Rose Lumane Saint-Jean, Prix du Public TV5 Monde au Concours international d’éloquence

La bonne nouvelle de ce 25 mai 2021 est celle de Rose Lumane Saint-Jean qui remporte le Prix du Public TV5 Monde au Concours international d’éloquence de l’Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Grande favorite de ce concours, l’intelligente oratrice a amassé plus de 25 000 votes, ce qui l’a placée loin devant ses compétiteurs. Si Dominik Abbas remporte le grand prix, notre Rose aura quand même eu le mérite d’avoir délivré à ce concours deux discours qui marqueront les esprits.

Publié le 2021-05-25 | lenouvelliste.com

Oh oui, on se souviendra d’elle. Pas moyen de rater la superbe prestation de Rose Lumane Saint-Jean au mythique panthéon de Sorbonne. Le temps de ce concours diffusé en direct sur la chaîne YouTube de l’université, elle a donné un motif de fierté aux Haïtiens qui étaient du nombre des 17 000 internautes qui composaient l’audience. Dans les commentaires, les emojis de notre bicolore ont plu. La preuve qu’à cet instant précis, on était tous ensemble derrière cette jeune femme de 24 ans dont le verbe et le talent sont remarquables. 

Quoique stressée sur les bords, mademoiselle est parvenue à délivrer deux discours qui feront date. Lors du duel où elle doit soutenir l’affirmative du sujet « Faut-il décrocher la lune ? », Rose Lumane Saint-Jean fait montre d’une belle capacité d’imagination et d’une grande culture. Elle étaie son discours de références historiques, cite de grands noms, mentionne des événements contemporains, sans pour autant perdre de vue la réalité. Sa réalité. « En Haïti, mon pays, à plus de 7 300 km d’ici, nous sommes confrontés à des défis majeurs. Enlèvement, assassinat, injustice, corruption, pauvreté pourrissent notre quotidien. Nous sommes au fond du trou. Voir la lumière au bout du tunnel serait déjà un bel exploit. Mais nous devons décrocher la lune. Celle de la paix et du développement durable, de la justice, de la sécurité et de l’État de droit. Un peu comme nos ancêtres qui, après tant d’années d’esclavage, après tant d’années à rêver de liberté ont terrassé la première puissance militaire au monde. Je ne vous dirai pas laquelle ! » 

Celle qui rappelle que « la vie de tous les humains comptent », en faisant un clin d’œil à George Floyd, sert avec tact une panoplie d'émotions fortes à son auditoire. Courage, rage, tristesse, fierté, détermination, humour... et sarcasme. Un beau discours qu’elle termine avec des mots puissants qui résonnent comme un message à la jeunesse : «Ma présence ici au mythique et prestigieux panthéon, j’aurais pu dire aussi, et vous en conviendrez avec moi, dans le froid très très glacial de Paris, c’est pour rappeler à tous, si besoin est encore, que nous avons le droit de rêver. Nous avons le devoir d’y croire. De croire en notre étoile. De viser, de décrocher la lune. Mais mieux encore, laissons la lune, allons plus loin. Encore plus loin. N’ayons pas de limite. Soyons toujours dans la quête incessante de dépassement de soi. Rêvons, travaillons, et exigeons l'impossible." 

Appelée à faire un éloge de Toussaint Louverture en guise de deuxième épreuve, Rose Lumane Saint-Jean a encore confirmé qu’elle ne faisait pas dans la dentelle. Intrépide et fière, son objectif n’est pas seulement de plaire ou de séduire, mais aussi de rétablir ou de pointer certaines réalités, certaines vérités un peu trop oubliées. « Ces dernières semaines, la France a commémoré la mémoire de son empereur. Elle a aussi inauguré un jardin en l’honneur de Toussaint Louverture où il est écrit « Général français ». Mais, a-t-elle suffisamment rappelé sous les ordres de qui Toussaint Louverture a été arrêté, déporté en France ? Qu’il a été enfermé dans les geôles glaciales du fort de Joux. Sait-on assez que c’est ainsi qu’est mort celui qui pour tout un peuple représentait l’espoir ? Mes compatriotes haïtiens auraient aimé entendre dire que Toussaint leur appartient, tout comme la France clame qu’il est son citoyen. Mais retenez, mesdames et messieurs, vouloir l’attacher à une nationalité, l’enfermer dans une citoyenneté, c’est trop réducteur, beaucoup trop réducteur. C’est priver l’humanité entière de l’une de ses plus belles incarnations. Car l’homme en question est sans limites, sans bornes et sans frontières », clame sans broncher Rose Lumane Saint-Jean, tout en s’attelant à rappeler comment cet héros s’est battu, guidé par l’idéal « vivre libre ou mourir ». 

Devant un jury où l’on retrouve l’actrice, auteure et réalisatrice Agnès Jaoui, la marraine de cette édition, et Christine Neau-Leduc, présidente de l’université et du jury, Christian Charrière-Bournazel, avocat à la cour, Olfa Zéribi, directrice de l'AUF Europe de l'Ouest, Julien Carrance, gagnant de l'édition 2019 du concours, et Lou Churin, représentante des associations étudiantes de l'université, Dominik Abbas remporte le grand prix du concours. Le prix de l’inspiration est revenu à Julie Andrieu, récompensée pour avoir proposé la prestation la plus créative à ce concours. Mais notre Rose Lumane Saint-Jean repart avec le prix TV5 Monde et recueille l’admiration de milliers d’Haïtiens qui sont sortis éblouis par sa performance. Chapeau, Rose Lumane !



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