sous le label d'un nouveau CEP dans un délai raisonnable ; organiser la conférence nationale dans le but d'aboutir à la réforme de la Constitution; annuler tous les arrêtés et décrets illégaux publiés après le 13 janvier 2020 ;  permettre à la population de répondre à ses besoins primaires….. », a poursuivi la note. Dans cette proposition de sortie de crise, il est prévu la création d’un bureau de suivi  politique pour faciliter l’application de l’accord politique « gagnant-gagnant ».



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