Des organisations politiques de l'opposition prennent leurs distances avec Ariel Henry

Nommé Premier ministre le lundi 5 juillet 2021, Ariel Henry a pour mission de former un gouvernement d'ouverture avec des organisations politiques et de la société civile; rétablir la sécurité dans le pays et organiser des élections générales et le référendum. Cependant plusieurs organisations politiques de l'opposition contactées par Le Nouvelliste comme INITE, Fusion et INIFOS, toutes dirigées par des amis et collègues de l'ancien ministre de l'Intérieur et ministre des Affaires sociales sous l'administration de Michel Martelly, affirment prendre leurs distances par rapport à ce choix, soulignant qu'ils n'entendent pas intégrer le prochain gouvernement.

Publié le 2021-07-05 | lenouvelliste.com

« J’ai nommé le citoyen Ariel Henry au poste de Premier Ministre. Il aura à former un gouvernement d’ouverture incluant les forces vives de la Nation, résoudre le problème criant de l’insécurité et accompagner le CEP pour la réalisation des élections générales et du référendum », a annoncé lundi sur son compte Twitter le président Jovenel Moïse.

Le Dr Ariel Henry remplace le Dr Claude Joseph au poste de Premier ministre. Si Claude Joseph n'avait pratiquement aucun mandat, Ariel Henry devra faire en quelques mois ce que Jovenel Moïse n'a pas pu faire en plus de 4 ans au pouvoir. Sécurité et élections

Présenté comme un élément de l'opposition politique, le Dr Ariel Henry n'a visiblement pas le soutien des principales organisations de l'opposition.  « Ariel Henry est un ami, mais depuis 2014 il n'est plus membre de INITE », a affirmé l'ancien sénateur Sorel Jacinthe, responsable de ce parti politique.

« Je connais Ariel, on a été ensemble à la Fusion, ensuite dans INITE. En 2014, sous l'administration de Martelly nous l'avons désigné comme ministre de l'Intérieur. Ensuite, nous lui avions demandé de démissionner du gouvernement, il avait refusé et depuis il ne fait plus partie de INITE », a expliqué au Nouvelliste l'ancien sénateur Jacinthe.

Cependant, l'ancien parlementaire a souligné qu'Ariel Henry l'avait contacté avant sa nomination pour avoir son avis. « Il m'avait appelé effectivement, on en a parlé. Je lui ai déconseillé d'accepter le poste de Premier ministre puisque nous, nous n'avons rien à voir avec Jovenel », a-t-il déclaré.

« Ariel Henry est un ami et camarade et il le restera toujours. Mais le Premier ministre Ariel Henry n'est pas notre ami ni membre de INITE », a soutenu M. Jacinthe, écartant toute possibilité pour INITE d'intégrer le prochain gouvernement.

Paul Denis, l'un des dirigeants du parti politique INIFOS, reconnaît lui aussi qu'Ariel Henry est son ami et ancien collègue politique. Mais il souligne lui avoir déconseillé d'accepter le poste de Premier ministre de Jovenel Moïse. « Je lui ai dit qu'accepter le poste de Premier ministre est comme un suicide politique. Le problème c'est Jovenel Moïse. Il ne fait partie d'aucune solution », a-t-il rapporté au Nouvelliste, soulignant qu'Ariel Henry était venu lui rendre visite chez lui.

« Ariel Henry est un ami, il a accepté une tâche difficile; je ne peux que lui souhaiter bonne chance », a fait savoir au Nouvelliste pour sa part Alix Richard, l'un des responsables de la Fusion. Pour lui, la crise politique reste entière avec ce choix. Il soutient que la Fusion n'entend pas participer à aucun gouvernement de cohabitation avec Jovenel Moïse.

« L'OPL constate que le président de facto Jovenel Moïse, poursuivant la gestion de son coup d'État du 7 février 2021, a nommé un énième Premier ministre de facto en la personne d'Ariel Henry. C'est un choix politique visant à déstabiliser l'opposition, vu que monsieur Henry peut compter beaucoup de ses amis dans ce secteur, bien que ce ne soit pas au niveau de l'OPL », a dénoncé Danio Siriack, porte-parole de l'OPL.

« Nous sommes en mesure d'assurer la population en général que cette nomination irrégulière à la gouvernance du pays ne peut en rien modifier la ligne de conduite du parti », a-t-il ajouté.

« L'OPL reste attaché à l'accord du 5 juin 2021 qui tient au départ de Jovenel Moïse du pouvoir, à la mise en place d'un gouvernement d'entente nationale, sans aucune cohabitation avec Jovenel Moïse, issu d'une médiation politique pouvant faciliter une solution durable à la crise », a confié Danio Siriack.

Pour l’ancien sénateur Youri Latortue, responsable du parti politique AAA, la nomination d'Ariel Henry comme Premier ministre est « un gouvernement voué à l'échec. Il n'est ni constitutionnel ni consensuel... Sa mission de rétablir la sécurité, de former un gouvernement d'ouverture et de réaliser des élections et le référendum est impossible car la structure de ce pouvoir repose sur le banditisme d'État... »

Le leader de l’organisation politique ‘’ Pitit Dessalines’’ estime quant à lui qu’il n’est pas nécessaire de réagir sur le choix d’un Premier ministre de Jovenel Moïse. « Quel que soit le nom de la personne, le résultat sera le même. Je ne vais pas opiner sur le choix d’un Premier ministre pour dire qu’il est bon ou mauvais. Ce n’est pas important pour nous autres de « Pitit Dessalines », a déclaré Moïse Jean-Charles.

Pour le Secteur démocratique et populaire, « la nomination du Dr Ariel Henry n’a aucune importance politique. C’est une perte de temps. Le mandat constitutionnel de Jovenel Moïse a pris fin depuis le 7 février 2021. Il n’a plus de qualité pour agir au nom de l’Etat. C’est un usurpateur de titre et de fonction. Dès lors, tout ce qu’il fait est illégal et inconstitutionnel », a déclaré au Nouvelliste Me André Michel, porte-parole de cette structure de l’opposition.  

« La position du Secteur démocratique et populaire reste la même : ni négociation, ni cohabitation avec Jovenel Moïse. Nous présumons qu’aucun dirigeant respectable de l’opposition ou de la société civile n’acceptera de participer dans un gouvernement avec Jovenel Moïse », a-t-il ajouté.  

Pour Vélina Charlier de l’organisation «Nou pap dòmi », « manda Jovenel Moïse  fini depi 7 fevriye 2021. Li kenbe pouvwa an ilegalman, l ap enstale gouvènman defakto pou ede l pran desizyon enkonstitisyonèl tankou dechaj malatchong. Sa bay gwo kè sote, lè nou konstate Jovenel Moise jwenn anpil lòt apranti diktatè ki pou vin ba li kowòm nan tout aksyon otokrat, ilegal ak enkonstitisyonèl l ap pran yo. Nouvo premye minis defakto sa a, pa yon eksepsyon nan kategori moun ki deside antere Ayiti ak tout Ayisyen. »

« Nouvo PM defakto a vin travay pou yon prezidan defakto ki ba l dikta pou reyalize pwojè referandòm ak eleksyon klan dilapidatè sosyete an rejte a. Li aksepte antre nan vyole Konstitisyon an pou l konsakre yon Leta ki pa chita sou lalwa », a dénoncé Vélina Charlier

Avec la nomination de Ariel Henry, Jovenel Moïse est à son septième Premier ministre nommé après Jack Guy Lafontant, Jean-Henry Céant, Jean-Michel Lapin, Fritz William Michel qui n’a jamais été installé dans ses fonctions ; Joseph Jouthe et Claude Joseph.



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