Une journée avec les réfugiés expulsés des États-Unis

Publié le 2021-09-24 | lenouvelliste.com

A Maïs-Gaté ce vendredi il est 11h37. Un manteau de poussière, provoqué par le passage des véhicules, embrasse la zone. Devant les grilles de la barrière principale du salon diplomatique de l’aéroport international Toussaint Louverture, plus d’une dizaine de personnes rongent leur frein. Ils sont tous des migrants, expulsés par les États Unis en Haïti. Ils viennent récupérer leurs passeports, retenus par les autorités haïtiennes pour enregistrement. En plus de ce document de voyage, certains espèrent également obtenir les fonds promis par les autorités. C’est le cas de Mirlaine, dans la trentaine avancée, visage blafard, qui tient avec elle sa fille de deux ans. « Je veux retrouver ma famille. Je ne peux pas payer les frais de transport. J’aimerais qu’on me donne l’argent qu’on nous avait promis », s’est plaint l’originaire de Gros-Morne.

Plus les minutes s’écoulent, plus la tension monte. Ils s’époumonent, crachent leur colère, leur désespoir. Ils tentent de pénétrer l’enceinte de l'aéroport à chaque fois que la barrière automatique s'ouvre. Des agents de la police nationale tentent de les contenir. Au milieu de ce tohu-bohu, Nelfa tente de se faire entendre. Il essaie d’aider un ami angolais, Belone Mpembele, renvoyé à tort en Haïti parce qu’il a été perçu comme un Haïtien. « Je le connaissais depuis le Brésil. Je l’avais perdu de vue pendant un certain temps. Je l’ai revu sous le pont de Del Rio. Il a été intercepté comme moi et a été mis de force dans l’avion. En dépit du fait qu’il clamait qu’il était angolais, on ne l’a pas cru. On l’a transporté en Haïti. Maintenant, il veut revenir aux États-Unis. Moi je suis là pour l’aider à voir un responsable », explique Nelfa. Le malchanceux angolais a pu finalement rencontrer un agent de l’OIM qui s’est penché sur son cas. 

11h47. Un premier avion transportant des migrants atterrit. Des employés de l’ONM et de l’OIM s’activent. En quelques minutes, quelques dizaines de personnes débarquent d’un autobus et se dirigent sous des tentes installées sur la cour. Des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants, des bébés, la composition est mosaïque. Ils ont l’air épuisés et abattus, nerveux. Ils ont toutefois l’air apaisés quand ils aperçoivent des pancartes, brandies par des jeunes, sur lesquelles sont écrits des messages d’encouragement. Ils hochent la tête, glissent un petit sourire, ou font un signe de la main, après avoir lu les messages. 

L’initiative a été prise par la Société haïtienne de santé mentale. Selon le président de cette société, Wilcox Toyo, l’objectif est de fournir un appui moral et un soutien psychologique aux migrants. « Ils ont parcouru un chemin difficile. Ils ont vécu d’horribles situations. C’est pour cela que nous leur offrons ce support moral et aussi un soutien psychologique à ceux qui le souhaitent. L’OIM et l’ONM s’assureront de nous mettre en contact avec ceux qui veulent obtenir un soutien. Nous faisons tout ça pour éviter le pire parce que certains d’entre eux vont peut-être souffrir de dépression », explique Wilcox Toyo. 

Sous les tentes, les employés de l’Office national de la migration (ONM) et ceux de l’Organisation internationale de la migration (OIM) enregistrent les nouveaux arrivés. Certains crachent leur colère et dénoncent le comportement des autorités haïtiennes dans la crise migratoire. D’autres racontent leur périple et le mauvais traitement dont ils ont été victimes. « J’ai marché pendant 11 jours. Arrivés aux États-Unis, on m’a arrêté avec mon mari. On nous a embarqués dans un bus. On a nous a enchaînés avant de nous embarquer dans un avion. Nous avons été maltraités », raconte une quadragénaire. 

Ceux qui n’ont pas de parents à Port-au-Prince sont conduits dans un hôtel. Les autres doivent contacter leurs proches pour enfin obtenir un toit où dormir après ce périple éreintant de plusieurs semaines. Pour cette catégorie de personnes, un téléphone pour placer un appel est un sésame. C’est le cas de Patchouko qui a demandé de l’aide une fois sorti de l’autobus. « Je viens d’arriver, viens me chercher cousin. Je suis à l’aéroport. J’ai besoin de me laver et de me changer. Viens vite bro », plaide Patchouko. 1h30 plus tard, le cousin débarque pour récupérer Patchouko. Les deux se saluent, s’étreignent pendant de longues minutes. La forêt tropicale Darian, le pont Del Rio, les  cowboys texans, sont dans les mémoires. Des retrouvailles chaudes pour oublier l’horreur. Momentanément.



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