Réaction musclée de l'administration Moïse à la lettre des 68 congressmen américains

Publié le 2021-04-30 | lenouvelliste.com

L’administration Moïse, via un communiqué de l’ambassade d’Haïti à Washington en date du 27 avril, a dézingué  68 congressmen dont le président de la commission Affaires étrangères, Gregory Meeks, pour avoir proposé au secrétaire d'État américain Antony Blinken «un changement de régime pour remplacer le Président démocratiquement élu, en contradiction flagrante de la Charte démocratique inter-américaine ».

« La lettre datée du 26 Avril 2021, adressée au secrétaire d’Etat, Antony Blinken par les présidents de Comités Gregory Meeks (NY-5) et Hakeem Jeffries (NY-8), constitue une attaque du processus démocratique du pays et contredit les positions des Nations unies, de l’Organisation des États américains (OEA) et d’autres partenaires internationaux au sujet des prochaines élections », lit-on dans ce communiqué de l’ambassade d’Haïti aux États-Unis, « extrêmement préoccupée par le fait que certains membres du Congrès américain proposent un changement de régime pour remplacer le président démocratiquement élu, en contradiction flagrante de la Charte démocratique inter-américaine ».

« Le gouvernement haïtien est, en outre, profondément préoccupé par l'implication potentielle des recommandations de politique étrangère mises en évidence dans la lettre car elles sont susceptibles d’engendrer davantage d’instabilité et de perturber le processus électoral », a soutenu ce communiqué qui se fend d’une mise en garde. « Nous mettons l’opinion publique en garde à savoir que, si ces recommandations sont mises en œuvre, que ce soit en partie ou entièrement, elles entraîneraient Haïti directement vers un gouvernement de transition, ce qui retarderait les élections dans le pays », a poursuivi ce communiqué de l’ambassade qui descend en flammes l’idée d’un gouvernement de transition. « Un gouvernement de transition remplacerait, logiquement, le gouvernement démocratiquement élu ; pire, il serait manifestement illégal, en vertu de la Constitution haïtienne. Il n'y a pas de base légale pour ces recommandations antidémocratiques », a indiqué le communiqué, soulignant - sans faire cas du fait que Jovenel Moïse dirige par décret depuis janvier 2020- que « la mise en place d'un gouvernement de transition entraînerait la gouvernance par décret sans contrôle parlementaire, ainsi que le report certain des élections parlementaires pendant de nombreuses années ».

« L'ambassade de la République d'Haïti rejette également l'affirmation sans fondement selon laquelle l'administration Moïse manque de crédibilité et de transparence pour organiser les élections. Constamment, le président Moïse et le gouvernement ont encouragé la participation et invité des membres de la société civile, des représentants politiques et de la diaspora, à contribuer à la rédaction de la nouvelle Constitution et à la planification des élections.  Selon un récent sondage d‘opinions, 87% des Haïtiens, dont d’éminents acteurs de la société civile et des dirigeants politiques, soutiennent une réforme constitutionnelle », a affirmé ce communiqué de l’ambassade qui met en avant la coordination du gouvernement avec des institutions internationales.

Coordination avec des partenaires internationaux

« En coordination avec les institutions internationales, le gouvernement d’Haïti a publié le calendrier relatif au référendum constitutionnel et aux élections parlementaires et présidentielle, comme suit : 27 juin 2021 : référendum sur la nouvelle Constitution ; 19 septembre 2021 : Premier tour des élections présidentielle et législatives ; 21 novembre 2021 : Second tour des élections présidentielle, législatives et locales ;22 janvier 2022: Proclamation des résultats définitifs des élections », a poursuivi ce communiqué.

« Le gouvernement haïtien a travaillé avec les amis et alliés du pays, y compris l’OEA et les Nations unies, afin de garantir l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques. Les efforts déployés pour fournir des Cartes d’identification nationales, servant aussi de cartes électorales, à tous les électeurs potentiels aussi bien en Haïti qu’à l’étranger, pour la première fois, témoignent de la détermination du gouvernement à assurer le bon déroulement du processus », a mis en avant le communiqué de l’ambassade d’Haïti aux États-Unis qui soutient que « le président Jovenel Moïse s’est engagé à organiser des élections et à assurer une transmission démocratique du pouvoir en février 2022 ».

4, 5 millions de citoyens et citoyennes enregistrés, 20  millions dans le basket fund et des fonds additionnels

« Au 28 mars 2021, environ 4.5 millions de citoyens haïtiens ont été enregistrés. Les efforts du président Moïse pour parvenir à un consensus politique afin de former un gouvernement d’unité nationale constituent une preuve additionnelle de son engagement pour mener à bien le processus électoral », a détaillé ce communiqué qui soutient qu’en vue « d’assurer le succès des prochaines élections, le gouvernement a placé $20 millions dans un fonds fiduciaire géré conjointement avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). »

« Le gouvernement d'Haïti a l'intention de contribuer davantage audit fonds dans les prochaines semaines », a annoncé le communiqué de l’ambassade des États-Unis, s’exprimant au nom de l’administration Moïse qui s’appuie sur « la position officielle de nombreux gouvernements étrangers et d’organisations internationales est clairement favorable aux prochaines élections » pour tancer les congressmen américains. « Des commentaires contradictoires et perturbateurs servent uniquement à mettre en péril le processus démocratique actuellement en cours au lieu de renforcer nos institutions », a estimé l’administration Moïse via l’ambassade d’Haïti à Washington.

Dialogue oui, dans le respect de souveraineté de l'État

« Le gouvernement d'Haïti souhaite concerter avec ses partenaires internationaux. Cependant ce dialogue doit se fonder sur le respect mutuel de la souveraineté de l’État, ainsi que de l’État de droit. Nous sommes prêts à accueillir l'assistance étrangère, y compris pour financer le processus électoral, pour l’observation internationale du processus ou d’autres moyens. Nous nous engageons à organiser des élections crédibles et légitimes selon les normes internationales. Nous savons ce qui est en jeu. Si les élections ne sont pas organisées cette année, et une transition pacifique du président Moïse à son successeur n‘est pas réalisée en février 2022, l’alternative s’avère dangereuse pour la démocratie en Haïti », lit-on dans ce communiqué.

Haïti à « l’aube d’un accomplissement historique »

« En tant que première république noire du monde, Haïti a un rôle vital à jouer sur la scène mondiale et doit établir un bon précédent pour les autres nations. Nous sommes à l'aube d'un accomplissement historique – mettre Haïti sur la bonne voie vers la stabilité politique et économique à travers le processus électoral – et doit le mener à bien. Ce changement positif doit venir des Haïtiens à travers les urnes, comme cela se fait dans toutes les sociétés démocratiques », selon ce communiqué, qui a repris les récentes déclarations du président américain Joe Biden dans ses remarques à la conférence de Munich sur la sécurité : « La démocratie n'est pas le fruit du hasard. Nous devons la défendre, lutter pour elle, la renforcer et la renouveler. »

«Écoutez les voix de la société civile haïtienne et des organisations de base, qui ont clairement indiqué qu'aucune élection sous l'administration actuelle en Haïti ne sera libre, juste et crédible. Le Département d’État devrait plutôt se concentrer sur les problèmes de légitimité démocratique sous-jacents identifiés par la société civile haïtienne et soutenir un processus de changement mené par Haïti. Des élections organisées sans respecter les normes de participation et de légitimité internationalement acceptées ne feront que saper davantage la confiance dans la gouvernance démocratique, gaspiller des ressources rares et perpétuer un cycle d'instabilité politique et de violence », avaient mis en garde les 68 signataires de cette lettre, qui en ont profité pour exprimer leurs graves et urgentes préoccupations concernant la détérioration rapide de la situation en Haïti.

« Pendant des décennies, la communauté internationale a investi des centaines de millions de dollars pour aider Haïti à atteindre la stabilité politique et une démocratie représentative. Afin d’avancer de manière plus productive, nous devons reconnaître que ces efforts n’ont pas permis d’atteindre les résultats escomptés et que continuer sur la même voie ne fera qu’exacerber la situation », avaient souligné les congressmen américains, indiquant que les troubles politiques à l'intérieur du pays ont considérablement augmenté depuis 2018 et ont entraîné une grave instabilité et une violence politique.



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