Juste pour s’amuser

Rêve d’enfant

Publié le 2021-05-11 | lenouvelliste.com

Quand j’étais petit, je voulais être chômeur. Eh oui ! Nous sommes aujourd'hui 12 millions d’habitants en Haïti. 60% de la population en âge de travailler vivent dans le chômage. Raison de plus pour que j’installe dans ma tête l’idée que je suis né avec ma révocation avant même de pointer mon CV devant un patron. Eh ouais! C’est comme ça. " M fèt tou revoke tou revoke ". 

Maintenant je suis grand, je suis chômeur. Oui. Vous voyez bien… j’ai la tête d’un chômeur. Et je suis fier de l’être. 

À un moment, j’hésitais entre ouvrier-chômeur et patron-chômeur. Finalement j’ai choisi ouvrier. C’est plus cool. Eh ben, je suis content parce qu’il y a beaucoup plus de choix en Haïti.

Ça par exemple ! Depuis quelque temps, le ministre de l’Economie et des Finances claironne partout que l’Etat va créer des emplois, des emplois pour décourager tous les individus comme moi qui passent leur temps à se gratter et à sentir ce qu’ils grattent. Grate santi, grate santi… yon bon pas tan. M ap pase tan nan paswa. Ou pa ta fè yon ide.

Le ministre a révélé que le secteur privé va créer des emplois. Des emplois !? Waw !

Les kidnappeurs ont pris le ministre au mot. 

Les kidnappeurs ont saisi cette opportunité barbe et moustache. C'est tendance hein ! Ils ont sauté sur l’occasion. Eh oui ! Ah oui ! Vous voyez bien à présent le marché du kidnapping est florissant. Ça crée de l’emploi. Chaque jour un kidnapping par-ci. Un cas de kidnapping par là. Un kidnapping au nord, un autre au sud. Le marché du kidnapping n’est pas cantonné à Port-au-Prince, en province aussi ça fleurit. C’est la décentralisation. À outrance ! C’est la croissance du marché. Avec l’argent du kidnapping les kidnappeurs font du social. Certains rêvent de construire des écoles, des cantines, des dispensaires, des hôpitaux et tant de choses pour arroser les chômeurs.

A la radio, j’ai entendu que c’est parce qu’il n’y a pas de travail que ces gens créent ce genre de débouché.  Ah ouais ! 

Moi je suis né chômeur, moi. Ça ne m’embête pas. Je ne cherche pas de débouché.

Je connais le refrain. Les gens veulent du travail. Du travail ! On n’entend que ça en Haïti. Les gens veulent du travail, du travail ! C’est agaçant ! Ce n’est pas vrai ! Le travail, c’est de la fatigue, le travail, pour nous, c’est de la souffrance. De l’argent nous suffirait. Point barre !

N.B. : Ce texte est une parodie d’un sketch de l’artiste français Michel Colucci, dit Coluche, un monstre sacré de l’humour. Je l’ai exploité, ce texte; je l’ai actualisé, cette parodie, histoire de ne pas travailler. Exploiter l'idée de l'autre pour rigoler, c'est bon pour la santé.



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