Urza Zeya : le démantèlement des gangs est nécessaire pour la stabilité d’Haïti 

Publié le 2021-10-12 | lenouvelliste.com

La sous-secrétaire d’État américaine pour la sécurité civile, la démocratie et les droits humains, Uzra Zeya, au début de sa mission en Haïti, a affirmé dans un tweet, ce mardi, que le démantèlement des gangs responsables de la violence « est nécessaire pour la stabilité d’Haïti et la sécurité des citoyens ».

« Le démantèlement des gangs responsables de la violence est nécessaire pour la stabilité d’Haïti et la sécurité des citoyens. Aujourd’hui, j’ai rencontré le  DG a.i de la PNH Léon Charles pour réaffirmer que le département d'Etat américain continuera de supporter le renforcement de la police communautaire, le renforcement de la confiance de la population, le renforcement du service de renseignement et des capacités à appliquer la loi », a-t-elle indiqué dans un tweet traduit et posté sur le compte de l’ambassade des Etats-Unis en Haïti.                                                                       

« Ravie de rencontrer le nouveau ministre de la Justice par intérim d'Haïti, Liszt Quitel. Le département d'Etat américain envisage de travailler pour soutenir l'application de la loi haïtienne dans le respect des droits.... et nous avons été heureux d’avoir récemment engagé 15 millions de dollars additionnels pour aider à réduire la violence des gangs et à améliorer les infrastructures correctionnelles », peut-on lire dans un autre tweet de l'ambassade postant la photo de Mme Uzra Zeya avec le ministre de la Justice, Liszt Quitel.                                             

La mission de Mme Uzra Zeya, une énième qui aborde la thématique de la coopération et de la sécurité en Haïti, intervient à un moment où les gangs imposent leur volonté, notamment dans la zone métropolitaine. À l’entrée sud de Port-au-Prince, la veille, ce lundi, un tout-puissant chef de gang, Izo, a coupé la capitale des quatre départements du grand Sud dont les populations peinent à se relever du séisme du 14 août 2021.

La visite de la sous-secrétaire d’Etat américain Uzra Zeya intervient aussi quelques semaines après la publication du rapport du Binuh sur la situation en Haïti au Conseil de sécurité. « Du fait de la recrudescence de la violence entre bandes rivales dans la partie sud de Port-au-Prince, environ 75 % des actes criminels et des troubles civils majeurs survenus dans le pays de mai à août 2021 ont été enregistrés dans le département de l’Ouest. Avec 549 cas signalés, le nombre d’homicides volontaires a augmenté de quelque 5 % par rapport à la période précédente. De même, le nombre d’enlèvements a continué d’augmenter en 2021 avec 328 victimes signalées à la police au cours des huit premiers mois de l’année, contre 234 pour toute l’année 2020 », lit-on dans ce rapport.                                                                               

Insécurité: la nature du problème est « militaire »           

La nature du problème, compte tenu de l’armement et de la puissance de feu des gangs,  « est plutôt militaire », avait estimé Mario Andrésol, capitaine des FAd’H à la démobilisation en 1994, avant d’entamer sa carrière jusqu’au sommet de la PNH. L’ex-DG de la PNH, au terme de cette première observation, estime qu’il est impossible d’élaborer une « stratégie » sans une radiographie poussée de la situation de l'institution policière, de l’état des troupes et des moyens. Mais les premiers éléments permettent de comprendre que « la PNH est confrontée à des problèmes ».

« L’institution est moralement démobilisée. Il y a une crise de confiance », avait constaté Mario Andrésol, qui a eu écho du choix de nombreux policiers de quitter le pays et des transferts successifs qui minent la sérénité et les empêchent de travailler sur la durée. En moins d’un an, il y a eu sept changements à la Direction départementale du Nord. Cela a permis aux gangs de se renforcer et d’étendre leurs influences, a observé Andrésol, qui croit aussi que l'institution policière est aux prises avec des problèmes de discipline et d’infiltration par des gangs. Mario Andrésol est loin  d’être tendre à l’égard de certains politiques « dont les actions et la mentalité » ont participé à corser un peu plus la crise sécuritaire. « Il faut nettoyer la PNH. Il faut profiter de la crise pour résoudre définitivement le problème de l'insécurité, faire preuve d’ingénierie institutionnelle », avait indiqué Mario Andrésol.                               

« Dans la perspective d'une reconfiguration de la gouvernance sécuritaire du pays, pourquoi ne pas fusionner les FAd'H et la PNH ? s'est demandé Mario Andrésol. Il en sortirait une nouvelle force qui aura une autre appellation. Dans celle-ci, il y aurait, d'un côté, des unités entraînées pour faire face au type de menaces de sécurité dites de défense, c'est-à-dire des situations militaires et non militaires pouvant porter atteinte à l'indépendance, ou à la souveraineté nationale, à la stabilité de l'ordre démocratique et républicain et à la prospérité économique de la République. D'un autre côté, des unités entraînées pour faire face aux catégories de menaces dites de niveau judiciaire, c'est-à-dire celles qui regroupent tous les phénomènes ayant trait aux menaces criminelles traditionnelles contre les vies et les biens des citoyens »,  avait confié au journal Mario Andrésol. 



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