Il faut beaucoup plus pour stimuler le développement de la pêche en Haïti  

Grâce au projet de développement de pêche artisanale du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), le secteur de la pêche a été renforcé à bien des égards. Subventionnés à hauteur de 88% pour la plupart, des matériels, par le biais d’un programme de cofinancement, ont été mis à la disposition de plusieurs dizaines de pêcheurs. Mais, de l’avis de spécialistes du secteur, il en faut beaucoup plus pour développer cette branche d’activité.

Publié le 2021-09-17 | lenouvelliste.com

Haïti dispose de 1 700 kilomètres de  côte. Ce qui le place au 157e rang au monde des pays avec la plus longue côte. Lors d’une conférence-débat tenue à l’université Quisqueya, le 8 septembre dernier à l’occasion de l’anniversaire de l’agronome Jean André Victor, le recteur de l’université et l'agronome Victor n’ont pas manqué d’exposer les richesses de la mer. Cette conférence se tenait dans une perspective de présenter la mer comme un moteur de richesse et grand générateur de revenu. Malheureusement, explique l’agronome Jean André Victor, on n’arrive toujours pas à exploiter cette richesse, ce, au grand dam de la population.

L’économie bleue, dans son ensemble a été débattue et décortiquée lors de cette activité. Mais, l'emphase a été mise sur la pêche maritime. Des organisations non gouvernementales et le ministère de l’Agriculture, affirment les intervenants, ont consenti des efforts dans le but de développer le secteur. Des séances de formation ont été tenues. Il a été également mentionné la mise en place de chaines de froid et de conditionnement, sans oublier du matériel de pêche comme des bateaux à fibres de verre et des moteurs.

Un programme de développement de la pêche est en train d’être implémenté dans les départements du Sud, de la Grand-Anse et du Sud-Est. Toutes les activités susmentionnées ont été réalisées dans le cadre de ce projet financé par la Banque interaméricaine de développement (BID). Le 13 août dernier, une trentaine de moteurs ont été distribués aux vingt associations concernées par le programme de cofinancement. Selon le coordonnateur de ce projet, Laurent Mérisier, neuf bateaux devaient être mis à la disposition de ces pêcheurs dans l’optique de développer le sous-secteur.

Avec cette énième activité, les pêcheurs de ce département et des deux autres susmentionnés disposent de plusieurs dizaines de bateaux et de moteurs. Vu leur situation initiale, les pêcheurs n'ont pas tari d’éloge sur des tenants de ce projet, car, font-ils savoir, leurs revenus sont nettement améliorés depuis son implémentation. Le directeur départemental agricole du Sud, Marcelin Aubourg, croit qu’avec ce matériel l’on peut s’attendre, encore plus, à une amélioration des conditions de vie de cette tranche de la population.

Mais pour les intervenants de la conférence-débat à l’Université Quisqueya, il en faut beaucoup plus pour stimuler le développement de cette branche d’activité. Trop de pêcheurs sur les côtes. « Le matériel fourni permet d’atteindre une certaine profondeur, mais ce n’est pas suffisant », laissent-ils entendre. Le courant nord équatorial conduit dans les eaux marines haïtiennes plusieurs espèces de poissons pélagiques. Ce sont des espèces grégaires. Donc, estime l’agronome Jean André Victor, il faut se donner les moyens pour ce genre de prise.

Des bateaux étrangers s’installent dans nos eaux territoriales et procèdent à la pêche industrielle, sans autorisation de l’État haïtien. Avec un peu d’investissement, l’on peut se mettre à la hauteur de ces pêcheurs. « Certains bateaux de pêche coûtent moins de 150 000 dollars américains », informe l’ancien directeur général du ministère de l’Agriculture. Le pays comporte neuf départements maritimes. Avec un bateau par département, estime M. Victor, une partie importante du problème sera résolu.

Aussi, l’universitaire insiste sur la nécessité de mieux organiser le sous-secteur. Pour y parvenir, il faut impliquer, dit-il, tous les acteurs concernés, car, estime-t-il, on ne peut pas faire le développement contre la collectivité, contre la grande masse.

 Avec ses 35 000 kilomètres carrés de superficie de mer territoriale, Haïti détient un potentiel à exploiter. Les efforts des autorités ne sont pas à la hauteur de ce que représente la mer. D’autres initiatives doivent être prises pour stimuler l’investissement dans cette branche d’activité, en commençant par l’achat de plusieurs bateaux industriels. Il faut arriver à une pêche semi-industrielle, recommande l'agronome Victor 



Réagir à cet article