Leçon de Côte-d’Ivoire

Publié le 2021-07-30 | lenouvelliste.com

Cette semaine, un ancien président ivoirien a rendu visite à l’actuel président de la Côte-d’Ivoire, en sa résidence.

Le chef de l’Etat Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, le président qu’il a remplacé, se sont rencontrés pour la première fois depuis la sanglante crise postélectorale de 2010-2011.

La rencontre ne s’est pas déroulée en terrain neutre mais au palais présidentiel, à Abidjan.

Pour bien comprendre l’inimitié entre les deux hommes, il faut se rappeler qu’ils se sont affrontés dans les urnes et que leurs partisans se sont battus dans une guerre civile qui a fait plus de trois mille morts.

Alassane Ouattara a gagné et occupe la présidence depuis 2011. Laurent Gbagbo était jusqu’à récemment en prison. Il a été jugé et acquitté par la Cour pénale internationale.

Tout devrait séparer à jamais les deux hommes, mais ils se sont rencontrés. Sans avoir résolu auparavant la totalité de leurs différends, ils se sont assis autour d’une même table.

En préambule de la rencontre, l’ancien président a simplement demandé à son successeur de faire tout son possible pour libérer ses partisans qui sont encore en prison. « Si moi leur chef je suis libre… », a souligné Laurent Gbagbo.

Il n’y avait pas de conditions préalables à la rencontre. Le dialogue est lancé.

Personne ne peut dire ce qu’il adviendra dans les mois qui viennent en Côte-d’Ivoire quand le pays sera à nouveau en période électorale. On constate cependant que deux leaders ont décidé de faire la paix en ce mois de juillet en dépit des cadavres et autres obstacles qui les séparent.

La Côte-d’Ivoire ressemble en beaucoup de points à Haïti. Le pays connaît une démocratisation mouvementée comme Haïti. A très peu de moyens comme Haïti.

La grande différence en ce mois de juillet est qu’en Haïti, des leaders, qui en majorité n’ont jamais été élus et qui ne détiennent aucun mandat, s’ingénient à ne pas vouloir s’entendre ni même à se parler face à face, ce, depuis des années.

À chaque fois, les aspirants leaders haïtiens trouvent une raison pour ne pas s’entendre ni entre eux ni avec leurs amis, encore moins avec leurs ennemis.

Ceux qui ont cru un instant que la disparition tragique du président Jovenel Moïse allait provoquer un électrochoc ont eu pour leur quota de naïveté. Le pays s’est simplement découvert de nouveaux candidats. Et candidate…

Depuis dix ans, Haïti excelle à inventer des crises et à ne pas rechercher des solutions.

Dans les pays pauvres comme le nôtre, les pauvres sont plus pauvres qu’ailleurs, les riches moins riches qu’ailleurs et les bandits plus agressifs qu’ailleurs. Et voilà que chaque secteur fait tout pour que Haïti devienne plus pauvre chaque jour.

Les pauvres ne rêvent pas d’être moins pauvres, ni les riches plus riches, ni les voleurs plus opulents en Haïti.

Ce qui s’est passé en Côte-d’Ivoire en ce mois de juillet devrait nous inspirer. Malheureusement, les Haïtiens sont trop occupés à prolonger sans fin le chapelet des calamités nationales. Haïti redouble la même classe chaque année. Relit la page du même livre depuis des temps immémoriaux. Refuse d’avancer.

Pour le moment, l’opposition, la société civile, les tenants du pouvoir, les hommes d’affaires et même le peuple, tout le monde se sent confortable dans la misère ambiante. Il n’y a ni révolte, ni révolution, ni projet réformiste en gestation dans aucun camp.

On ne peut même pas rêver d’un avenir meilleur, fruit du hasard pour la simple et bonne raison que pour le moment personne n’ose parier sur un numéro. Cela demande trop d’efforts et d’engagements que de rêver un avenir meilleur.



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